19e BIENNALE DU VAL-DE-MARNE : RENCONTRE AVEC DANIEL FAVIER & ELISABETTA BISARO

Daniel Favier

19ème Biennale de danse du Val-de-Marne – « Danses exposées » – Du 1er mars au 1er avril 2017

Rencontre avec Daniel Favier, directeur de la Briqueterie et de la Biennale de danse du Val-de-Marne, et Elisabetta Bisaro, chargée du développement européen et international à la Briqueterie.

Inferno : La Briqueterie est le centre névralgique de la Biennale de danse du Val-de-Marne. Cet espace est un incubateur de projets pionniers autour de la danse. Que représente pour vous ce site de création et de développement dédié à la danse ?
Daniel Favier : La Briqueterie découle de la Biennale de danse du Val-de-Marne, l’un des plus vieux festival de danse (1979). Ce lieu est né de la nécessité de trouver des lieux, des espaces de travail pour la danse. En 2002, le conseil général du Val-de-Marne a donc acheté cette ancienne briqueterie, inaugurant, en 2013, le centre de développement chorégraphique. Aujourd’hui la Briqueterie fait un travail de recherches chorégraphiques, de soutien à la production et au développement de la danse contemporaine. Le soutien passe aussi par le support aux compagnies, à travers nos résidences et la collaboration avec l’international.

Inferno : En quoi la Briqueterie est-elle un centre de développement chorégraphique ?
D. F. : La Briqueterie soutient la création et surtout les parcours des artistes. Il y a un véritable accompagnement chez nous qui se traduit chaque année avec le suivi d’environ soixante compagnies. Au même temps, pour moi, le mot développement est cohérent avec le rapport et les collaborations que nous avons, et tissons, avec les autres scènes du territoire.

Inferno : Quelle est la particularité de la Biennale de danse du Val-de-Marne ?
D. F. : Celle de relier la Briqueterie avec tous les théâtres du département 94. Nous avons à cœur l’idée de réseau, qui aujourd’hui, pour la programmation de la Briqueterie, va même au-delà du Val-de-Marne et déborde dans toute l’Ile-de-France. C’est pourquoi la programmation de la 19eme Biennale se déroule dans de nombreux théâtres et scènes du territoire. Il a été important, pour nous, de comprendre les différents parcours de nos artistes afin de les mettre en lien avec ces autres théâtres du Val-de-Marne.

Inferno : Cela semble être en écho avec la démarche de certains artistes que vous programmez pour cette biennale tels que Marie Chouinard ou bien Boris Charmatz. Ceci rappellent leur volonté d’investir la danse dans des lieux multiples…La danse sort de son territoire. Qu’en pensez-vous ?
D. F. : Le titre de cette nouvelle biennale, Danses exposées, est emblématique de cette démarche. Il est aussi question de sortir des territoires des formes : l’idée est de prendre la danse comme un nouvel espace à explorer et à expérimenter. Les formes de la danse se croisent alors avec d’autres formes d’art, notamment les arts plastiques, avec la performance comme nous rappelle Boris Charmatz. Je pense aussi à Yoann Bourgeois, avec son Tentatives d’approches d’un point de suspension, sa chorégraphie est une composition de formes en rapport avec un territoire. C’est formidable. J’ai voulu faire se rapprocher la danse du musée, lieu où se croisent plusieurs médiums, formes, époques. Grace à cette biennale, le public pourra avoir une vision de la scène chorégraphique contemporaine sur l’ensemble d’un territoire, à l’occurrence le Val-de-Marne.

Inferno : La programmation de la 19ème Biennale de danse du Val-de-Marne, Danses exposée, présente la danse comme un nouvel outil capable de tisser des liens entre art, territoire, espace, public. Qu’en pensez-vous ?
D. F. : Oui, complètement. Il faut imaginer la programmation de la biennale comme une forme de déplacement. Le public fera son propre parcours à travers le territoire du Val-de-Marne. En danse les spectateurs aiment et sont prêts à se déplacer d’un lieu à l’autre. Et nous les incitions à faire un parcours entre les œuvres de la biennale. L’approche que la danse propose à l’art, plus physique, plus corporelle et donc plus sensorielle, a le pouvoir de désacraliser l’art et de le rendre plus à la portée de tous. C’est le propos du projet Dancing Museums, qui se déroulera au sein de la Biennale. J’ai à cœur l’idée d’un champ commun, d’une mobilité intellectuelle et physique entre art, espace et public.

Inferno : Comment avez-vous choisi les artistes de la Biennale ?
D. F. : La majorité des artistes programmés ont déjà un lien avec la Briqueterie. C’est le cas de Radhouane El Meddeb qui présente Au temps où les Arabes dansaient… et A mon père, une dernière danse et un premier baiser. Nous l’avions déjà programmé il y a cinq ans et depuis je le suis. Cette année, par exemple, nous avons coproduit A mon père, une dernière danse et un premier baiser.
Nous avons aussi un focus autour des artistes africains comme Seydou Boro, qui a été en résidence à la Briqueterie. Seydou Boro est aussi directeur artistique de la triennale « Danse, l’Afrique danse ! » à Ouagadougou (Burkina Faso), qui ressemble tous les chorégraphes du continent africain. A la Briqueterie, nous accueillons une grande partie de cette triennale avec des pièces de répertoire ou des jeunes createurs. La présence de Seydou Boro au sein de la biennale est importante pour faire connaitre ses créations et au même temps pour faire le lien avec la jeune création africaine.

Inferno : La danse qui s’expose, la danse comme espace muséal, renvoie aussi à l’œuvre de Marie Chouinard. La 19ème Biennale de danse du Val-de-Marne s’ouvre avec Jerôme Bosch : le jardin des délices au théâtre Jean Vilard de Vitry-sur-Seine : le lien avec le musée est alors très explicite…
D. F. : Oui, d’ailleurs cette pièce a été une commande de la Fondation Bosch et nous avons la première en France à l’occasion de la Biennale. Il faut dire aussi que la Briqueterie travaille autour de l’œuvre de Bosch depuis cinq. Bosch représente le lien avec le classique, avec la peinture du passé et l’histoire de l’art, et au même temps, son œuvre parle du monde, de l’humain et de ses pulsions. Cela reflète bien la position de la danse aujourd’hui.
Quand on assiste au spectacle sur Bosch nous nous rendons compte que Marie Chouinard a vraiment tout compris, tout saisi de l’artiste flamand. C’est tellement physique, puissant et torturé : elle a su rendre en danse l’univers de Bosch.

Inferno : Marie Chouinard donne un peu le rythme à la programmation de la biennale…
D. F. : Sans doute. Nous programmons aussi des pièces emblématiques de son travail, Prélude à l’après-midi d’un faune et Le sacre du Printemps,

Inferno : Quel impact a, sur le choix de votre programmation, le fait d’être situé en banlieue? Croyez-vous que cela vous amène à prendre plus de risques ?
D. F. : Pour moi la banlieue représente un lieu social composé de gens et de cultures très différents. Je considère la culture au cœur du monde, le défi consiste à trouver les passages entre des personnes qui n’ont peut-être jamais fréquenté des lieux comme la Briqueterie. Comment trouver donc ce lien, ce dialogue entre artistes, œuvres et public ? La banlieue est alors un terrain extraordinaire pour expérimenter, car cet espace bouge énormément par rapport à la ville.

Inferno : Avez-vous eu des coups de cœur pour cette biennale ?
D. F. : Il y en a eu beaucoup (il rit). J’ai particulièrement apprécié Concrete de Maud Le Pladec, avec ses interprètes qui dansent comme des notes de musique. Il y a à la fois une grande puissance et une légèreté : un véritable paysage sonore. Sinon, j’attends de voir tous les artistes de la biennale, dans lesquels je crois beaucoup.

Inferno : A l’ occasion de la biennale vous éditerez un numéro double de la revue Repères, cahier de danse. Il s’agit d’une édition complétement dédiée au rapport entre danse et musée.
D. F. : Oui, cette nouvelle édition, composée notamment d’entretiens, a été pensé pour avoir une base, un nouveau socle de recherche sur le lien entre danse et musée. C’est un sujet de plus en plus présent et, au même temps, nous avons la nécessité de créer un socle théorique.

Inferno : La 19ème Biennale de danse du Val-de-Marne est aussi l’occasion pour présenter Dancing Museums, projet européen dont la Briqueterie est le porteur. Pourriez-vous nous parler de cet évènement ?
Elisabetta Bisaro : Dancing Museums est un projet sur deux ans en collaboration avec l’Autriche, la France, l’Italie, le Pays-Bas et le Royaume-Unis. Il s’agit d’un travail qui associe cinq chorégraphes provenant de ces cinq pays européens, avec les services éducatifs de huit musées et des espaces consacrés à la danse de cinq pays différents.
Plutôt que présenter des pieces chorographiques, nous avons projeté d’explorer des nouvelles relations, de nouvelles manières d’explorer les musées, et donc les œuvres d’art, à travers la danse.

Inferno : La danse comme outil de médiation au musée ?
Elisabetta Bisaro : Oui sans doute, et puis le musée comme lieu de partage. L’un des aspects le plus important de Dancing Museums a été le moment de recherche entre les artistes et les différents partenaires. L’instant, le corps, les sens étaient au centre de ces réflexions. Comment parler des œuvres d’art à travers le corps, à travers le sensible ? Dancing Museums souhaite proposer une réponse à cette question. La dernière semaine du mois de mars au MAC VAL plusieurs moments seront dédiés à la rencontre entre le public et les artistes chorégraphes : ateliers, rencontres et un colloque pour explorer et expérimenter la danse au musée.

D. F. : Il faut dire aussi que si les festivals de danse ont l’habitude de partager, d’échanger entre eux, les musées ont plutôt tendance à rester dans leur bulle, parfois ils entrent même en concurrence entre eux. Dancing Museums est alors le prétexte pour s’ouvrir, pour discuter et réfléchir ensemble.

Propos recueillis par Cristina Catalano

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Images : Daniel Favier © Mathieu Genon – IMG_1398 / Qudus Onikeku, We almost forgot @ WAFABUJA021_Adeyinka Yusuf

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