CAEN, PLACE SAINT-SAUVEUR : LA BELLE ENTOURLOUPE DE JOEP VAN LIESHOUT

caen

ART PUBLIC : Caen, Place Saint-Sauveur / « La Caravane » / Joep Van Lieshout

Le destin de la sculpture publique semble d’être systématiquement dénigrée. Quel que soit l’artiste, l’œuvre, le style : des voix s’élèveront toujours contre la grande mal aimée de l’histoire de l’art ; à croire que certains citadins sont scandalisés par nature et qu‘ils se formalisent a priori devant chaque velléité de changement, dans le domaine de l‘embellissement urbain comme ailleurs.

Il y a pourtant dans le domaine des projets très intelligents, qui savent allier l’agrément visuel et la richesse de sens : ainsi Le monstre de Xavier Veilhan sur la place du Grand Marché à Tours, une commande publique accompagnée par l’association tourangelle Eternal Network. En installant une figure surdimensionnée aux airs tout à fait sympathiques, empruntant à l’esthétique des débuts de l’imagerie 3D dite « à facette », l’artiste offre aux tourangeaux une œuvre agréable à regarder, qui est en même temps un commentaire sur le destin de la sculpture publique (toujours jugée « monstrueuse »), et qui par sa forme est une sorte de présence virtuelle (sans doute est-ce pour cette raison que des vandales mal inspirés ont voulu en éprouver la réalité en l’attaquant à coup de perceuse !)

Mais en l’occurrence et sous d’autres latitudes hexagonales, il faut bien admettre que Joep Van Lieshout a joué un joli tour à des bureaucrates qui auraient bien fait de parcourir quelques ouvrages de vulgarisation sur la sculpture moderne et contemporaine avant d‘arrêter leur choix. En effet, le groupe de figures anthropomorphes en aluminium à échelle humaine de l’artiste néerlandais, intitulée La caravane, relève très clairement d’une interprétation ironique du biomorphisme sculptural moderniste du pire aloi.

Concrètement, ces figures ressemblent à des moulages de modelages en terre maladroits, ce que les sculpteurs amusés appellent dans leur jargon le « style patate ». Bien sûr, un peu de rhétorique permettra toutes les justifications : on pourra s’émouvoir du caractère enfantin de La caravane ; ou encore parler d’un air inspiré de la difficulté de l’individu à exister, à se former dans l’enfer urbain. Mais du point de vue de l’histoire de l’art, on assiste plutôt là à une attitude régressive et réactionnaire. Une attitude qui semble vouloir faire école, puisqu’au même moment l’artiste suisse Ugo Rondinone nous sert son indigeste série Stonehenge, qui relève du même modernisme parodique. Cette régression est-elle sincère, ou s’apparente-t-elle à la fameuse « période vache » du belge René Magritte, qui dans une série de peinture a talentueusement moqué l’impressionnisme, le fauvisme et le réalisme parisien ?

Si c’est effectivement une blague soulignant l’inculture des agents décisionnaires dans les projets d’embellissement urbain, elle n’est pas de très bon goût. On dit que les meilleures sont les plus courtes : La caravane, en tant qu’installation pérenne, n’est malheureusement pas prête à lever le camp…

Yann Ricordel

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