« OVER AND UNDER », LOUISA GAGLIARDI, GREG ITO, monCHERI BRUXELLES

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OVER AND UNDER : Louisa Gagliardi featuring Adam Cruces and Greg Ito / monCHERI, Bruxelles / Jusqu’au 5 mars 2016.

Avant d’appliquer ses découpages sur le support, à savoir du papier ou une toile, Henri Matisse les épinglait aux murs de son atelier. Les épingles servaient de supports aux papiers découpés, mais elles permettaient surtout de conserver leur caractère provisoire et contingent, et donc de les réarranger et de les repenser.[1]En effet, la perforation de la surface était destinée à être temporaire et les épingles étaient retirées une fois que les décou-pages étaient disposés de manière définitive au sein d’une œuvre d’art.

Tandis que l’approche de la perforation qu’avait Matisse ne représente qu’un statut provisoire dans l’élaboration de son œuvre, de nos jours, le perçage de la peau et l’adaptation de la surface corporelle au moyen d’éléments picturaux et décoratifs, constituent de manière générale un choix délibéré visant à se forger une identité physique. Les modifications corporelles conduisent non seulement à une perception et à une expression individuelles de l’apparence extérieure d’un être humain, mais influencent également considérablement la notion de stimulation et de plaisir sexuels.

Toutefois, dans des cadres intérieurs, l’individualité se traduit aussi par l’utilisation de fleurs et de fruits comme éléments décoratifs. Disposés dans des vases ou des bols, ils permettent de modifier et de personnaliser un espace de vie. Par conséquent, l’expérience de la nature ne se limite plus à l’extérieur. Elle se transforme en moyen d’expres-sion des individualités en devenant un ornement spatial.Disposés en diptyques libres, les portraits de Louisa Gagliardi et les natures mortes d’Adam Cruces démontrent une intervention de ce type à même la toile, associée à l’utilisation de piercings, de tatouages et de cristaux pour le corps. Ils montrent la beauté pétrifiée d’un instant capturé. Les corps des personnages de Gagliardi n’ont ni imperfections, ni poils, ni cheveux et sont impossibles à distinguer.

Si les piercings ne mettent en évidence qu’une partie spécifique du corps, les tatouages, les cristaux ainsi que les vajazzles attirent l’attention sur des régions entières. En remplaçant la pilosité par des particules brillantes, ils se substituent à des caractéristiques naturelles. À l’instar de ces personnages, les fleurs et les fruits des natures mortes de Cruces sont représentés de manière absolument parfaite. Sur la toile, le processus de décomposition est interrompu. Ils incarnent un produit immaculé de la société consumériste et ne cessent pas d’être visuellement attrayants.

En revanche, dans l’œuvre de Greg Ito, le caractère périssable des fruits est intégral: les sculptures sont amenées à connaître une mutation croissante en raison de leur consistance naturelle. Leur décomposition graduelle au cours de l’exposition peut être interprétée comme une équation dont la dégradation résultant du passage du temps constitue une variable. Par ailleurs, l’adjonction de miroirs, peut-être en référence au motif de la vanité, renforce encore davantage le caractère flétrissant de l’œuvre d’Ito.À l’évidence, on retrouve cet aspect de la décomposition dans la nature éphémère de l’esthétique ancrée dans la culture populaire. Les idées changent; les goûts et les préférences sont remplacés.

Cependant, les traces qu’ils laissent sur le passé ne s’effacent jamais complètement, si l’on regarde la structure supérieure des découpages de Matisse ou, tout simplement, la surface d’un corps humain. Une surface modifiée porte en elle la contingence. Les cristaux pour le corps ainsi que les piercings peuvent être ôtés; les tatouages, effacés. Ici, ils représentent différentes étapes uniques de la beauté. Certaines sont temporaires, exposées au temps qui s’écoule. D’autres sont immuables, prises dans la beauté du moment.

[1]Comparer: Karl Buchberg, Nicholas Cullinan (et al.),Henri Matisse: the cut-outs, Londres: Tate Publishing, 2014: p. 19.Laura Indorato Erba

Photo Benoit Cattiaux

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