FESTIVAL D’AVIGNON 2016 : MADELEINE LOUARN, ENFIN LE FESTIVAL D’AVIGNON !

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70e FESTIVAL D’AVIGNON : Madeleine Louarn, Ludwig, un roi sur la lune – 8-13 juillet – Création 2016 – L’Autre scène Vedène – 15h00.

Madeleine Louarn, enfin le festival d’Avignon !

Celui qui n’a pas vu un spectacle de Madeleine Louarn n’a rien vu du théâtre, de sa fragilité, de sa poésie imperceptible et ne connaitra pas non plus l’exploit, sans effets, de ses comédiens en scène… Le travail de sa compagnie, le Théâtre de l’Entresort avec l’Atelier Catalyse, est une véritable aventure de théâtre comme il en existe peu…

Simple éducatrice, n’ayant pas fait de théâtre plus que cela, vivant à Morlaix en Bretagne où elle fit ses premières armes, elle s’est lancée, il y a plus de vingt ans, dans une approche tout à fait singulière du théâtre en décidant de travailler avec des comédiens handicapés, sans pour autant convoquer en nous une compassion bien pensante. Au contraire, elle tire vers elle une admiration faite de l’empathie qu’on ressent pour les comédiens qui sont sur scène, comme si de rien n’était, alors que l’effort qu’ils produisent n’a pas de comparaison. Madeleine Louarn réactive l’essence du théâtre… pas de truc possible, pas de ficelle de comédien, pas de tic de jeu, que du vrai qui passe par un état de l’instant et qui ne sera pas, pour sûr, la même chose demain et au fil des représentations.

C’est ce que l’on ressent en voyant ses spectacles. On assiste à quelque chose d’unique, qui ne se reproduira pas. On ne se sent pas privilégiés d’en être. C’est une expérience « participative » dans le sens où tout est mis en commun et pour ce seul moment. Ce travail comme les comédiens rendent impossible l’identification et fait que l’on voit l’être, le comédien, plus que celui qu’il est censé représenter. Merveilleuse idée d’écrire des spectacles sur mesure pour une troupe sans mesure…

Alors Avignon… Après un passage remarqué dans cette ville lors des Hivernales de 2015 avec « Les oiseaux », adapté d’Aristophane, elle fait son premier festival d’Avignon ; et saluons la bonne idée d’Olivier Py de l’y inviter. Ainsi, entre le 8 et le 13 juillet, la troupe se propose d’évoquer Louis II de Bavière, avec Ludwig, un roi sur la lune, une pièce de Frédéric Vossier, auteur habitué de cette compagnie … Un biopic sur un roi fou… Parfait pour la troupe toujours dans un état flottant, au gré de la vie de chacun des six comédiens qui vont narrer cette histoire d’un Roi troublant et extravagant ou extravagant donc troublant… On n’hésite pas à user de superlatifs pour recommander sans délai des spectacles du Festival, mais celui-ci, vraiment, ne le ratez pas…

D’autant que pour ce Ludwig, un roi sur la lune, Madeleine Louarn a choisi un dispositif où le public sera de part et d’autre de la scène, comme au bord d’un lac de Bavière, cet endroit privilégié, cher à ce roi féru d’art. Autour des comédiens, au cœur du dispositif, le spectateur va assister aux moments de la vie de ce Roi de la démesure dont on sous-estime la trace dans notre imaginaire collectif puisque les châteaux comme la figure du prince dans les films de Wall Disney s’inspirent de lui.

Les hommes et femmes de la troupe vivant tous à l’ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) des Genêts d’Or à Morlaix, exemplaires et uniques, ne vont pas être plongés dans un décor symbolisant ces châteaux baroques. Ils auront en revanche des costumes chatoyants qui rappelleront les moments vécus par ce Roi, diagnostiqué fou et finalement destitué par son psychiatre… Cape, costume de princes, tout est pensé pour que les comédiens de Catalyse jouissent de la position de monarque et profitent de ce temps pour transcrire le rêve de grandeur de ce Roi hors- normes…

Frédéric Vossier a assemblé des mots et des didascalies, ce qui laisse la place à un véritable théâtre de gestes, d’images et de son où vont se glisser aussi bien Rodolphe Burger pour la musique que Loic Touzé pour la danse… Car, qui dit Ludwig, dit Wagner et c’est logique de trouver dans la troupe pour ce spectacle en plus d’un musicien, la musique de Wagner, cet infatigable défenseur de la mythologie germanique mais dont l’univers mélancolique de Rodolphe Burger devrait compenser un Wagner annonciateur de toute la musique contemporaine du XXème siècle…

La place de la danse dans le travail de Madeleine Louarn tient plus d’une volonté d’accompagner les comédiens dans leur déplacement, dans leur placement même plus que dans l’idée de leur faire réaliser un ballet avec des ensembles qui feraient sens… Ce qui n’empêche pas les chorégraphes qui ont déjà travaillé avec la Compagnie, tel Bernardo Montet, d’écrire de vrais soli et de créer ainsi de petites danses qui ajoutent à la magie du moment.

Coïncidence de la programmation, d’un bout à l’autre de la ville, l’âme de Visconti va planer. Dans la Cour Les Damnés. A Vedène, Ludwig. Incroyable moment pour revisiter ces deux chefs d’œuvres du cinéaste, mais aussi pour découvrir la compagnie la plus étrange du paysage théâtral français qui marquera les esprits dans un festival qui permet cette année au public, sinon de découvrir de grands textes, au moins de faire connaissance avec un théâtre hors de la norme…

Emmanuel Serafini

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