« PERIODE BLANCHE », GALERIE CONFLUENCE, NANTES

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Période Blanche / 6 novembre – 23 décembre 2014 / galerie Confluence / Nantes

Quand Paul Graham en 2003, dévoile sa série American Night dans une édition, beaucoup de ses ouvrages lui sont restitués. Les photographies surexposées semblent être le résultat d’un problème d’impression. Mais il n’en est rien, l’artiste après une erreur de réglages, conserve cet effet de surexposition pour faire évoluer sa photographie vers la « négation de la vision ».

Bruno Nourry, collaborateur de la galerie Confluence, évoquait cette anecdote lors du vernissage de l’exposition, Période Blanche. Le blanc est souvent associé à un problème technique et c’est bien là toute l’ambivalence qu’il peut créer dans son utilisation en photographie aujourd’hui. Il détourne l’image et sa représentation. Il se dévoile sans limite dans cette exposition, à la manière d’une « expérience photographique »[1] du blanc. Il est traité comme lumière ; il éblouit, interpelle, dessine, et fascine. Il est nuancé, sous-entendu, poussiéreux, attirant et intriguant. La volonté d’une telle exposition est de révéler la puissance créatrice du blanc.

L’opalescence appelle la disparition et par conséquent, l’apparition, des processus directement tirés des grands questionnements des images contemporaines. Période Blanche rend un hommage au pouvoir du blanc dans l’histoire de l’art et les photographes dialoguent avec la peinture et les mouvements picturaux en réinventant les espaces fabriqués par le blanc.

Le mur, marqué par le temps d’Abbas Kiarostami, est traité comme une véritable composition picturale, la posture des corps de Jessica Todd Harper, nous plonge dans la tradition de la peinture flamande du XVIIe siècle et Céline Clanet nous offre un paysage impressionniste enneigé qui active notre curiosité d’exploration. La photographie fixe l’élément déclencheur de l’imaginaire, le blanc. Xavier Navatte et sa photographie, Papillon 04, partage une expérience visuelle où le grain de poussière devient grain photographique. Les traces du temps ont figé ce « tableau » dans une nature inanimée diderotienne, sous une couche de plâtre fine qui laisse apparaître les ailes fragiles des papillons. Le noir est utilisé par petites touches, comme des impacts venant troubler le « silence » de cette photographie. L’exposition, Période Blanche, se dévoile alors à la manière un mouvement photographique à part entière.

Mais quelle place à réellement le blanc dans la pratique photographique contemporaine et comment les artistes l’utilisent, empreint de fortes valeurs picturales ? Dans cette exposition, nous parcourons des nuances et des contrastes délivrés et manipulés par le geste photographique. La diversité du style des images de ce parcours lilial, explore les corps, les histoires et les moments de vie, mais aussi les mouvements du temps, les paysages et les architectures, les disparitions et les espaces entre-deux.

Le blanc est aussi présenté comme une limite inquiétante derrière laquelle il n’y aurait « plus rien à voir »[2], la rémanence du rien, le vide. Il est un repère optique fort dans la mémoire collective dont nous ne savons finalement pas grand-chose tant « l’expérience du blanc » est impalpable et diffuse. Le blanc retient et efface, il est ici un révélateur photographique par excellence et par le vide, il excite l’imagination. Luca Gilli dans sa série Blank, tente une réflexion sur la disparition des notions spatiales. Il questionne les limites de notre perception. Luca Gilli utilise des repères visuels colorés, seuls résidents discrets de ses espaces photographiés, comme des balises neutres qui induisent un instant très court leur fonction première et s’effacent l’instant d’après comme des formes perdues dans l’immensité du décor lumineux. Le hors-champ s’invite alors pour donner une autre dimension aux espaces blancs sur fonds blancs de Luca Gilli. Son travail de la lumière nous amène à lire ses images comme de multiples variations de la représentation de l’espace. L’ombre disparaît et nous renvoie à un vide sidéral, tel un diaphragme qui offre une ouverture du visible contemporain par les possibilités techniques et artistiques du blanc.

Léo Bioret

[1] Régis Durand, Le regard pensif, lieux et objets de la photographie, Editions de la Différence, coll. Les essais, Paris, 2002.
[2] Bruno Nourry, Période Blanche, novembre 2014.

Artistes : Gilles BAUMONT|Céline CLANET|Luca GILLI|Pertti KEKARAINEN|Abbas KIAROSTAMI|Ursula KRAFT|Xavier NAVATTE|Régis PERRAY|Olivier RUCAY|Ji-Yeon SUNG|Jessica TODD HARPER|Carla VAN DE PUTTELAAR

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Visuels
©Luca Gilli, Blank 03, 2011 /galerie Confluence, Nantes
©Xavier Navatte, Papillon 04, 2009-2010 /galerie Confluence, Nantes
©Abbas Kiarostami, Wall 04, 2002 / /galerie Confluence, Nantes

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