FESTIVAL D’AVIGNON : « 6 A.M. », OU L’EXPERIENCE D’UNE DISPARITION ANNONCEE… ENΟΟΥΣΙΑΣΜΟΣ ?

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FESTIVAL D’AVIGNON : 6 A.M.How to Disappear Completely – Blitztheatregroup – Opéra Grand Avignon du 7 au 10 juillet à 18h.

6 A.M. How to Disappear Completely”, ou l’expérience d’une disparition annoncée.

Le Blitztheatregroup a sans conteste à son actif des références et influences qu’il prend très au sérieux quand il aborde cette création où les installations plastiques à fort pouvoir onirique se conjuguent à la musique pour créer une élégie à visée poétique soutenue par – ce qui était au départ – un très beau poème d’Hölderlin. Il faut dire que le poète tourmenté du romantisme allemand semble devenir un élément incontournable de la création contemporaine, faisant figure de caution très courue par certaines compagnies qui s’en servent plus qu’elles ne le servent, tout le monde ne pouvant il est vrai être Castellucci… Le résultat de cette ambition démesurée, cette quête – très statique – de ces personnages à la recherche dont on ne sait quel lieu où ils pourraient – le devine-t-on – tout simplement vivre, nous laisse orphelins sur la rive.

« Je m’en vais chaque jour pour la quête nouvelle. Quel sentier du pays n’ai-je pas exploré ? Et ces fraîches hauteurs, là-haut, et ces ombrages, et ces sources aussi ? Car mon âme inquiète va par monts et par vaux, implorant un répit. » Ce répit, il nous est donné à nous mais pour nous plonger dans un ennui peu provocateur d’imaginaire. En effet, si l’on excepte les compositions plastiques constituant la scénographie – une installation faite de métal froid qui laissera place à quelques feuillus – qui à elles seules sont porteuses de quelques émotions fortes, la « traduction » du texte inspiré d’Hölderlin n’est pas de nature à nous transporter dans un ailleurs fécond, ouvreur de poésie potentielle.

Quant à la lenteur, on ne peut ici en faire l’éloge même si l’on a bien compris qu’il ne fallait pas tenter de chercher là un quelconque fil narratif ; les installations – seuls intérêts de ce spectacle qui distille un ennui profond – auraient mieux trouvé leur place dans une « exposition ».

Si seul le langage poétique peut dire par sa puissance contenue et l’imaginaire qu’il délivre ce que la raison limitée ne peut prétendre à dire, faut-il encore que le « déplacement » poétique existe pour qu’on n’en soit pas réduit à un surplace stérile. Et ce n’est pas le mot ENΟΟΥΣΙΑΣΜΟΣ – « Enthousiasme » écrit en grec, terme sous-tendant une élévation vers les Dieux – qui va transcender la médiocrité du propos et nous conduire vers l’Olympe de l’Art. Ses lettres brillantes géantes qui se détachent du dernier tableau semblent tout droit sorties d’un froid clavier d’ordinateur (Claude Lévêque, artiste des écritures lumineuses, écrit lui « à la main »…) et ce mot projeté ne va en rien nous « éclairer ». Il résonne comme une antiphrase démentant ce qu’il proclame.

Non décidément « 6 Heures du matin » n’annonce pas l’aube de ce qui pourrait advenir mais, en écho à sa « partition » qui manque cruellement de souffle enivrant et de fraîcheur créative, se clôt sur une fausse note faisant, sans (r)appel aucun, « disparaître complètement le spectateur ».

Yves Kafka

Photo Audrey Scotto pour INFERNO

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