VALERIE RIVIERE / PAUL LES OISEAUX : TOUTES LES FILLES DEVRAIENT AVOIR UN POEME

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Toutes les filles devraient avoir un poème : Valérie Rivière, chorégraphe / Compagnie Paul les Oiseaux / TnBA du 11au 15 mars et du 18 au 22 mars / Escales Danse en Val d’Oise en mars-avril / Arguia Théâtre, Dax 25 avril / Le Plateau, Eysines 13 mai / Scène nationale de Bayonne Sud Aquitain 7 octobre

Il est des titres qui concentrent à eux seuls l’essence même de la proposition artistique, comme des parfums recèlent en leur corps des fragrances envoûtantes qu’ils distillent autour d’eux bien longtemps après leur diffusion. « Toutes les filles devraient avoir un poème » est de ceux-là. Ses effets continuent à nous accompagner au-delà du temps de son émission.

La chorégraphe Valérie Rivière, pour créer son dernier spectacle chorégraphique tout empreint d’une poésie suave à l’envi (est-ce tout à fait un hasard, ou le simple jeu des coïncidences, si la première a eu lieu au TnBA le 11 mars comme pour annoncer le Printemps des Poètes ? ), s’est immergée dans la lecture contemplative de très nombreux auteurs, qu’elle s’est plu parfois à traduire d’anglais en français, ou l’inverse, selon les inspirations guidées par leur musicalité.

Ainsi au rythme des voix intenses de Werner Lambersy, Richard Brautigan, Dyane Léger, Carlo Bordini, Timothée de Fombelle, Annie Le Brun, William Butler Yeats, Fabi Mauro ou encore de celles de Paul Verlaine, Paul Eluard, Georges Bataille et d’Emily Dickinson, les corps des quatre interprètes chorégraphes vont « exprimer », comme on le dit des fruits dont on recueille le précieux nectar, l’essence des mots mis en musique. Sarabandes plus ou moins lentes, plus ou moins heurtées, d’où les effleurements fluides et soubresauts marqués de l’intime entrent en résonnance avec notre petite musique personnelle.

Mais si les mots se font chair, si les mouvements chorégraphiques impulsés par Mélissa Blanc, Chloé Camus-Hernandez, Fanny Sage et Stéphanie Pignon se font élans – tout de souplesse et puissance confondues – de l’insoutenable plasticité de la psyché livrée aux effets d’Eros, l’ensemble soutenu par la voix sensuelle de Guillaume Siron, compositeur interprète et danseur atypique, le domaine pictural est aussi convoqué au travers des tableaux vivants présentés, desquels sourd une beauté plastique enivrante. Il y a là des compositions, nimbées de lumières se détachant sur un fond d’obscurité, que n’auraient pas reniées, entre autres, des peintres du Quattrocento italien comme Fra Angelico ou Paolo Uccello.

Ce dernier peintre, dont l’influence fut si grande qu’elle toucha le cubisme et le surréalisme qui s’en réclamèrent chacun, partage d’ailleurs avec la Compagnie Paul Les Oiseaux de Valérie Rivière le même goût pour la fragilité des corps évanescents qui tirent leur puissance de cette faiblesse originelle. Au lieu de taire cette « fragilité dont le nom est Femme » (Cf. Shakespeare) cette dernière est projetée avec audace comme si seul le mouvement délié de ce qui asservit ce corps à corps mis hors de lui pouvait défier l’immobilité de la mort toujours à l’affût.

Quant aux compositions musicales, elles se fondent avec l’ensemble pour soutenir et accompagner elles aussi ce « temps hors temps » de déréliction où l’esprit s’abandonne à planer au-dessus des contingences du réel et se retrouve libéré de toute pesanteur. Les accents suaves des musiques à consonances latines se mêlent à ceux plus vigoureux de passages pop, rock ou reggae qui, en quatre temps, donnent le tempo de cette chorégraphie déliée et aérienne.

C’est des « premières loges » que la découverte a lieu : le décor où se déroulent les « je » de l’intime étant la reconstitution d’une loge d’artistes. Mise en abyme pour le moins troublante qui nous projette de plain-pied, nous spectateurs, au centre de cet univers habité par la poésie des mots et des corps. Un peu « comme si ça nous était arrivé à nous ».

Yves Kafka

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