RAFAEL LOZANO-HEMMER : UNE REVOLUTION TECHNO-POETIQUE

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Montréal, Correspondance.
Rafael Lozano-Hemmer : une révolution techno-poétique.

Après avoir suivi des études en sciences (Chimie, physique) à Montréal au Canada, Rafael Lozano-Hemmer a très vite vu dans l’art un autre moyen de créer des expériences sociales où performances, sculptures, et architectures se mêlent. Inclassable, de l’installation monumentale à la sculpture, en passant par la vidéo, la démarche de l’artiste est riche et protéiforme, avec comme vecteur commun l’intervention des spectateurs.

L’expérience du public est indispensable dans le travail de Lozano-Hemmer. Elle est même au centre de son œuvre. Ses créations ne peuvent exister sans le public en tant qu’acteur. Pour Duchamp « Le regard fait le tableau », cette interdépendance est d’autant plus réelle pour Lozano Hemmer avec les technologies numériques et l’art virtuel. Ses œuvres sont en perpétuel devenir et son interprétation en sera unique.

A travers un processus de participation plus ou moins actif, plus ou moins conscient et plus ou moins dangereux, il arrive à rassembler de manière subtile l’Humanité : le travailleur, la mère de famille, l ‘enfant, le cadre, l’étudiant, le politicien et le journaliste autour de ses créations. Il souhaite ainsi mobiliser les usagers sur des questionnements politiques, sociétales afin de les faire subtilement devenir « out of the control », ou de leur faire entendre leur voix. Dans tous les cas, il souhaite susciter une interrogation ou une réaction qui marquera chaque personne en contact avec son travail. Pour se concrétiser l’œuvre n’a pas besoin d’être exposée, mais elle est crée par le public qui la stimule.

Ainsi avec Vicious Circular Breathing, présentée jusqu’au 17 avril 2016 au MUAC à Mexico, Rafael Lozano-Hemmer nous invite à venir respirer l’air inhalé par la personne précédente. Cette installation phénoménale se compose d’une chambre de verre avec des portes doubles coulissantes, deux issues de secours, du dioxyde de carbone et des capteurs d’oxygène, un ensemble de soufflets motorisés, un système de soupapes électromagnétiques, et 61 sacs de papier brun suspendus à partir de tubes respiratoires qui capturent et archivent la respiration des personnes.

Notre air, source vitale, partie de notre intimité, passe par cette création à la fois diabolique et poétique pour s’extraire de notre corps et être donné. Le passé se mélange avec le présent. A travers cette œuvre, Hemmer explore l’intersection entre la sphère intime et la sphère publique, entre les nouvelles technologies, la communion et la mémoire étrangère. Il cherche toujours à repousser le public dans ses limites, allant jusqu’à l’asphyxie.

Level of confidence est un projet qui pousse davantage de questionnements d’ordre politique et social. Cette œuvre qui évolue en fonction du pays où elle est présentée, est basée sur l’utilisation de la Data. Au Mexique par exemple, le public s’approche d’un écran qui comporte une caméra de reconnaissance faciale paramétrée pour la reconnaissance des visages des 43 élèves disparus de l’école Ayotzinapa à Iguala. Le système utilise des algorithmes pour trouver les traits du visage des étudiants en similitude aux vôtres et vous donne le niveau de confiance. L’aspect commémoratif du projet est saisissant. Face à leur recherche incessante avec le chevauchement des traits de notre visage, nous sommes confrontés à ce paradoxe entre la réalité où ces étudiants ne seront jamais retrouvés et la brutalité de l’oeuvre qui avec la technologie ne s’arrêtera jamais.

Enfin avec Voz Alta, Rafael Lozano-Hemmer signe une de ces œuvres les plus engagée, radicale, révolutionnaire et profondément démocratique. Ce que l’artiste aime avant tout dans le processus de création c’est la prise de risque. Réalisé pour le 40ème anniversaire du massacre des étudiants de Tlateloco du 2 octobre 1968, ce dispositif invite les personnes à parler spontanément dans un mégaphone situé sur la « Plaza de las Tres Culturas », où le massacre a eu lieu. Un groupe de projecteurs robotisés transforme automatiquement la voix des Mexicains en rayon lumineux. Chaque parole est diffusée sur la radio publique mexicaine faisant aussi prendre part les médias dans son dispositif. Aujourd’hui nous devons continuer à lutter, participer et à ne pas baisser les bras. Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion d’être entendu» clame un vieux monsieur.

Rafael Hemmer-Lozano a réussi à mettre en exergue le dénominateur commun entre l’art et la technologie, l’art et la science, la technique et la poésie, la confrontation du concept et du percept, du virtuel avec le réel, de la vie avec la mort.

Parce que pour Hemmer-Lozano « Faire une œuvre d’art est un acte intimement lié à la compréhension que toute vie a une fin. Nous sommes romantiques, nous voulons comprendre, saisir, classifier et contrôler. Mais au final, ce n’est qu’une performance très temporaire »

Mathilde Castres
à Montréal

Jusqu’au 17 avril « Pseudomatismos » au MUAC de New Mexico
Jusqu’au 20 mars « Zero Noon » Big Bang Data, Somerset House, Londres

hemmer

Images: Rafael Lozano-Hemmer, Airborne, 2015. Pseudomatismos, MUAC, Mexico, 2015 – copyright the artist

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