FESTIVAL D’AUTOMNE. MAGUY MARIN, « BIT » : DANSER SUR LES TOMBES

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Maguy Marin, BIT / Théâtre de la Ville // Festival d’Automne, 30 octobre > 15 novembre 2014.

Pour cette nouvelle pièce avec 6 interprètes, Maguy Marin nous présente une danse macabre au milieu de stèles funéraires inclinées vers le public. Il s’agit d’une farandole des vivants qui se rient des morts. Ici, on ne crache pas sur les tombes, mais on y danse avec le diable. Cependant, à y regarder de plus près, on se demande s’il s’agit de vivants qui festoient sur les tombes ou bien de revenants issus d’un autre âge.

La mort est omniprésente, tantôt avec légèreté, tantôt présentée sous un voile tragique. La mort se moque, ou bien se moque-t-on de la mort ? On ne sait jamais vraiment. Elle semble être revenue pour nous dévoiler le lucre et le stupre qui règnent dans le monde d’en bas et qui souvent se cachent dans le monde d’ici. L’argent, la mort, le sexe se manifestent sur scène comme dans une pièce de commedia dell’arte. Ils sont des éléments tragiques soumis au spectateur en forme de vignettes iconoclastes.

BIT nous parle aussi bien de ce que l’on ne connait pas que de ce que l’on perçoit chez nos contemporains. Car la frontière entre les deux univers, l’ici et l’au-delà, se fait bien ténue tant ce spectacle se compose d’une suite d’images magiques et énigmatiques. Même si chez Maguy Marin le sens se découvre toujours sur le fil du rasoir, à deviner plus qu’à enregistrer, chaque élément du spectacle se dévoile sans dispersion.

Si Turba nous faisait entrer dans la peinture de Velázquez et que Singspiele empruntait au cinéma la technique du travelling, cette pièce nous ramène à des textes enfouis. On connait la passion de la chorégraphe pour Samuel Beckett et son travail sur l’absurde*. Ici, on pensera néanmoins à La divine comédie de Dante ou bien à La Porte des Enfers de Laurent Gaudé. Les images sont sombres mais pas désespérées, le surnaturel n’est jamais loin. Le discours italien du début ainsi que la danse aux allures de tarentelle – la danse de l’araignée – nous ramènent résolument dans une Italie folklorique et contemporaine.

Si parfois les enchaînements sont laborieux et que les interprètes cherchent parfois leurs marques – nous étions un soir de première – on sent dans cette pièce une inflexion du travail de Maguy Marin vers quelque chose qui a plus à voir avec le délire et l’effroi. Son travail sur l’image et la lenteur est encore présent, mais il cède le pas à une énergie débordante, soulignée par un beat musical qui nous emmène parfois dans une transe techno endiablée.

Les danses se répètent dans des rondes, les corps sont éclairés de façon à en percevoir la chair, les pas emportent le corps dans une autre dimension. Alors que ses pièces précédentes insistaient beaucoup sur la musicalité silencieuse des corps, on sent ici des « paysages rythmiques » plus complexes, comme si elle était allée chercher chez ses danseurs des rythmes enfouis qu’il s’agissait de dévoiler par la répétition du mouvement.

En fin de compte, cette nouvelle création nous emporte dans une folle chevauchée qui nous pose une question essentielle et absolument nécessaire à tous : et nous, que faisons-nous devant la mort ?

Quentin Guisgand

* On pensera à « May B. », créée en 1981 et à « Cap au Pire », pièce de 2006.

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Photos P. Grappe

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