« SUR LE FIL », NACERA BELAZA EN EQUILIBRE PARFAIT

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MONTPELLIER DANSE : Sur le Fil, Nacera Belaza.

Du Festival Montpellier Danse 2016, c’est certainement la pièce que l’on retiendra. Même si elle fut présentée à 18h en semaine et donc quasi exclusivement réservée aux professionnels, les deux représentations ont fait salle comble et ont permis de découvrir la plus belle œuvre de la chorégraphe française.

De même que le silence après Mozart est encore de Mozart, le silence avant Belaza est déjà de Belaza. Tout comme Claude Régy, les adeptes de la chorégraphe savent tellement à quoi s’en tenir qu’ils entrent en communion avec le spectacle avant même l’entrée dans la salle. C’est d’ailleurs un risque, qu’un groupe de puriste se forme et étouffe les spectateurs néophytes de leur savoir bélazien.

Le spectacle commence par une illusion d’optique, les lumières superbement soignées arrivant à pas feutrés, extrêmement lentement, notre persistance rétinienne nous joue des tours. Comme pour toutes les œuvres d’art complexes et intelligentes, c’est le regardant qui fait le tableau. C’est notre œil qui dicte ce qu’on voit et non notre intelligence. Le spectacle nous prend à l’iris et nous embarque loin dans nos fantasmes, nos peurs, nos imaginations. La bestialité primaire prend le dessus et les sens parlent, nous ramènant à cet instinct grégaire ou enfantin qui rend possible l’émotion forte et simple.

Si au moindre coup d’œil on peut reconnaître la patte de Nacera Belaza, Sur le fil est un spectacle qui marque une étape dans son travail de création. Dans un premier temps car le parcours est très accidenté. Autant les premiers spectacles démarraient, se lançaient sur la pente du mouvement et semblaient ne jamais s’arrêter, autant dans celui-ci les mouvements frottent, les séquences se superposent, la dramaturgie de la pièce se complexifie. Ensuite parce que deux danseuses « extérieures » à la compagnie ajoutent leurs corps et leurs énergies au spectacle et l’embarque beaucoup plus loin. Anne-Sophie Lancelin est exceptionnelle de justesse en ce qu’elle trouve l’endroit parfait entre conscience – être présent et relâché du corps en transe.

L’alternance entre chacune des danses crée un trouble extrêmement étonnant : c’est un long solo dansé à plusieurs et en même temps il n’y a pas un corps mais des corps. Les trois danseuses forment un tronc unique et en même temps sont dans des énergies et des états de corps radicalement différent. Ici aussi, la représentation vue tient parfaitement sur le fil.

Ce qui rajoute à la particularité de Sur le fil dans l’œuvre de la chorégraphe, est certainement son choix musical. Tout aussi chiadé et réussi que les fois précédentes, Nacera Belaza a créé ici une partition sonore qui englobe toute l’humanité. On est à la fois dans la chambre d’une adolescente, dans l’antichambre de la mort, dans un lieu de prière soufie, au beau milieu d’un rêve, etc. Le mélange de bruit, de musique traditionnelle, de la voix envoûtante d’Herman Dune fait de cette pièce un spectacle-monde à l’intérieur duquel chacun peut se trouver, se retrouver et surtout se perdre. Attention, ceci est clairement la définition d’un chef-d’œuvre.

Bruno Paternot

Chorégraphie : Nacera Belaza – Interprétation : Nacera Belaza, Aurélie Berland, Anne-Sophie Lancelin

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