« QUANTUM » de GILLES JOBIN, EXP.EDITION, BIENNALE DE DANSE EN LORRAINE

jobin
QUANTUM – Gilles Jobin / EXP.EDITION #2 – biennale de Danse en Lorraine / le carreau, Forbach.

De Metz à Nancy, de Bar-le-Duc à Lunéville et Forbach, l’art du mouvement est à l’honneur en Lorraine le temps d’EXP.EDITION #2. Des compagnies internationales, dont celle d’Eszter Salamon, avec son implacable MONUMENT 0, le Ballet de Lorraine, avec un beau programme Twyla Tharp – Trisha Brown, mais aussi de jeunes compagnies de la région sont au programme de cette deuxième édition de la biennale de danse.

Le Carreau, Scène nationale de Forbach et de l’Est mosellan, accueillait la première française de Quantum de Gilles Jobin, le soir même où le chorégraphe se voyait décerner le Grand Prix Suisse danse. Nourrie des échanges avec les chercheurs du CERN, lors d’une résidence de travail au sein du plus grand laboratoire de physique des particules au monde, cette création 2013 déploie ses géométries variables sous l’installation luminocinétique de l’artiste contemporain Julius von Bismarck. Des fractals imprimés sur les académiques des danseurs jusqu’à la matière sonore, tout est pensé pour affiner ces systèmes génératifs remplis d’inconnues, qui passionnent Gilles Jobin.

De petits tressaillements mobilisent les corps, qui semblent parcourus par des courants secrets. De véritables champs magnétiques s’affirment dans ces mouvements irrépressibles d’attraction ou d’éloignement, comme dans le cas des aimants du même signe. Des formes organiques imbriquées, mutantes, monstrueuses, voraces éclosent par moments. La danse travaille au niveau de la matière diffuse, insaisissable, qui donne à la fois de la consistance aux corps et qui rend poreuses les frontières avec l’environnement proche, sous tension. Dynamiques et flux, perméabilité et propagation par micro-impulsions et résonances, chaines, cellules, configurations biochimiques instables, cristallisations fulgurantes et passagères, Quantum explore des parcelles d’imaginaire traversées par la physique subatomique.

Aveuglement ou densité obscure, les danseurs sont tantôt surexposés, tantôt à la lisière des halos lumineux de l’installation de Julius von Bismarck. Il est intéressant de rappeler que l’artiste a été aussi en résidence au CERN et qu’il a imaginé cette pièce qui conjugue intensité électrique et intensité cinétique dans ses espaces.

Accélération, balayements, trajectoires de révolution stables ou mouvements apparemment entropiques, flottement irréel, frôlant dangereusement la collision, l’espace devient élastique, ses propriétés instables sous l’influence des puissantes engins d’éclairage. Leur danse autarchique relève de l’hypnose, prend parfois le pas sur les mouvements des corps. Ample et enveloppante, elle augmente la texture complexe de la chorégraphie d’ensemble.

En perpétuelle oscillation, Quantum semble pris dans un champ de forces paradoxales, tiraillé entre la fascination des formes à la fois précises et fluctuantes, à même d’évoquer à tour de rôles le Nu descendant l’escalier de Duchamp et les architectures minimalistes, virtuoses, abstraites des danses des avant-gardes des années 70, et le mystère d’une matière qui agit tout en se dérobant sans cesse, qui défie et court-circuite nos systèmes de représentation.

Smaranda Olcèse,
à Forbach

batardon

photos: Gilles Jobin (au CERN), Grégory Batardon

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