AVIGNON : « WE’RE PRETTY FUCKING’FAR FROM OKAY », LE RETOUR DES ENFANTS PRODIGES

lisbeth

LISBETH GRUWEZ ET MAARTEN VAN CAUWENBERGHE : WE’RE PRETTY FUCKING’FAR FROM OKAY – Festival d’Avignon – Gymnase Paul Giera – 18h30 – Jusqu’au 24 juillet.

On a déjà croisé Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe dans la cour d’honneur dans Je suis sang du bouillonnant Jan Fabre. Quant à Lisbeth Gruwez, elle est à tout jamais dans nos mémoires avec Quando l’uomo donna una principale, son solo huileux imaginé pour elle par le même Jan Fabre. Ils reviennent avec un duo stupéfiant qu’elle danse avec Nicolas Vladyslav.

Le début du spectacle ne peut que nous rappeler La Chambre, ce film des chorégraphes français Joëlle Bouvier et Régis Obadia, non seulement à cause de la danse fixée sur les chaises, mais aussi à cause de la respiration, ces souffles brusques qui accompagnaient chaque mouvement au point que, pour tous les films de la compagnie, une prise de son spéciale avait lieu en studio pour bien accentuer ces bruits, un peu comme dans la bande son de Maarten Van Cauwenberghe qui dispose en mémoire d’une quantité industrielle de respirations, de souffles qu’il applique à la danse sur scène.

Même assis, les danseurs font preuve d’énergie. Les mouvements brusques sont un peu de la nature de ceux qu’on fait pour pousser une mèche de devant ses yeux ou chasser une mouche qui nous agace. Vifs, courts, rapides, énervés, les gestes sont là précis, sans fioriture. Parfois les lumières et les postures sur les chaises, font penser à une toile de Bacon comme ce portrait de George Dyer Talking. Lorsque le mouvement s’accélère, on pense aussi aux Oiseaux de Hitchcock tant la danse traduit une peur, une angoisse…

La pièce ne se passe pas assis et les danseurs finissent par se dresser. Ils font quelques portés, avec lenteur. Ils s’accrochent l’un à l’autre, à leurs vêtements, T shirt mouillés de sueur, pantalons. Leurs bouches sont secouées de rictus. Le son est un mélange de cris et de bruits sourds comme lorsqu’on à la tête dans l’eau… Les images et témoignages des derniers attentats nous reviennent en mémoire. Les éléments du décor apparaissent et disparaissent comme par magie et lorsque la lumière des néons arrive au lointain, elle est cachée, petit à petit, par un mur posé de chaque côté du plateau qu’on avait à peine remarqué… Ils finissent par terre dans un duo où ils grattent le sol comme dans Les Raboteurs de parquet de Caillebotte. On sent l’effort. On sent l’obsession à travers les mains qui frottent, qui vont de gauche à droite comme pour creuser, marquer, laisser des traces autour d’eux.

Avec ce duo, Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenberghe marquent indéniablement des points. On est captivés, presque hypnotisés par toute cette concentration de tensions qui trahit et fait ressentir une peur, une angoisse, une oppression. Tout le travail sur le souffle, la respiration permet de traverser ces états. Nicolas Vladislav est aussi puisant et engagé que Lisbeth Grugez Tout en étant ensemble, ils déploient chacun une partition bien différente faisant penser plus à deux solo-solitude qu’un à un duo fusionnel. Il y a une force réelle dans ce travail, des moments subjuguants où l’on se prend à avoir peur alors que, c’est bien connu, tout va bien en ce bas monde…

E Spaé

photo C. Raynaud de Lage

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