MIRAK JAMAL, MONCHERI BRUXELLES

mirak_jamal01

MIRAK JAMAL / monCHERI, Bruxelles / 29 octobre – 5 décembre 2015. Opening le 29 octobre.

En 1987, lors d’un étrange voyage en famille entre Römerberg, en Allemagne, et Lille, en France, l’artiste, qui n’était alors qu’un jeune homme, trouva un livre sur une aire de repos. Il le garda et en lut les différentes histoires pendant plusieurs années. Toutefois, il perdit le livre en 1994 au cours d’un déménagement hâtif vers les États-Unis. On trouvera ci-dessous une des histoires du recueil, selon les souvenirs de l’artiste, qui ne se rappelle pas le titre ni l’auteur. Voici ce dont il se souvient selon ses propres mots :

Je ne me souviens pas du nom du protagoniste de notre histoire, mais appelons-le « Frank ». « Frank » n’appréciait pas de devoir se lever dès l’aube : il trouvait que le petit déjeuner était servi un peu trop tôt. Le fait de devoir être transporté dans « le hall » chaque jour une bonne heure et demie avant le reste de la ville bouleversait son emploi du temps et le rendait donc différent des autres. De la gêne d’avant le repas aux longues heures qui le suivaient, qu’il passait au café, avec des cappuccinos corsés, à lire la presse attentivement, feuilletant un quotidien après l’autre dans quatre langues différentes, son individualisme le conduisait à faire les cent pas dans une solitude arrogante. Mais en tant que goûteur, il se pliait à la routine, faisant face à une cruelle alternative : le risque ou la certitude de trouver la mort. Au fond, il n’avait d’autre choix que de se soumettre à la cuisine alléchante de la cour, et ses dégustations du petit déjeuner se transformaient en déjeuners complets. Rapidement, une chaise fut réservée uniquement pour lui, et un coussin sur lequel étaient brodées ses initiales lui tenait lieu de petit nid douillet pour ses fesses. Il apprit à s’asseoir avec une rectitude confinant à la rigidité afin de respecter le protocole du dîner, et à inhaler, quelles que soient les circonstances : cuillerée après cuillerée, du potage soyeux au plat principal, de la viande de sanglier, puis au dessert, très sucré, accompagné de bavardages doux-amers. L’éventail de plats était formidable : cela se voyait à son teint serein, ce qui lui valait la rancœur de la ville.

Au fil du temps, à mesure que grandissait le scepticisme à l’encontre de notre sujet et que les rumeurs se propageaient dans les couloirs, les allées et les collines, son dégoût pour les repas s’accentuait également. Une culture de la peur moussait entre ses joues… la mort elle-même y était gentiment installée, attendant calmement sur sa langue. Cela transforma son palais : la cannelle prit un goût d’amertume, le caviar de charbon et les raisins secs de chewing-gums sans sucre. Chez lui, « Frank » fut relégué en marge de sa propre communauté et se retrouva avec les eunuques, les musiciens, les clowns, les prostituées, les enfants nettoyeurs de vitres et les bouffons. Un plouc à la cour, et encore plus à la maison. Il fut honteusement relégué second du roi. Et le risque de s’écrouler sur la table dans une mare de rouge après une crise de toux était imminent, mais… J’IMAGINE QUE LE GOÛTEUR DE LA COUR AURA AU MOINS APPRÉCIÉ SON VIN (ha !). Ce vin était renommé dans ces contrées, et aucun de ses semblables n’aurait pu ne serait-ce qu’imaginer goûter le jus des raisins gorgés de sucre qu’ils cueillaient sur les collines dans des conditions pénibles. Je ne me souviens pas si, à la fin, le goûteur survécut aux repas, mais je trouve qu’il s’agit là d’un aspect secondaire.

Par ailleurs, il est intéressant de noter qu’en 1385, les redoutables Timourides pénétrèrent la belle ville d’Esfezar à partir des steppes d’Asie centrale et emmurèrent vivants les citoyens qui survécurent à leur pillage. Un avertissement qui hanta l’imaginaire iranien pendant des siècles.

Quelques titres auxquels je pensais pour l’exposition :

I GUESS THE COURT’S FOOD TASTER MUST HAVE AT LEAST ENJOYED HIS WINE.. A DOMESTIC EXERCISE
A GOOD EXERCISE
THE FOOD TASTER AND THE KING’S GOOD WINE
SECOND TO KING
THE MANY VIEWS OF THE GUEST
THE VIEWS OF THE GUEST ARE TOO SAD!!
HA!
BAMBI

Mirak Jamal : « Alex » – highway steel barrier, vinyl, automotive lacquer, ea. 215x30x10cm, 2015 – coppyright the artist 2015

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN