KAORI ITO, « JE DANSE PARCE QUE JE ME MEFIE DES MOTS »

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Genève, correspondance.
Kaori Ito : Du 18 au 29 novembre 2015 à l’ADC Genève ; le 1er décembre 2015 au Théâtre de Saint-Genis de Pouilly, France; le 4 décembre 2015 au Channel Scène nationale de Calais, France ; Les 11 et 12 décembre à la Ménagerie de verre (festival Les inaccoutumés) ; le 5 février 2016 au printemps de Sevelin, Lausanne.

Kaori Ito, de dos en costume traditionnel. Son père, Hiroshi Ito, les yeux fermés assis sur une chaise sur le côté. Une grande sculpture faite de chaises et caddies en équilibre recouvert d’un tissu sombre, oeuvre du père. Un haut parleur. La voix de Kaori Ito qui pose des questions sans fin sur la vie, questions parfois banales, parfois loufoques, toujours sensées, des interrogations qui viennent de l’enfance.

Elle raconte sa vie. Flash-back dans un passé japonais. Masquée, Kaori Ito mime l’accouchement, l’enfant qui nait, se lève et découvre la marche puis la danse, toujours avec humour. Toute petite, la danse déjà, la danse classique européenne qui lui fait remonter le centre de gravité au niveau du plexus alors que sa nature japonaise voudrait qu’il soit ancré plus bas dans le Hara. Deux doigt au dessus du nombril, là où émerge la vie et la mort. Mais le ballet classique, c’est fait pour s’élever, avoir l’air toujours léger … Plus tard, elle aura du mal à s’adapter malgré sa morphologie asiatique à la danse d’Angelin Prejlocaj, lui qui est allé s’inspirer au Japon. Elle danse pour Decouflé, Platel , elle joue avec Thiérriée, Baer et Podalydès et elle devient sa propre chorégraphe. Sa danse change dit-elle. Comme elle a retenu de son père que sa danse doit déplacer l’espace Kaori Ito se rend compte que sa danse évolue et se déplace aussi à l’intérieur de son corps.

Torsions, mimiques battements et cris. L’enfant japonaise mue, enlève ses broderies traditionnelles, devient la danseuse contemporaine. Quand Kaori Ito revient voir sa famille au Japon, son père a pour habitude de mettre de la musique de danse de salon et de vouloir danser avec elle. Elle n’aime pas cela, elle est gênée. Il est difficile de se toucher au Japon, même au sein de sa famille. La pudeur est dans les sentiments mais aussi dans les gestes. Cette pièce est sa manière de pouvoir enfin répondre à son père, et il est évident qu’il aime danser. Lorsqu’il quitte sa chaise, il se lance, se déhanche avec enthousiasme et plaisir. Le père ressemble à la fille quand il danse, la silhouette étonnamment juvénile, confondant de souplesse et de finesse. Hiroshi Ito, devenu sculpteur parce qu’un jour, il a compris la limite des mots. Il faisait alors du théâtre de toute les manières possibles: acteur, metteur en scène, régisseur. Et il aimait les mots. Mais un jour il s’est aperçu que ceux–ci ne lui permettaient pas d’exprimer ce qu’il voulait. Alors il a laissé tombe les mots pour un autre matériau.

Kaori, la fille, ne fait rien d’autre que suivre son père, Hiroshi, en adoptant la danse pour aller au delà des mots. Parce que les mots sont difficiles à choisir entre parents et enfants, parce qu’ils trompent, surtout quand il s’agit d’amour. Mettre en scène et en danse sa relation filiale est le moyen qu’elle a trouvé pour aller chercher son père au-delà de la pudeur des sentiments. Depuis qu’ils se sont géographiquement éloignés elle se sent plus proche de lui, elle est devenue son égale. Sur scène ils peuvent danser et dialoguer. Unis, complices, joueurs, une pièce pour se connaître et se reconnaître, prétexte à des retrouvailles et à un temps passé ensemble forcément compté.

Ildiko Dao,
correspondante à Genève

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Photos © Gregory Batardon

Comments
One Response to “KAORI ITO, « JE DANSE PARCE QUE JE ME MEFIE DES MOTS »”
  1. CultURIEUSE dit :

    Et le 5 février 2016 au théâtre de l’Octogone de Pully!

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