LUC TUYMANS, « SUSPENDED – L’OEUVRE IMPRIMEE », LA LOUVIERE

Le verdict

Luc Tuymans – Suspended : L’œuvre imprimée (1989-2014) / Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, La Louvière, Belgique / Jusqu’au 10 mai 2015.

Si Luc Tuymans est surtout célèbre pour ses peintures qui traitent des sujets tels que la Seconde Guerre mondiale, le passé colonial belge ou la télé-réalité, le Centre de la Gravure et de l’Image imprimée de La Louvière, institution totalement vouée à l’estampe contemporaine, met en lumière une part méconnue de son travail, une recherche autour de l’image imprimée. L’exposition, telle une rétrospective centrée sur un médium, dévoile la richesse de ce travail, de 1989 à 2014, ainsi que le savoir-faire des imprimeurs complices de l’artiste.

L’artiste lie sa pratique picturale à celle de l’impression. Le maître imprimeur Roger Vandaele, y a joué un rôle majeur. En un véritable dialogue et avec une subtile compréhension de ses œuvres, il a réussi à transposer la peinture en impression. « J’imprime comme un peintre peint » avoue-t-il. Luc Tuymans explore une multitude de techniques ; ses peintures, aquarelles, deviennent des sujets pour de nouvelles images, lithographies, sérigraphies, monotypes. Cette recherche se double d’une expérimentation des supports et des cadrages, jusqu’à la réalisation d’installations. Les impressions nous paraissent comme des tableaux. Il faut creuser pour comprendre que l’œuvre a pour point de départ une peinture, qui elle-même a une image source comme base. La subtilité de ses toiles, dessins et aquarelles y est développée. L’image source et l’œuvre s’entrecroisent. Naît alors comme un trouble entre la peinture et son image imprimée. L’artiste travaille par couche successive de transformation du référent, à l’œuvre unique, puis à sa transposition en impression.

On découvre ainsi, par ces diverses techniques exposées, ses sujets de prédilection. Des natures mortes et en particulier les fleurs (Orchid, une sérigraphie), ont des couleurs éclatantes en lithographie Plates, 5 lithographies, semble, elles, quasi abstraites. En réalité, l’artiste a utilisé des polaroids représentants des assiettes pour mettre en lumière l’histoire des pays de l’Europe centrale. L’œuvre Le verdict, une suite de 11 lithographies, comme une installation imprimée sous la forme d’un papier peint est reconfigurée pour l’occasion. Elle révélait l’histoire cachée, réelle et mythique de son lieu d’exposition, le centre genevois de gravure contemporaine. Ici, elle a trouvé un nouvel espace, en résonance et acquiert une nouvelle histoire. The Rumour prend également la forme d’une installation composée de 7 lithographies en couleurs, montées sur 4 panneaux de bois, derrière plexiglas peint, avec un pigeonnier. À nouveau, l’œuvre intrigue le spectateur et ouvre la possibilité d’un récit. Ainsi, chaque œuvre imprimée oblige une lecture double, une forme d’archéologie de l’image.

Cette exposition s’inscrit dans le cadre de la programmation de Mons 2015, Capitale Européenne de la Culture. Elle révèle également le rôle du Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, comme lieu de référence pour la gravure contemporaine.

Pauline Lisowski

Visuel : Luc Tuymans, Le Verdict, suite de 11 lithographies imprimées sur 7 rouleaux de papier, 1995 / Photos Pauline Lisowski

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