« NOOS », LA VOLTIGE DES CORPS

justineetfrederi-©_CleÌ_ment_Cebe_4
Noos Justine Berthillot et Frédéri Vernier / CND Pantin / du 11 au 13 mars 2015.

Noos est belle.
Noos est un duo. Un homme, une femme.
Noos est une pièce où l’on joue avec les corps et leurs limites, impunément.
Noos n’a pas besoin d’artifices car d’un minimum d’objets, Noos sait tirer un effet maximal.

Noos pose la question du corps et de sa relation à l’autre. Comme un essai de philosophie, mais avec l’immédiateté du sensible, Noos nous demande si deux corps font un nous.

Le plateau est un carré recouvert de carton ondulé que les corps font sonner quand ils chutent, courent ou le caressent. Simplicité du dispositif qui fait mouche : nous entendons ce que nous voyons et sur notre peau, nos poils se hérissent. Car les deux corps en face de nous se manipulent jusqu’à l’emportement. Cette violence n’est pourtant jamais dérangeante et l’on rit parfois des tours que nous jouent les deux protagonistes.

D’abord lui, maître du corps de l’autre, qui reste inerte tout en étant vivant. Elle, les yeux ouverts mais le corps malléable, à la merci de la justesse des mouvements de son partenaire. Frédéri Vernier est calme, déterminé, sans affect. Il exécute ses gestes comme on annonce une sentence. Il lui lève une jambe, la retourne, la fait voltiger puis chuter avec fracas sur le sol sans que jamais elle n’ait eu l’air de vouloir résister.

Peu-à-peu la situation se retourne. Lui est épuisé d’avoir tant commandé, exécuté, pris la responsabilité de son corps à elle. Elle, enfin réveillée, pantin ré-articulé que le contact avec l’espace et la peau a animé avec flamme. Mais son petit corps n’est pas assez fort pour manipuler le sien à lui. Comme un écureuil malin, elle trouve des subterfuges, elle feinte, elle se glisse. Mais rien n’y fait, il est trop lourd.

Pièce courte, Noos ne nous parle pas de la domination de l’homme sur la femme, du puissant sur le faible. Tout est bien plus subtil quand il s’agit de corps. Plutôt interroge t-elle le consentement que l’un porte à l’autre autant qu’à soi-même. Jouant de leurs faiblesses et misant sur leur entrainement supersonique – tous deux sortent de la 25ème promotion du CNAC[1], Justine Berthillot et Frédéri Vernier nous offrent un duo éblouissant.

L’on s’émerveille de leur agilité, de la délicatesse de leurs postures, de l’élan avec lequel ils attisent leur ballet et prennent tous les risques. Ils maîtrisent une force qui oscille entre finesse et brutalité dans un dialogue joyeux et emporté. Tout comme l’écrivit en 1810 Heinrich von Kleist dans son Essai sur le Théâtre des Marionnettes, leur grâce n’apparait que parce que tous deux semblent inconscients de la beauté de ce qu’ils exécutent.

Quentin Guisgand

[1] École nationale de cirque de Châlons-en-Champagne.

justineetfrederi-© CleÌ ment Cebe

Photos Clément Cebe

Comments
One Response to “« NOOS », LA VOLTIGE DES CORPS”
  1. TK.Kim dit :

    j’aurais adoré voir NOOS… Les photos sont bouleversantes, alors, j’imagine le spectacle…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN