L’ART ET LE TERRORISME, DE MOSSOUL AU BARDO

Le-Bardo-et-son-musee

TRIBUNE : L’art et le terrorisme de Mossoul au Bardo par Raja El Fani

Le Musée du Bardo est l’un des rescapés de l’attentat du 18 mars. Les œuvres n’ont pas été ciblées par les terroristes et les dégâts n’ont pas donné lieu à une expertise. Le musée rouvre au public mardi prochain au cours de la Museum Week, la semaine de débats culturels sur Twitter où les connexions entre art et terrorisme seront probablement à l’ordre du jour.

Tapissée et pavée de mosaïques romaines, l’aile du Palais Beylical transformée en musée national depuis le protectorat français à la fin du XIX° siècle et récemment rénovée, abrite la mémoire de la culture méditerranéenne, un modèle antique de mixité et de coexistence culturelle aujourd’hui brouillée par la globalisation.

Le Louvre avec la déclaration du Président Hollande est le premier musée à avoir officialisé sa solidarité avec le musée tunisien, suivi de l’Association américaine des directeurs de musées relayé par le Metropolitan, rien de la part de la National Gallery ou du Prado. En Italie, seul Turin (et son maire Fassino) manifeste contre le terrorisme pour rendre hommage à ses employés municipaux tués au Bardo. Mais l’attaque du Bardo n’est pas l’affaire du ministère de la Culture en Italie ni du ministre Franceschini qui n’a pas fait allusion aux attentats à Pompei aujourd’hui lors de la réouverture de la Villa des Mystères. Les institutions culturelles italiennes n’osent du coup s’aligner qu’officieusement à la cause anti-terroriste qui n’est pourtant plus seulement du ressort de la politique depuis le changement de cap de la propagande djihadiste avec les destructions de Niniveh et Mossoul.

À Tunis aussi comme en Irak, le terrorisme a visé l’histoire de l’art. Partout c’est notre mémoire (à tous) qui est en danger, des trésors inestimables et surtout irremplaçables qui sont les clés de notre identité sont laissés sans protection et ne font pas encore l’objet d’une défense militaire internationale. Ce qui en réalité est choquant dans les images des djihadistes démolisseurs au musée de Mossoul, c’est que l’histoire de l’art universelle soit aussi facilement détruite aujourd’hui, qu’elle finisse sur eBay pour être illégalement vendue. C’est cette banalisation – qui n’est pas seulement le fruit du terrorisme mais de la globalisation – qui est choquante, même si ces crimes rentrent dans une longue tradition iconoclaste. Et cette banalisation de l’histoire de l’art est en train de changer le cours de l’histoire et sa valeur.

À part le terrorisme, il y a un conflit culturel capital aujourd’hui : l’art et les musées oscillent entre conservation et reproduction. Les destructions qui s’ajoutent à la dégradation naturelle des œuvres d’art nous mettent face à la même question: jusqu’où une copie peut-elle remplacer l’original? Les copies sont utiles à l’exploitation commerciale des œuvres mais ne peuvent faire l’objet de recherches scientifiques. Pourtant c’est bien cette limite qu’on cherche à franchir avec les reproductions 3D d’œuvres perdues. Au-delà de cette limite, ce n’est plus de l’histoire: c’est déjà du terrorisme.

Raja El Fani

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives