FESTIVAL D’AVIGNON : RENCONTRE AVEC PAUL RONDIN, DIRECTEUR DELEGUE DU FESTIVAL

Paul-Rondin

FESTIVAL D’AVIGNON 2016 : RENCONTRE AVEC PAUL RONDIN, DIRECTEUR DELEGUE DU FESTIVAL.

Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon, se définit comme un homme au service d’un artiste, Olivier Py, tout autant qu’au service d’un projet culturel et politique. Reconnu par la profession, il aura été directeur de communication ou administrateur de prestigieuses maisons avant de refuser à Olivier Py de venir à Avignon : « L’événementiel ce n’est pas pour moi ». Volontiers adepte d’un franc parlé, c’est la FabricA qui sera l’argument décisif. Sans ambage, Paul Rondin ouvre les portes de son bureau « décoré » d’une des toutes premières affiches du Festival, imprimée il y a près de 70 ans…

Inferno : Quelle est votre première rencontre avec le Festival d’Avignon ?
Paul Rondin : En 1987, ma mère m’emmène à la cour d’honneur pour Le soulier de satin. Dans ce qui est devenue une relation, comme pour beaucoup, totalement addictive ; c’était ma première prise… Je suis revenu comme spectateur puis comme professionnel dans le Off et dans le Festival d’Avignon. C’est assez simple, le changement d’année civile, pour moi, c’est en juillet !

Et pourtant, alors que vous êtes salement virés de l’Odéon, Olivier Py vous propose de présenter un projet pour Avignon. Manifestement, vous n’êtes pas emballé…
Je dis non, tout simplement. Une aventure ne me séduira que si j’ai le temps de sa mise en place. Le mandat auquel je suis lié tout comme Olivier (4 ans reconductible NDLR) n’est pas ma tasse de thé, mais c’est la règle. Il est vrai que l’existence de la FabricA a été l’élément déclencheur. La réflexion autour de cet outil qui signe une forme de permanence du Festival d’Avignon sur son territoire, encore reste-t-il à définir, est fascinante !

D’entrée, vous orientez La FabricA vers le numérique !
Cette bricole à 10M€ alors même que le centre social du quartier ne pouvait rouvrir faute de moyens allait demander une certaine…pédagogie. Il était hors de question de créer une colonie israélienne en plein Gaza ou de faire preuve de démagogie en faisant miroiter aux gosses du quartier une carrière d’acteur ! J’ai rencontré Pascal Keiser et il m’a convaincu de la puissance des outils que tous ces gosses avaient dans les mains : tablettes, smartphone….

Ce projet va donc rentrer en résonnance avec la labélisation d’état « French’tech »?
À bien y réfléchir, La FabricA est un lieu d’innovations menées par de petites équipes ; c’est la définition d’une start’up ! La FabricA représente clairement une nouvelle ère… Tout est à inventer alors même qu’il y a des outils que les gosses maîtrisent à la perfection. Il n’y a qu’un seul message à leur donner : « Ou ces outils vous servent à recevoir et à envoyer de la merde, à consommer ce que l’on vous impose ; ou vous vous en servez pour vous affirmer, vous former, vous professionnaliser ». Or, nous « théâtreux », avons quelque chose, un support à leur proposer, un espoir de quelque chose ! Le numérique sera l’outil des cafards sauf si l’on se dirige vers un « Wikipédia ».

Comment s’inscrit le Festival dans le territoire politique local ?
Soyons clairs ! Si rien n’est fait par les partis républicains, Avignon tombera dans les filets du FN dès 2020. Le représentant local (Philippe Lottiaux en réalité RBM) est un homme « intelligent » qui aime le Festival et qui a parfaitement compris sa dimension politique. Lorsque Olivier déclare en 2014 « Si, le FN passe, je déménage le Festival », Lottiaux fait rentrer Marine Le Pen dans le rang pour qu’elle taise toute critique.

De notre côté personne ne nous a défendus, ni ici, ni à Paris ; la seule consigne était « Il ne faut pas dire cela ». C’est une erreur, il faut ouvrir sa gueule ! Le Festival d’Avignon ne pourra jamais travailler avec le FN. Ils n’aiment pas les étrangers, nous si ! Ils n’aiment pas les pédés, nous si ! Ils n’aiment pas la culture, nous si !

Le Off qui se définit « le plus grand théâtre du monde » vient de changer de responsables. Qu’en est-il de vos relations avec ce Off devenu tentaculaire ?
« Le plus grand théâtre du monde »… C’est une erreur monumentale ! Ils sont tombés dans le piège des chiffres… Le Off vit un effondrement de l’intérieur sans que personne ne s’en rende compte.

La course aux chiffres fragilise tout le monde et avant tout les compagnies qui ont moins de public, moins de professionnels… Les portes du Off ont été grandes ouvertes aux grosses structures parisiennes privées de diffusion et notamment pour les humoristes, or elles sont en train d’acheter le Off en achetant les théâtres. C’est dangereux, destructeur et je n’ai pas le sentiment que le Off en tant qu’organisation le réalise vraiment…

Votre première année de mandat a été marquée par un mouvement social des précaires et intermittents un peu musclé, le sujet pourrait revenir sur le plateau pour cette édition 2016. Vous avez une crainte ?
(Silence)… Primo, associer précaires et intermittents, je ne vois pas bien la logique. Preuve en est, lorsque les intermittents ont convié les précaires ou saisonniers à les rejoindre pour bloquer le Festival, ils ont dit non ! « C’est notre outil de travail, nous ne le détruirons pas ». Secundo, j’en ai franchement assez de ce discours de pleurs et de lamentations qui ne fait que le bonheur du MEDEF. Il faut, je pense, valoriser ce régime, en être fièr. Le monde du travail change, ce n’est que le début et tout le monde le sait.

Les intermittents devraient interpeller Macron et lui dire : « Vous voulez un outil de fléxi-sécurité ? Nous l’avons, le modèle existe, il est à parfaire, mais il existe ». Macron est suffisamment malin pour s’en emparer et le MEDEF serait bien…embêté.

Propos recueillis par Vincent Marin

Comments
2 Responses to “FESTIVAL D’AVIGNON : RENCONTRE AVEC PAUL RONDIN, DIRECTEUR DELEGUE DU FESTIVAL”
  1. M. Rondin, peut-être devriez-vous relire les communiqués du Collectif In de 2014, il semble que quelques éléments vous aient échappés.
    Je ne pense pas que nous soyons dans les pleurs et les lamentations. Nous faisons simplement le constat d’une casse généralisée du marché du travail et des plus faibles socialement. L’abandon de toute politique réellement de gauche par un président et un gouvernement qui affirment en porter les valeurs. De l’abandon de l’idée que la culture soit un ciment social nécessaire mais pas que cela (bon ok, on peut remonter jusqu’à Jospin). Le constat que de fait, avec la signature de l’accord in extremis pour sauver les festivals d’été, le gouvernement a par sa participation financière achevé le principe de solidarité interprofessionnelle, et à mon sens enterré ce régime dont nous devrions « être fiers » comme vous dites, nous en sommes d’accord, mais pas dans ces termes. Voyons ce qui se passera dès 2017. Hollande vient d’annoncer que la culture serait une priorité nationale en 2017 mais plus personne n’y croit, à moins d’être militant PS
    Vous nous invitez à rejoindre le mouvement de Macron, je vois où le discours se situe. Il me semblait qu’Olivier Py avait parlé d’un « festival militant » où il serait à nos côtés dans nos combats ? Allons-y, mais pas la fleur au fusil.

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