LA NOUVELLE FONDATION PRADA DE MILAN : L’ART COMMERCIAL A LA RECHERCHE D’UNE LEGITIMITE HISTORIQUE

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Correspondance à Rome.
La nouvelle Fondation Prada de Milan : l’art commercial à la recherche d’une légitimité historique par Raja El Fani

La Fondation Prada réussit à placer entre l’Expo Universelle de Milan et la Biennale de Venise l’inauguration de son nouvel espace à Milan conçu par Rem Koolhaas. À Milan, l’exposition Serial Classic, doublée à Venise de Portable Classic au Palazzo Ca’ Corner, ouvrira au public le 9 mai. À Venise et à Milan, le curateur Salvatore Settis nous emmène en voyage dans l’Antiquité et l’art classique pour tenter une genèse des normes de l’art contemporain issues de la reproductibilité technique ; l’occasion de présenter bien sûr, mais dans d’autres salles, les œuvres d’art contemporaines de la collection Prada, de Schifano et Pascali à Jeff Koons et Damien Hirst.

Encore une façon élégante de juxtaposer l’art classique et contemporain, où l’on devine encore une fois une recherche de cohérence et une volonté de valoriser une collection mue par des intérêts commerciaux. Comme la Fondation Vuitton avec l’exposition en cours Les Clés d’une Passion (sous-entendu de la passion du collectionneur), la Fondation Prada – ou vaudrait-il mieux dire la collection d’art de la Fondation Prada – détermine un besoin d’appui scientifique. Cette tendance est sans doute un des effets des pressions gouvernementales et des multiples remous judiciaires que connaît le marché de l’art international. Reste que la valeur historique – encore à affirmer – des «Artistars» comme Jeff Koons est seule susceptible de modifier le cours des cotations. Le souci scientifique de ces musées privés n’est donc pas surprenant.

Mais un retour en arrière suffit-il vraiment à expliquer l’art contemporain ou est-ce un prétexte pour légitimer un système déréglé? Le moment n’est-il pas venu d’indiquer des objectifs culturels clairs? Aujourd’hui les fondations n’opèrent plus de choix artistique: les enjeux sont-ils tels qu’elles ne puissent prendre le risque de se tromper?

Germano Celant, présent à la conférence de presse de Serial Classic, est le directeur artistique de la fondation Prada à Milan. Difficile de ne pas percevoir, dans le choix d’inaugurer avec une exposition sur l’art classique, une stratégie low profile pour ne pas risquer de faire de l’ombre à l’exposition Arts & Foods, le projet artistique officiel de l’Expo Universelle à la Triennale, curatée justement par Celant. Difficile aussi de ne pas remarquer le répertoire artistique de Celant à la fondation Prada – comme dans beaucoup d’évènements de Turin à Milan en ce moment – ce qui standardise et aplatit beaucoup la programmation artistique du nord de l’Italie jusqu’à Venise.

C’est donc en puisant dans l’art classique et dans la Renaissance que la fondation Prada justifie son adhésion aux standards internationaux de l’art. N’est-ce toutefois pas risqué de réduire le travail de tous les artistes contemporains dans le schéma de la sérialité? Si Warhol a techniquement fait des reproductions de Coca-Cola en série, il n’en va pas de même pour la plupart des artistes européens de la même génération. Le concept des copies défendu par Settis indique une production répétée sans transformations, un principe pas assez consensuel ni suffisamment appliqué par les artistes pour refléter tout l’art contemporain.

Ainsi, déployée sur plusieurs espaces et entrepôts, la Fondation Prada passe des copies de statues grecques aux voitures hors-série redessinées par divers artistes dont Sarah Lucas, pour souligner le passage à l’époque industrielle et aggrave la confusion entre style industriel et principe industriel de l’art contemporain. Enfin, une autre partie de la fondation mêle des pièces de la collection de la fondation Prada (Picabia, Klein, Fontana, Baldessari, Pistoletto, etc.) à des prêts américains (Man Ray, Rauschenberg, Bruce Nauman, Richard Serra, etc.).

Dans l’ensemble, la Fondation Prada de Milan, comme les autres fondations internationales, mise beaucoup sur l’architecture sans sortir du sillage de l’art commercial. Avec ses deux expositions d’art classique, et d’une manière pas encore compétitive, la Fondation Prada prolonge la tendance des musées publics italiens qui limitent l’Italie d’aujourd’hui à sa culture ancestrale.

Raja El Fani

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