« SWAMP CLUB »: L’EXPERIENCE DU MARECAGE, SELON PHILIPPE QUESNE

Swamp-Club-©-Martin-Argyroglo-1024x682[1]

FESTIVAL D’AVIGNON 2013 : SWAMP CLUB / PHILIPPE QUESNE & VIVARIUM STUDIO / du 17 au 24 juillet / Festival d’Avignon Salle de Vedène 16h / Du 7 au 17 novembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

« Swamp Club » est un objet théâtral d’un type nouveau. Tout comme « Big Bang », son précédent opus monté au festival d’Avignon dont il prolonge le sentiment d’étrangeté, ce constat d’appartenir à un espace scénique qui ne relève pas du seul théâtre, cette nouvelle oeuvre de Philippe Quesne réussit à développer une expérience sensorielle étonnante qui transcende les disciplines, au profit d’une liberté poétique absolue.

Avec Swamp Club, bienvenue au club du Vivarium Studio, un collectif d’artistes de toutes les disciplines qui s’approprie l’espace théâtral pour mieux s’emparer de sa substance poétique latente. Si le récit qui sert de fil rouge à la conduite de l’oeuvre pose les jalons d’une réflexion sur l’objet même de la représentation, en filant la métaphore d’une communauté artistique autarcique voire autiste au monde, un univers transmoderne et elliptique, jamais la narration tout en contrepoint et contrechamp ne l’emporte sur la noosphère qui diffuse comme une nappe, inondant le cerveau de ses turbulences et infimes fréquences, à la manière d’un brouillard organique qui vient insidieusement, à notre insu, coloniser les méandres de notre pensée et les circonvolutions de notre réceptivité.

En ce sens, Swamp Club est une expérience sensorielle unique, véritablement post-contemporaine. D’ailleurs, cette fameuse contemporanéité, Philippe Quesne la convoque en paradoxalement lui retranchant corps et chair dans ce terrarium par lequel il réussit à mettre à l’écart, non seulement le récit lui-même, mais le théâtre encore, occultant les comédiens derrière leur cage vitrée et des brouillards fumigènes. Un truc couillu que d’ainsi tenir à distance et les acteurs et le récit même, libérant ainsi le théâtre de sa contrainte narrative et d’une trop grande présence, physique comme temporelle…

Cette histoire d’une utopie communautaire artistique -disons un centre de résidence artistique-, hors-monde, hors-sol, qui sert de trame narrative, permet à Philippe Quesne et à son Vivarium une « observation des espèces » comme il le dit lui-même, détachée, en un un regard d’entomologiste sur la pire d’entre elles, l’humanité, et ses petits travers terriblement naturels. Du coup, son plateau est un marécage, sur lequel il plante sa grande boîte vitrée dans laquelle s’agitent ses comédiens et même un orchestre de chambre, qui joue du Chostakovitch et autres incongruités, planqués derrière l’écran nébuleux de vomissements fumigènes.

Le travail du son, subreptice, donné par bribes à peine audibles, est d’ailleurs l’un des constituants forts de ce trip planant et aérien, dans lequel il faut se laisser happer et amener, flottant bienheureusement au dessus des réalités et de l’agitation du monde.

Un good trip, assurément, dont l’artiste Quesne a le secret, qui vient magnifiquement compléter une oeuvre déjà riche de fulgurances étranges, tels les superbes « Mélancolie des Dragons » et « Big Bang », dont ce nouvel opus est l’héritier inspiré.

Marc Roudier 

Swamp Club - Philippe Quesne/ Vivarium Studio à T2G (répétitions)
Visuels copyright Martin Argyroglo, C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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