MARIELLE PINSARD, « LA LOI DU PLUS FORT », ACIDEMENT DRÔLE

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La loi du plus fort, suivi de Les pauvres sont tous les mêmes, textes et mise en espace de Marielle Pinsard, au Tarmac.

Singulière écriture que celle de Marielle Pinsard, dramaturge accueillie au Tarmac depuis maintenant deux saisons. Certains de ses titres passés (comme En quoi faisons-nous compagnie avec le Menhir dans les landes ?) sont en eux mêmes des questionnements métaphysiques au doux parfum de surréalisme. Les deux formes courtes actuellement jouées au Tarmac sont pour leur part aussi drôles qu’inclassables, et elles ne renient pas non plus un certain esprit Dadaïste.

La loi du plus fort, d’abord, est un monologue de 30 minutes sur le désarroi d’une jeune-femme déambulant dans Paris. A travers un scénario auquel il est aisé de s’identifier –une promenade qui se détourne systématiquement de son but pour finir au rayon confiserie d’une grande surface – nous suivons le désarroi d’une protagoniste traversée de crises existentiellestrès égocentrées, ce récit prenant la forme d’une inépuisable séance de psychanalyse.

La jeune-femme, incarnée par Piera Honegger, arrivera-t-elle à enrayer cette tentation du Monoprix ? Pas sûr. En revanche,elle aura le temps de glisser quelques remarques naïves sur l’iconographie publicitaire et les représentations à l’œuvre dans nos sociétés faussement métissées. Ainsi, pourquoi le chocolat noir de chez monoprix se vend grâce à un visage souriant d’homme noir, s’interroge le personnage ? Alors que le chocolat blanc, lui, se vend grâce à une photo de chocolat blanc ? Le minois ingénu de la comédienne est trompeur, derrière la prétendue innocence se cache un propos qui provoque et remet en place bon nombre de clichés. Le néo-colonialisme encore présent dans l’inconscient collectif n’y est pas épargné.

Sans transition, Les pauvres sont tous les mêmes nous emmène dans une salle de yoga ou trois femmes en tenue de sport assument, selon la formule consacrée, leur statut de CSP+. Ce deuxième texte se nourrit à la même encre créative et acide et, s’il est tout aussi drôle, ses effets nous atteignent de manière plus retorse. En effet, le rire est moins évident dans cette seconde partie de diptyque. Nous n’avons plus affaire au soliloque d’une citadine paumée et touchante, place désormais à un racisme qui ne dit pas son nom et qui ressuscite la lutte des classes en donnant la parole aux nantis. L’humour n’y est pas inoffensif, il sort sans ménagement l’auditeur de sa zone de confort.

Chacune des trois comédiennes y va de son avis sur les sans-abris, établissant des catégories et des profils-types de sdf, apportant des solutions pour enrayer le problème, non pas de leur précarité mais de la vue qu’ils infligent aux honnêtes citoyens. Ce retournement de valeurs écorne avec justesse la bien-pensance parfois très passive et met chacun de nous face à ses contradictions. S’il est de bon ton d’assimiler une vie équilibrée à tout un panel de références zen et orientalistes, les interprètes révèlent l’individualisme qui fait toujours son œuvre derrière le masque de l’altruiste. Progressivement, la mise en espace installe aussi un rapport de force au sein du trio, où chacune se bat pour dire tout haut et avant l’autre sa petite réplique au cynisme transgressif. Le jeu, volontairement appuyé, est parodique. Il agit comme un miroir déformant qui exacerbe nos mesquineries.

Marielle Pinsart met en exergue avec intelligence et dérisionles travers d’une société où le paradoxe concurrence bien souvent l’absurde. Elle sera de nouveau accueillie au Tarmac en novembre, avec sa prochaine création On va tout dalasser Pamela. Elle participe également aux projets du collectif belge Clinic Orgasm Society ; qui sera à l’affiche de la scène internationale francophone du 10 au 13 février prochain.

Aurore Krol

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