LAURE PROUVOST, « A WAY TO LEAK, LICK, LEEK », FAHRENHEIT BY FLAX, LOS ANGELES

Fahrenheit_Laure-Prouvost_5-1024x640

Los Angeles, Correspondance.
Laure Prouvost : A Way To Leak, Lick, Leek / Exposition à Fahrenheit, FLAX Foundation, Los Angeles, du 31 janvier au 9 avril 2016.

Laure Prouvost a été invitée en résidence à Los Angeles par Martha Kirszenbaum, directrice et curatrice du programme Fahrenheit, initié par la Fondation FLAX. Cette résidence a donné lieu à une exposition, suite et réponse du projet qu’elle avait présenté l’année dernière au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart. A Way To Leak, Lick, Leek# se déploie dans l’espace d’exposition dont dispose Fahrenheit, au cœur d’un petit hub culturel partagé avec François Ghebaly Galerie, Los Angeles Contemporary Archive et, dans un bâtiment adjacent, la Night Galerie.

Dans cette bulle artistique en pleine expansion de Dowtown Los Angeles, Laure Prouvost dévoile sa vision de la ville, enfumée certes, parfois fumante, d’une apparente simplicité et très largement fantasmée, nourrie des mythologies portées par la Cité des Anges.

Dans la première salle, une vidéo alternant frénétiquement des images de pots d’échappement et de bouches qui peinent à inspirer répondent à des dessins de personnages dont un pot d’échappement fumant sort de la bouche. Sur l’un de ces dessins, la fumée est projetée. Au centre de la salle, une carte rassemble des tickets de caisses, des cartes de visites, tel un carnet de voyage en deux dimensions que l’artiste a confectionné lors de ses dérives à travers le tissu urbain si particulier de Los Angeles. On l’aura compris, Laure Prouvost a fait l’expérience du règne de la voiture dans cette mégalopole de plusieurs centaines de kilomètres. Elle suffoque, je suffoque, nous suffoquons.

Après cette entrée en matière, le doute s’insinue face à cette piscine solide et dégoulinante, couche de résine dans laquelle sont cristallisés des éléments variés : des coquilles d’œufs, des coques de portables, des écrans d’ipad, une pellicule argentique, un demi ananas, des objets métalliques non identifiés, des végétaux… Dans cet inventaire à la Prévert et au cœur de ce jardin d’hiver – les œufs et les palmiers ne sont que les premières pistes d’une référence à Marcel Broodthaers – deux sièges de voiture séparés par un téléphone, dont le combiné est lui aussi pris dans la résine, attendent les visiteurs. Confortablement installés et mis en situation, ils peuvent ainsi apprécier la nouvelle vidéo de l’artiste, que l’on reconnaît à son montage saccadé et à ses mots chuchotés.

Le portrait de Los Angeles que nous offre Laure Prouvost montre cette jeune génération désabusée, perdue dans une recherche vaine qui nous échappe, mais dans une version très édulcorée, bien loin de Less than Zero de James Ellroy. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils se prélassent sur une voiture en se posant des questions existentielles – Are we there yet ? (Nous sommes bientôt arrivés ?) We are going to be lost in our world. (Nous serons perdus dans notre monde.)-, ils se déplacent et écoutent de la musique, dont un morceau a été composé spécialement pour l’exposition par WYNN, producteur basé à Los Angeles. Ils représentent une vision fantasmée de cette ville, en touchant du bout du doigt le malaise qui peut se faire ressentir sous le soleil californien sans vraiment plonger dans son ambiguïté.

L’étrangeté du film et l’enchainement d’éléments visuels permettent de dépasser l’apparente naïveté qui semble peser sur la vision que nous livre l’artiste. Les images témoignent de sa rencontre avec la ville, de la découverte de la Los Angeles River aux danseuses de zumba qu’elle a côtoyées dans le quartier de Highland Park où elle était logée à la Maison FLAX. Laure Prouvost takes us for a ride (nous fait faire un tour en voiture) dans la ville qu’elle a vu et vécue et on ne peut s’empêcher de se laisser prendre au jeu.

Anna Milone
à Los Angeles

LAURE PROUVOST
Née en 1978 à Croix-Lille, Laure Prouvost vit et travaille à Anvers. Elle a récemment bénéficié d’expositions personnelles, notamment We Will Go Far, au Musée Départemental d’Art Contemporain de Rochechouart, Rochechouart (2015), It, Heat, Hit à e-flux, New York (2015), Dear dirty dark drink drift down deep droll (in der dole) au carlier | gebauer, Berlin (2015), Der Öffentlichkeit — Von Den Freunden Haus Der Kunst à la Haus der Kunst, Munich (2015), For Forgetting au New Museum, New York (2014), From Wantee to Some Signs à l’Extra City Kunsthal, Anvers (2014); Laure Prouvost / Adam Chodzko à la Tate Britain, Londres (2013); Entretemps… Brusquement, Et ensuite à la Biennale de Lyon (2013) All These Things Think Link à la Flat Time House, Londres (2010); It, Heat, Hit à l’Art Now Lightbox, Tate Britain, Londres (2010). Laure Prouvost a reçu le Turner Prize en 2013, le Max Mara Prize for Women en 2011, le Principle Prize Winner, de la 56ème et 57ème édition du Oberhausen Short Film Festival en 2010 et 2011, le EAST International Award en 2009.

FAHRENHEIT
Fahrenheit est le programme de résidence conçu par la Fondation France Los Angeles Exchange (FLAX) et développé par Martha Kirszenbaum, directrice et curatrice. Ce programme de résidence dispose d’un espace dédié aux expositions, performances, projections et conférences. Il soutient l’échange et l’intégration des artistes, curateurs et critiques liés à la France dans la ville de Los Angeles et en Californie du Sud.

Image: Exhibition view, Laure Prouvost, A Way To Leak, Lick, Leek at Fahrenheit by FLAX © Jeff McLane and Deborah Farnault.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN