AVIGNON 2016 : « CEUX QUI ERRENT NE SE TROMPENT PAS », QUAND LE CIEL SE DEVERSE, LA DEMOCRATIE SE QUESTIONNE…

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FESTIVAL D’AVIGNON : Maëlle Poesy – Ceux qui errent ne se trompent pas – Salle Benoit XII – Du 6 au 10 juillet 2016 / 15h – Texte Kevin Keiss  en collaboration avec Maëlle Poésy

Quand le ciel se déverse, la démocratie se questionne.

Ceux qui errent ne se trompent pas met en place un scénario d’anticipation politico-social : une désapprobation collective et pacifique des habitants d’une capitale vu du côté des dirigeants (qui paniquent). On parle des événements extérieurs sans nous les montrer, on s’inquiète des attroupements en ville depuis les salons bourgeois et confortables de nos hauts dirigeants sous le choc et incapables de comprendre les actions symboliques d’un peuple en transhumance politique. La pièce prend des allures de huis-clos qui implose de lui-même pour s’ouvrir finalement sur un espace désolé, un no man’s land inondé d’eau, un lieu symbolique où la démocratie est à repenser. A rêver peut-être.

La situation est grotesque, un brin cocasse, parfois caricaturale (dans le jeu comme dans la scénographie). On s’en inquiète un peu. « Les gens refusent de se mouiller » s’esclaffe l’un des personnages alors que la scène est noyée sous des trombes d’eau… Evidemment les thématiques et les images font échos à ces multiples événements récents qui ont mis en branle nos démocraties européennes et nos convictions citoyennes. On parle de « terrorisme moderne » et la pluie qui inonde la scène effraie les personnages en même qu’elle pousse symboliquement à l’action et à l’émulation. Il y a quelque chose de tragique et de romantique dans cette image. Notre lecture des saynètes qui s’enchainent semble toutefois un peu guidée.

Une réelle dichotomie s’opère. On parle d’une masse citoyenne qu’on ne voit jamais, comme d’une ombre à la démocratie, un mal incompréhensible. C’est le « mal blanc » (vote blanc généralisé) dont les murs de la ville portent eux-mêmes les stigmates. On déclare « l’état d’inquiétude » puis « l’état de siège ». Les grands mots et les grands moyens sont déployés, on voit sous nos yeux les déclics (im)probables qui transforment un état démocratique en état dictatorial. Les dirigeants perdent pied et la situation grotesque se transforme en fausse guerre civile puisque commanditée de l’intérieur. Les dirigeants d’état se font un coup d’état à eux-mêmes. Les étapes de cette transformation sont surlignées au stabilo dans un premier temps, mais doucement la scène se vide et se poétise. Les acteurs quittent la peau de leurs personnages caricaturaux pour prendre une nouvelle force, une parole pleine. Le décor terne et enfermant de la première heure disparaît, laissant place à un espace vide empli d’eau et d’une beauté saisissante. Les grossiers effets graphiques et le contrôle du début de la pièce se laissent inoculés par une force débordante mais calme. L’homme accepterait-il enfin son désarroi et la beauté de son impuissance face à la nature et à l’utopie collective qui nos guide profondément ? On met du temps à embarquer mais une fois le chaos établi, l’espace vidé et ouvert, une respiration intime s’opère et une place est offerte à notre imaginaire.

Moïra Dalant

Mise en scène Maëlle Poésy – Avec Caroline Arrouas, Noémie Develay-Ressiguier, Marc Lamigeon, Roxane Palazzotto, Cédric Simon, Grégoire Tachnakian.

Photo Vincent Marin

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