« LISBETH GRUWEZ DANCES BOB DYLAN », LA DANSE HABITEE

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« Lisbeth Gruwez Dances Bob Dylan » – Lisbeth Gruwez – Théâtre de la Bastille du 28 novembre au 3 décembre 2016

Après l’éclatant AH/HA présenté le printemps dernier où les corps des danseurs étaient contaminés par des rires fous à se briser les côtes, l’ex-interprète de Jan Fabre, revient au Théâtre de la Bastille avec un solo très sobre dans lequel la danse, qui semble si spontanée, s’inspire librement des célèbres morceaux du songwriter américain, devenu cette année Prix Nobel de Littérature. A la manière d’une pythie, Lisbeth Gruwez, avec ce beau visage de tragédienne et son long corps gracile, déploie, une fois de plus, une chorégraphie à soulever le cœur.

Pourtant, le spectacle est dénué d’effet spectaculaire. La performance n’a pas l’intention de performer. La petite salle du haut du théâtre devient un espace clos et familial où se noue un dialogue improvisé entre Marteen van Cauwenberghe, installé derrière ses platines et la chorégraphe flamande dansant sur un tapis réfléchissant, vêtue d’une chemise de soie blanche qui épouse chacun de ses mouvements. Après chaque titre, les interprètes partagent une bière ou se grillent une cigarette comme pour suggérer un laisser-aller salvateur et rafraichissant. Et dans cette ambiance intimiste, la danseuse expose une proposition sincère, sans emprunt, sans fioriture.

« On a choisi des titres qui se dansent d’une manière ou d’une autre, avec une dynamique intéressante dans la voix ou la mélodie, comme pour reconstruire un album à nous » explique Maarten van Cauwenberghe. Pour ce faire, la danseuse se livre à un magnifique corps-à-corps : elle se frotte aux accents folks, amorce des rythmes parfois en décalage avec les psalmodies de Dylan, souligne la circularité d’une chanson, sans jamais tomber dans la simple illustration. Et quand passe le tube tant galvaudé, Knockin’ on heaven’s door, Lisbeth le prend à contrepied. Elle s’avance, humblement, lentement, dos à la scène, fragile et modeste tandis que son ombre démesurée se reflète sur un panneau éclairé comme la lune. Le moment est si beau.

Puis, les spectateurs s’invitent un à un sur scène, comme s’ils voulaient eux-aussi communier avec la musique. Ils dansent, n’importe comment, à la fois libres et fous, au son grésillant des vieux vinyles. Le spectacle devient une conversation qui dérive, une rêverie qui divague. C’est magnifique.

Lou Villand

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