AVIGNON : « LA DICTADURA DO LO COOL », EXPLOSIF ET REJOUISSANT

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« La Dictadura de lo cool » texte et mise en scène : Marco Layera – Festival d’Avignon 2016 – Gymnase Aubanel

Moment assurément explosif au Festival d’Avignon avec la troupe chilienne « Teatro La Re-Sentida » dirigée par le metteur en scène Marco Layera ! Explosif mais sans mitraillettes et autres seaux de sang. Marco Layera et sa troupe se sont penchés dans ce travail sur cette catégorie sociale appelée « les bobos » (bobo pour bourgeois-bohême) au sein de la sphère culturelle et dynamisent le mythe avec violence.

Constatant, au sein même de la troupe, cet antagonisme qui veut que ces bobos dit « progressistes » se revendiquent d’un mouvement éthique à tout point de vue : valeurs de gauche, commerce équitable, ouverture à toutes les cultures et milieux sociaux mais qu’en même temps ils jouissent et profitent d’un système capitaliste, refermés sur eux-mêmes et fermant la porte à quiconque est extérieur à leur cercle social. Marco Layera et sa troupe recréent cet univers particulier au travers d’une réception donnée en l’honneur d’un ministre de la culture fraîchement nommé. L’Intelligentsia chilienne est de la fête mais, en dépit de toutes les attentes, le tout jeune ministre met un coup de pied dans la fourmilière culturelle pour en montrer au grand jour toutes les perversions et refuse violemment à ses « amis » les postes tant convoités.

Marco Layera n’y va pas par quatre chemins et met en scène des monstruosités d’orgueils, obscènes en tout. Ces bobos sont hideux et suffisants, ils se vautrent littéralement dans ce décor de fête improvisée en l’honneur du nouveau copain-ministre. Champagne, sexe et coke à gogo… Ils sont l’essence même de ce qu’ils sont censés combattre, dans une culture sclérosée par le capitalisme et le commerce de l’Art. Marco Layera nous jette en pâture tous ces soupirants du milieu culturel qu’il sait exister partout dans le monde, ces gens très loin de l’honnête-homme dont ils mettent en avant les valeurs tout en ne les respectant jamais, si ce n’est dans un respect de façade et de convenance réciproques.

Pour Marco Layera, impossible de changer l’Art et la Culture par ces personnes qui les dévorent de l’intérieur comme des loups drapés dans de faux habits d’anticonformistes. Bien sûr il y a de l’outrance en tout dans ce spectacle où tous sont boursouflés, assoiffés de pouvoir et peuvent lécher les pieds et le cul du ministre pour arriver à leurs fins. Sa mise en scène nous offre ce troublant et magnifique moment dans lequel une performeuse prête à tout, tente, par tous les moyens, de faire plier le ministre dans un moment salace de soumission au pouvoir, dégoulinante de fausse compassion pour sa défunte mère.

La Re-Sentida se rit de tout, de nous, mais aussi d’elle-même, avec violence et sans aucune retenue, insufflant un air frais, puissant et bienfaiteur dans un milieu culturel gangréné par l’autosatisfaction perpétuelle, le copinage et les contreparties. On est ici très loin des grandes phrases d’un tel ou d’un autre autour d’une flûte de champagne sur la place de l’Art et de la Culture dans ce monde chaotique. Ici, Marco Layera jette à la figure des spectateurs du monde que nous sommes nos propres incohérences et celles de ces grands projets culturels qui doivent changer le monde et notre vivre-ensemble. Un grand moment de ce Festival d’Avignon 2016 qui détone par sa liberté de ton.

Pierre Salles

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Photos C. Reynaud de Lage / Festival d’Avignon

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