HUYNH & COTTENCIN, NUÑEZ, RAYNAUD, HYRCAN… CAC PASSERELLE BREST

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EMMANUELLE HUYNH & JOCELYN COTTENCIN : A taxi driver, an architect and the High Line / JORGE PEDRO NUÑEZ : Every dodo is not a tree / FRANCIS RAYNAUD : La mer vineuse / BINELDE HYRCAN : Cambeck / CAC Passerelle, Bret / 06.02 – 30.04.2016.

Le Centre d’art contemporain Passerelle à Brest expose depuis le 6/02/16 et jusqu’au 30/04/16 Emmanuelle Huynh & Jocelyn Cottencin, Jorge Pedro Nunez, Françis Raynaud et Binelde Hyrcan.

Dans cette ancienne usine de 4000m2 où s’est installé le Centre d’art dès 1988, les quatre artistes exposés perpétuent la tradition d’un centre ouvert au décloisonnement des disciplines accueillant aussi bien la création contemporaine que du graphisme, de la danse, de la musique ou du design.

D’emblée, ne pas rater dès l’entrée le court métrage de l’angolais Binelde Hyrcan qui est une pure merveille… Quatre enfants assis avec aisance à même le sable jouent une discussion d’adultes qui aurait lieu dans une voiture… Une limousine, bien sûr… Petit dialogue à la fois naïf et cruellement représentatif de la différence entre l’opulence du nord occidental d’avec le sud pillé et laissé pour compte… Ancien élève de l’école d’art de Monaco, Binelde Hyrcan démontre sa capacité à saisir la vérité des situations. Sans artifice, avec humour et une certaine tendresse, il vise juste dans son portait qui laisse songeur et ne manque pas de rester en mémoire.

C’est en traversant la « zone d’augmentation », vaste espace sans cesse réinventé au fil du temps et des expositions, qu’on découvre sur une moquette aux couleurs pop – violette et orange ! – les installations du vénézuélien Jorge Pedro Nunez dont on gardera longtemps à l’esprit ses grandes toiles couleur métal façon macbook où sont collés des couvercles de boîtes de conserve de thon du monde entier. Elles figurent parfaitement à la fois la société mondialisée et la sur production qui vient piller nos fonds marins… Si Jorge Pedro Nunez est né au Venezuela, il vit et travaille à Paris. Il reste un ardent militant de la défense des pays du sud, longtemps colonisés et exploités de toute part… Dans cet espace dépouillé se côtoie des œuvres qui empruntent aux totems de l’Amérique latine. Du football à l’architecte brésilien O Neumeier aux films mythiques sur l’or noir de l’Amérique latine tel Le salaire de la peur, soit disant tourné à Caracas mais qui n’a pas dépassé la Camargue ! Non sans humour, Jorge Pedro Nunez recycle, détourne et moque cette société capitaliste dont il dénonce sans cesse les excès.

En grimpant à l’étage on trouve La mer vineuse, l’exposition du dernier résident en date de Passerelle, Francis Raynaud. Ce jeune artiste qui se voit gratifié d’une exposition suite à sa demande exhaussée de résidence à Brest. Doit-on voir dans son travail des traces de sa double formation culinaire et artistique ? Sans doute, tant le beurre ou les cubiténaires de vin désossés tiennent une large place dans son monde pantagruélique où se côtoient coquilles d’Ormeaux nacrées et bouteille de sauce tomate allemande Muti… C’est encore un peu frais, gentiment provocateur, sans doute très distancié… On attend d’en voir plus.

À côté de l’exposition de Francis Raynaud trônent sur trois écrans géants l’installation imaginée pour New York d’abord puis pour le Centre d’art de Brest ensuite A taxi driver, an architect and the Hight Line… Avec ce titre que n’aurait pas renié Peter Grennaway, on assiste à une ode à New York particulièrement juste et émouvante… Plus qu’un triptyque d’images, c’est une trilogie filmée car sur chaque écran se déroule une histoire ponctuée de la danse ou de la présence d’Emmanuelle Huynh magnifiée par la caméra, aux plans toujours justes, de Jocelyn Cottencin…

Souvent on peine à rester devant des installations vidéos, alors imaginez trois, diffusées en même temps… Mais ce travail, puissant et pensé possède une pleine cohérence puisque le son d’un film permet au second diffusé sur l’écran voisin de déployer une action pendant que sur un troisième écran des images de la ville, incroyable chantier perpétuel, se déploient montrant toute sa splendeur moderne…

La réussite de cette installation réside sans doute dans la longue introspection menée par Emmanuelle Huynh qui, pendant plus d’un an, va mûrir ce projet dont elle confiera les images à l’artiste visuel Jocelyn Cottencin…
Une réussite car avec une économie de moyens mais une réflexion sérieuse, ils réussissent tous les deux à faire ressentir tout la spécificité de la big appel…

Il suffit de voir trois danseurs se rouler au sol puis rester là, inertes, sans que personne ne trouve ça étrange ni même ne s’arrête… Une dame esquisse une danse au bord de l’Hudson, la caméra posée sans doute près de là ne semble ni gêner ni inquiéter les joogueurs ou les mères avec leurs poussettes… New York quoi… Ces films montrent la ville avec respect et vérité. Ils prennent appuis sur deux autres protagonistes, un architecte et un chauffeur de taxi noir qui tantôt suivent la chorégraphe tantôt lui montrent le chemin…

Nous avons donc trois visions de New York qui en fait sont une seule et même idée de la ville moderne. C’est une véritable danse perpétuelle suivie par une caméra si discrète qu’on fini par se demander si ce n’est pas simplement nos propres yeux qui assistent seuls, sans médium, à cette visite de la ville. On retrouve tous les signes de la vie à travers les signes de la Ville et d’ailleurs ce n’est pas de strabisme dont il faut faire preuve mais de « triabisme » tant on a envie de suivre en même temps les trois films…

Beau moment où Emmanuelle Huynh est encadrée de deux photographes qui utilisent un pont de la High Line pour photographier quelque chose au loin alors qu’elle même déploie à côté d’eux, au point de les frôler, une danse minimaliste mais qui devrait les intriguer… Et non, même pas… Chacun semble dans son monde. Personne ne répond à personne… Magnifique métaphore de la société contemporaine montrée là sans détour mais sans violence non plus… Ce qui change aussi des clichés liés à cette ville réputée peu sûre… La caméra de Jocelyn Cottencin passe sur tous les monuments ou quartiers de la ville, de l’Appolo Theatre à l’Unesco, du Bronx à Manhattan et ne manque pas de s’attarder sur cette magnifique fontaine de Ground Zero…

Tout autour dans la salle sont posés des morceaux symbolisant New York aussi bien les échafaudages que les planches de bois. On a l’impression d’être nous mêmes dans le film, acteur-spectateur mais témoin de cette balade aux Amériques.
Du coup, on comprend mieux l’engouement du monde de la culture pour Jocelyn Cottencin qui, non content d’activer dans ce dispositif brestois une performance avec Emmanuelle Huynh comme ont pu le voir les spectateurs du Festival DansFabrik de Brest, va présenter le Vendredi 22 avril 2016 à 22h00 dans grande salle du Centre Pompidou à Paris Monumental, film qui devient, pour l’occasion, une performance pour 12 danseurs… On a hâte…

E. Spaé

Addendum
La politique de Passerelle est d’ouvrir cet espace aux jeunes artistes ayant suivi une formation dans une école d’art de la Région. Après Françis Raynaud, c’est la discrète et méticuleuse Anita Gauran qui s’y colle avec, au bout son objectif, une exposition dans le même espace que son prédécesseur. Anita Gauran utilise la photo et les tirages argentiques dont elle agrandi un détail à l’extrême au point qu’on ne puisse plus rien y reconnaître de concret mais simplement de soupçonner un détail. Ou alors, elle détourne habillement est avec beaucoup d’humour des pièces de notre patrimoine culturel en ajoutant qui un collier de perles aux hanches d’une photo de statue de déesse ou un masque à un sphinx égyptien… c’est un peu insolent mais du coup cela attire de nouveau l’œil et confirme le sens de l’observation de cette jeune artiste. Cet été, elle ira dans la prison de Brest travailler avec les détenus qui utiliseront la photographie pour s’échapper un peu à leur tour.

Passerelle – Centre d’art contemporain – 41, rue Charles Berthelot – F-29200 Brest – tél. +33(0)2 98 43 34 95 – contact@cac-passerelle.comhttp://www.cac-passerelle.com

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Visuels : 2- jorge Pedro Nuñez, installation view – 1- Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottencin / Copyright tles artistes.

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