FESTIVAL D’AVIGNON : « LE RADEAU DE LA MEDUSE », NAUFRAGE DE L’HUMANITE

radeau

« Le Radeau de la Méduse » – Mise en scène de Thomas Jolly d’après un texte de Georg Kaiser avec les élèves du TNS – Festival d’Avignon 2016.

C’est cette fois avec plus de sobriété que revient Thomas Jolly à Avignon et après l’épopée tonitruante qu’avait été Henry VI et le très rock’n’roll Richard III, le metteur en scène propose le Radeau de la Méduse d’après le texte de l’auteur allemand Georg Kaiser.

Thomas Jolly souhaitait monter cette pièce dès 2004 alors qu’il était élève au TNB. Il en a saisi l’occasion lorsque Stanislas Nordey lui a proposé de monter un spectacle de fin de cycle avec les élèves de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg. Le goût des défis et son envie de s’inscrire en tant que passeur a sûrement poussé Thomas Jolly à proposer aux élèves de ne pas monter un spectacle de fin de cycle mais plutôt un spectacle d’entrée dans leur future vie d’artiste.

Contrairement à ce qu’une partie du public pouvait penser, le sujet n’est pas une quelconque adaptation du fameux naufrage immortalisé par Géricault mais il est basé sur une histoire réelle survenue durant la seconde guerre mondiale durant laquelle un paquebot, transportant des jeunes britanniques vers une autre île du Commonwealth, fut torpillé. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes enfants dérivent au gré des courants sur leur canot de sauvetage et reproduisent les schémas de lutte de pouvoir des adultes dont ils haïssaient pourtant les méthodes durant cette terrible guerre. Le propos résonne une fois encore étrangement dans ce festival d’Avignon dans une époque où la folie des hommes et leur interprétation des textes religieux mènent l’humanité aux pires atrocités. Là, ce sont des enfants, tous de culture chrétienne, livrés à eux-mêmes, qui, après s’être construit une sorte de démocratie égalitaire, vont sombrer dans la barbarie la plus atroce en sacrifiant l’un d’eux sous un prétexte purement idéologique et religieux.

C’est une histoire sombre que monte Thomas Jolly avec ces 12 jeunes comédiens du TNS et le jeune « petit renard » qui, de par leur jeune âge, ne dénotent pas dans la peau de ces enfants à la dérive. Sur scène, peu de moyens, si ce n’est une embarcation de survie sur laquelle va se jouer ce huis-clos et dont le roulis perpétuel va rythmer la vie de ces rescapés aidé en cela par une succession de chants accentuant un sentiment de sacré. Dans ce désert marin, le brouillard est omniprésent et des éclairages recherchés créent de très belles images en clair-obscur dignes du Caravage. Certains tableaux sont saisissants et glacent le sang.

Les jeunes comédiens du TNS, fantomatiques, précis dans leur geste, parviennent à basculer progressivement d’un univers candide et enfantin à toute la noirceur et la bassesse des adultes quand leur survie est en jeu et quand la raison et l’humanisme font place à l’obscurantisme le plus sombre.

Thomas Jolly indique que « l’éclaireur c’est l’auteur, le poète » et que lui « met seulement en lumière ». Il le fait là de fort belle manière offrant par là même à ces jeunes comédiens et aux spectateurs avignonnais un fort joli cadeau.

Pierre Salles

Photo C. Reynaud De Lage – Festival d’Avignon

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