FESTIVAL D’AVIGNON : RENCONTRE AVEC JULIEN GOSSELIN

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FESTIVAL D’AVIGNON 2016 : Julien Gosselin – 2666 – Création 2016 – 8-16 juillet – La FabricA – 14h00.

Inferno : Parlez-nous de votre rencontre littéraire avec Roberto Bolaño…
Julien Gosselin : Quand nous avons terminé de créer Les particules élémentaires, nous avons commencé à chercher autre chose pour le prochain spectacle. Il y a quelques années, j’avais entendu parler de Roberto Bolaño et de 2666 comme du premier grand roman du 21ème siècle. Je me suis mis à le lire et j’ai trouvé à l’intérieur de ce texte exactement ce qu’il me fallait…

Pouvez-vous me dire quelque chose du processus de création de 2666 ?
Tout le monde travaille en même temps. Dès le premier jour de répétition, je veux être en mesure de travailler la vidéo, la musique, le son, la lumière et le jeu avec les acteurs. Nous travaillons de façon assez linéaire dans l’adaptation… Chaque scène est répétée, à chaque fois, avec tous les acteurs de la distribution. Donc chaque fois la scène est trouvée dans sa globalité.

Comment avez-vous travaillé pour l’adaptation ?
Ça m’a pris du temps (il soupire). En répétition, je peux travailler douze heures par jour mais sur une adaptation j’ai du mal à travailler plus de deux ou trois heures par jour surtout sur un texte aussi démentiel… D’abord j’ai pris le livre et j’ai commencé à travailler chronologiquement, et ensuite j’ai fait des sauts. Il y avait des parties où j’avais plus de mal à m’en sortir. L’idée était de trouver comment Bolaño avait différencié les parties et trouver comment je pouvais traduire théâtralement leur différenciation. Par exemple la dernière partie du livre est uniquement une grande narration épique et il n’y a quasiment aucun dialogue. Donc c’est un travail très différent par rapport à la première partie où il n’y a quasiment que du dialogue ou de la narration prise en charge par les personnages. Ce travail c’était surtout, pour chaque partie, de trouver presque une nouvelle écriture et de créer une nouvelle écriture scénique.

Y a-t-il un moment où, face à ce texte, vous avez eu envie d’arrêter ? Avez-vous déjà regretté d’avoir choisi de travailler sur ce roman ?
Non. Le plus difficile c’était au début quand nous avons commencé à mettre en place les choses administratives… Mais depuis qu’on travaille dessus, je n’ai jamais eu de doutes. Au contraire, j’ai eu plutôt de bonnes surprises…Je n’ai jamais eu envie de laisser tomber. Pendant les répétitions, en travaillant sur un texte aussi puissant que l’est celui de Bolaño, en entendant deux ou trois répliques je me dis : c’est délirant comme c’est bien écrit, c’est tellement gigantesque… Et chaque fois, j’ai juste envie de continuer.

Le spectacle va durer neuf heures, c’est long. Pouvez-vous me parler du rapport au temps ?
Oui il y a plusieurs choses… D’abord, je travaille les textes à partir de leur structure, je ne fais pas des variations sur le texte… Du coup, c’est très difficile pour moi de réduire les choses d’un point de vue pratique. Le rapport au livre, pour moi, est aussi lié à la masse du livre. Quand vous avez 2666 dans le main, vous savez que vous en avez pour un moment. Il y a une sorte d’angoisse qui se crée et une violence qui est là uniquement avec le livre dans les mains.

Je ne pouvais pas faire un spectacle qui ne donne pas cette idée de la violence, de la difficulté du chemin à faire pour le spectateur comme pour le lecteur, et de fait, il fallait qu’il y ait une notion de durée. Mais pas pour créer une saga! Je ne voulais pas faire simplement une traversée ennuyeuse de l’œuvre de Bolaño. J’avais plutôt envie de transmettre au spectateur quelque chose que est lié à la densité du texte.

Qu’est-ce que c’est pour vous une expérience totale au théâtre ?
C’est très difficile à dire. C’est plutôt quelque chose que je cherche. Houellebecq, à propos du roman parfait, disait quelque part qu’il fallait un roman avec aussi de la sociologie, de l’économie, de la poésie pure… En parlant de forme totale, c’est ça dont j’ai envie.

A l’intérieur de la forme théâtrale, je cherche toujours à créer quelque chose au niveau de l’atmosphère qui soit extrêmement fort (avec tout ce que peut apporter la technique au théâtre), et en même temps, quelque chose d’extrêmement précieux au niveau du traitement littéraire. Essayer d’amener le spectateur dans des zones extrêmement différentes les unes des autres. Pour ça, la musique nous aide beaucoup : elle doit être extrêmement violente et elle doit englober le spectateur à l’intérieur.

Dans le roman de Bolaño, il y a des centaines de personnages aux quatre coins du monde et on peut essayer d’amener le spectateur dans une sorte d’expérience assez longue. C’est ça que je cherche quand je parle d’un théâtre total. C’est dans la continuité de ce que les gens qui ont 20 ans de plus de moi appelaient la transdisciplinarité : c’est à dire qu’on peut tout utiliser au théâtre pour arriver à une expérience extrêmement puissante.

Dans la foule de personnages de 2666, quel est celui qui vous a touché le plus ?
Mes sentiments de lecteur ne sont pas forcément les mêmes que mes sentiments de metteur en scène. Mais par exemple Amalfitano est un personnage qui me touche beaucoup, d’autant plus qu’il me semblait un personnage très obscur à la lecture. Il a quelque chose qui est profondément lié à son intériorité, son intimité. Quand on travaille au plateau, c’est un personnage qui me touche énormément. Amalfitano est un professeur de philosophie qui perd complétement la tête et à mon avis, c’est un personnage qui en raconte beaucoup sur Bolaño.

Propos recueillis par Camilla Pizzichillo

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