TRANSAMERIQUES MONTREAL : « PLUTON – ACTE 2 »

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Envoyé spécial à Montréal.
Festival TransAmériques Montréal : Pluton – Acte 2 – Frédérick Gravel dirige Paul-André Fortier, Mélanie Demers dirige Linda Rabin, Marc Boivin et Tomas Furey, Katie Ward dirige Peter James

Ainsi, 2ème porte à gauche, portée par la dramaturge Katya Montaignac, a t-elle initié pour le FTA « Pluton », un projet ou jeunes et vieux se côtoient et créent ensemble…

Pourquoi pas, mais il est des titres qui sont à double tranchant et dont il vaut mieux se passer si tout n’est pas en accord avec.

Si en astronomie, Pluton est le neuvième plus gros objet tournant autour du Soleil, elle reste la planète naine la plus volumineuse ce qui n’oblige pas à prendre la grosse tête. Si les inventeurs du projet pensent mythologie, ils n’ignorent pas que Pluton est le Dieu de la richesse, qu’il rend invisible, qu’il règne sur les Enfers et que des trois Dieux souverains qui gouvernent le monde, il est le seul qui n’a jamais à craindre l’insubordination ou la désobéissance. C’est le Dieu dont l’autorité est universellement reconnue et jamais discutée. On le voit souvent représenté avec son chien, Cerbère, qui veille tout autant que lui à ce que personne ne s’enfui des enfers… Espérons que pour Pluton 3, les concepteurs du projet se doteront d’un tel animal à trois têtes pour éviter des petits défauts liés à ce genre de projet où expérimentation ne doit pas rimer avec approximation.

Tout commence bien… lorsque, du lointain, à cour, Paul-André Fortier entre en scène. Il impose par sa présence et, à peine a t-il bougé un doigt, qu’il nous captive par une gestuelle sobre. Une forme minimaliste qui fait penser au butô dans cette façon très particulière de survoler le sol. Frédérick Gravel ne bouscule pas le maître. Il le laisse imposer à la fois son rythme et sa danse ce qui captive assez vite. A peine a t-on le temps de gouter à cette oscillation du bassin, ce plié des genoux et à ce bras levé qui s’agite à contre temps du reste du corps, que le danseur part, comme s’il marchait en équilibre sur une poutre, et c’est fini… Comme on dit chez Cyrano, un peu court jeune homme, mais beau… puissant. Sans effets.

On ne peut pas en dire autant dans la proposition suivante de Mélanie Demers… Elle a confié à la frêle Linda Rabin et à l’imposant Marc Boivin un trio au milieu du public… Lui, juché au dessus d’elle grâce à des talons aiguille. Elle, petite, comme toisée… Ils ont tous les deux les oripeaux du spectacle, du cabaret même. Strass, bas résilles, fourrures… Bras ouverts, mouvement d’épaule aguicheur… Ils entonnent de façon outrancière des standards du répertoire tel New York New York… Lui chante I living today couplant le tout à une respiration saccadée alors que, les ayant rejoints, Tomas Furey semble incapable de parler dans le micro qui se tient devant lui… Flanqués dans une arène, avec les spectateurs de part et d’autre, ils ne peuvent pas s’échapper, sortir, fuir… S’installe alors cette impossibilité de parler. Le comédien reste sans voix… dans la seconde partie « the show must go on »… on repart sur une autre proposition, tout fait penser à l’accouchement, au passage par les entrailles. Cette figure ou Linda Rabin, passe entre les jambes de Marc Boivin sans avoir à se baisser marque… Et soudain Tomas Furey retrouve sa voix. Il force. Il sur-chante comme il sur-joue… l’ensemble aurait besoin « d’écrémage » dans le sens où tous les artistes sur scène ne manquent pas de qualité et leur carrière parle pour eux, mais le projet pêche par des choix qui ne sont pas fait et, si Pluton il y a, prenons garde que ce genre de proposition ne vienne agrandir le catalogue des « objets mineurs » resté célèbre en astronomie.

Louise Bédard blessée, on ne pourra pas voir la proposition imaginée par Catherine Gaudet.

La soirée plutonienne s’achève sur une proposition de Katie Ward portée par Peter James, aperçu l’année dernière dans Philippines en compagnie de Nicolas Cantin, une performance du même genre dans le OFFFTA.

En voyant le dispositif scénique choisi par Katie Ward, on ne peut s’empêcher de penser à la création de la Torontoise Ame Henderson, What We Are Saying (FTA/Juin 2013), où les chaises étaient, elles aussi, dans la salle et les danseurs comme les spectateurs assis ensemble. Là c’est pareil. Peter James invite des spectateurs, toujours sur les gradins de part et d’autre du plateau, à venir s’asseoir sur les chaises tout juste apportées sur la scène. Et, valeureux, certains y vont… S’en suit une longue série de micro improvisations qui vont du Congo à la banane blanche, de Warhol à sa mère morte, mais qui lassent plus qu’elles ne passionnent… Les spectateurs supportent cela stoïques, guettant dans le ciel l’événement plutonien tant annoncé… et rien… On se dit « quelle patience » ils ont et surtout quelle injustice lorsqu’on pense que le même public quittait naguère bruyamment Nelken de Pina Bausch autrement plus audacieux que cette proposition qui, là aussi, manque de projet central, de direction…

Alors, Pluton 2 a t-il « stimulé » comme toutes les propositions de « la 2ème porte à gauche » ? A-t-il « régénéré » la création québécoise voire canadienne comme nus le signale le dossier de presse ? Rien n’est moins sur et ce n’est pas en extrayant des entrailles d’un spectateur, aux moyens d’une séance digne des plus grands énergéticiens, que Peter James évitera le « it’s to bad » sorti de là qu’il finira par poser sur un tabouret haut …

Pluton 2 repose la question de l’expérimentation (nécessaire, indispensable), mais implique la présence des interprètes sur scène. Et si on a connu Peter James plus inspiré, on voit que Paul-André Fortier, au fait de son art, subjugue.

Faut-il voir quelque chose, alors que tout est a vu, que rien n’est caché, dans des lumières « de service » ? A-t-on ressenti quelque chose ? Le fallait-il ? Toute la problématique de la création contemporaine est là et bien là, mais encore faut-il bien la poser, avec des médiums artistiques beaucoup plus aboutis et sans doute, comme on a pu l’entendre lors d’une rencontre au QG le matin même (cf. article), le temps doit et devra jouer un rôle important et surtout qu’on hésite pas à mettre des Cerbères – mais sévères et plus directifs – dans chaque coin des répétitions… Attendons de voir ce qu’il adviendra pour le 3 !

Etienne Spaé
Envoyé spécial à Montréal

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