FESTIVAL « SENS DESSUS DESSOUS » : PATRICIA APERGI, PHILIP CONNAUGHTON/ ASHLEY CHEN, SERGE AIME COULIBALY

kalakuta

Festival « Sens dessus dessous » – 8-15 mars 2017 – Maison de la Danse, Lyon

Patricia Apergi : « Cementary »

« Il faut que tu respires ».
C’est le grand retour de la danseuse et chorégraphe grecque Patricia Apergi à Lyon. Après l’avoir vue en France à Avignon en 2013 avec d.opa !, avec une reprise d’une pièce imaginée pour les Jeux Olympiques d’Athènes en 2009, elle a inauguré sa collaboration avec la Maison de la danse avec Planites à la Biennale de Lyon de 2013. Elle revient cette année, à l’occasion du festival Sens Dessus Dessous, avec le sextuor Cementary, une pièce créée en résidence dans le cadre du projet Européen de la Maison de la danse où elle est associée.

La première image de cette nouvelle création laisse le même souvenir fort que le décor d’Era poVera, une pièce qu’elle avait créée à la Fondation Onassis d’Athènes en 2012. Alors que pour cette dernière, apparaissait sur scène une imposante construction en carton rappelant les abris de fortune des SDF – alors si nombreux dans les rues d’Athènes – dans Cementary c’est une toile tendue au sol au lointain vers le haut à la face de la scène qui apparaît dès les premiers instants du spectacle.

Avant le solo frais et prometteur qui débute la pièce, des âmes erraient dans le contre jour d’une lumière tamisée par une fumée ambiante. Au lieu de conserver ce plateau étrange avec cette toile tendue, très vite, la chorégraphe de la compagnie Aerites, va la faire disparaître dans un effet d’envol très réussi et ne plus y revenir. Dommage.
La problématique des SDF, des pauvres gens errants dans les rues des villes obsède manifestement Patricia Apergui mais dans cette pièce, elle n’a pas su créer d’images aussi fortes que dans Era poVera. Elle abuse des situations qu’elle étire dans le temps sans justification. Elle ajoute à sa danse la respiration – de façon trop répétitive – sans pour autant donner le souffle qui permettrait à cette pièce de prendre son envol.

Pendant tout le spectacle, on ne peut s’empêcher de penser à Maguy Marin – l’effet Lyon, sans doute – et de repenser à May Be où les personnages beckettiens faisaient le même sur place, mains tendues vers l’avant. C’est troublant. Si des gestes spectaculaires ou une danse virtuose ne sont pas l’apanage d’une bonnes pièces de danse, la modestie du vocabulaire chorégraphique de Cementary, sans cesse répété, créé une sensation d’ennui. Dommage, car Patricia Apergi a les qualités pour devenir une artiste qui compte dans la danse, notamment dans son pays.

Mercredi 8 mars à 20h30 – Jeudi 9 mars à 20h30 – Au Toboggan – Décines

Philip Connaughton / Ashley Chen : WHACK !

Thank you Kai.
Whack !! est tiré d’un croisement hybride – et encore non homologué – du travail caustique de Philip Connaughton avec celui d’Ashley Chen.

La pièce débute par un bal trap de chaussures lancées par Ashley Chen sur Philip Connaughton quasiment imperturbable dans sa traversée en slip et tee shirt d’un plateau blanc inondé des lumières de Adrian Mullan.
Une – longue – pause nous fait revoir les deux danseurs, mi figue-mi raisin, en costume noir, chemise et cravate. Ashley Chen prend son fils Kai par la main, dans l’autre il porte l’ordinateur qu’il lui confie après avoir pris soin de l’installer en tailleur, au bord du plateau, coté jardin.

La pièce consiste – hélas – en une déclinaison d’un thème d’improvisation digne d’une première année de conservatoire qui serait « tout ce que tu peux faire et ressentir lorsque ton corps est en contact avec celui d’un autre ». S’en suit des collisions d’une force incroyable, des traversées de plateau avec le corps de l’un sur le dos de l’autre ou en le trainant à main nu d’un bout à l’autre du plateau. C’est physique. Très, même. On descelle bien la force des danseurs – chorégraphes et le potentiel qu’on avait déjà remarqué ici ou là dans des compagnies où ils dansent mais là, c’est l’ennui qui prime.

Quelque chose comme l’absence d’un vrai projet à la hauteur de l’enjeu du propos ici à peine esquissé par les deux artistes.

Seul Kai Chen est le révélateur sans arrière pensé de cette pièce. Comme ces instruments contrôlant l’hydrométrie d’une salle de musée, Kai indique les trous d’air comme les moments laborieux. Il n’hésite pas à bailler lorsqu’il s’ennui, à se tordre les bras pour pallier à cette position à croupi devant l’ordinateur. Ce jeune DJ, qui répond sans cesse présent aux injonctions des danseurs qui lui demandent de mettre en route et d’arrêter la musique par des tonitruants « thank you Kai » est le révélateur de ce Whack !!, car c’est bien connu, la vérité sort de la bouche des enfants et celui-ci cri : quel dommage, car avec un peu plus de travail et plus de digressions, en cherchant une composition plus élaborée, moins linéaire, Philip Connaughton et Ashley Chen qui ont la capacité de faire de grandes et belles choses nous auraient évité ce laborieux spectacle.

avec la participation de Kai Therrien – Chen – Création lumière : Adrian Mullan
Vendredi 10 mars à 19h15 – Samedi 11 mars à 17h00 et 19h15 – Au studio Jorge Donn – WHACK !! – création 2015

Serge Aimé Coulibaly : « Kalakuta Republik »

Black Power.
Après la Triennale de Ouagadougou, la Halles de Schaerbeek à Bruxelles et avant Marseille et Avignon, 2017 marque donc le retour du chorégraphe belgo-burkinabè Serge-Aimé Coulibaly.

Avec ce Kalkuta Republik, il signe un septuor engagé, admiratif, respectueux hommage au musicien africain Fela Kuti.

En deux volets, Serge Aimé Koulibaly avec les six danseurs impose un rythme, créé une attente sans chercher à donner tout le temps les réponses.

Dans une scénographie, somme toute simple, faite de deux grands panneaux sur roulettes habilement utilisés comme des écrans trône un canapé avec, au lointain, des chaises – coque noires où sont assis les danseurs. Une énergie communicative va s’emparer de tous. Une savante chorégraphie va se dérouler tantôt par de grands ensembles, tantôt par des trios de femmes, rejoints par des hommes ou l’inverse. Des peintures corporelles sont là, rouges, bleus, blanches. Les danseurs sont marqués.

Bien sur, la jeune et talentueuse Marion Alzieu, seule blanche de la distribution, attire l’attention mais elle n’est pas le contre-point du spectacle. Elle se fond dans la danse. C’est Serge-Aimé Coulibaly lui-même qui fait fonction de narrateur. Indentification possible à Fela Kuti ? Simplement lui-même, artiste engagé dans un monde fait d’adversités ? Il s’adresse au public en s’approchant au bord du plateau. En communion avec nous, il veut faire passer le message de la nécessaire fraternité. Courageux.

Dans la seconde partie, cette présence forte du chorégraphe s’accentue par ce masque Ying et Yang qui va troubler l’attention. Sur les écrans où se sont succédées images de paysages, des danseurs ou encore de Fela Kuti lui-même, apparaissent des slogans. Au « « without a story we would go mad » de la première partie succède « you always need a poet » à la seconde. Vient ensuite « War is a purification rite », parfaitement adapté au message du spectacle ; phrases tirées des chansons du musicien.

Les danseurs sont comme hypnotisés à la fois par le propos à défendre et portés par la musique. Une des danseuse chante de sa voix rauque. Une improbable sculpture de chaises recouvre un danseur. Et Serge – Aimé Coulibaly se saisi du micro pour faire raisonner « nous avons peur », peur de nous battre pour la justice, la liberté, le bonheur… tout est dit.

Sorte de figure totem pour Serge-Aimé Coulibaly, le musicien Fela Kuti semble rassembler à lui seul toutes les qualités pour en faire sinon un exemple, tout du moins un modèle pour ceux qui veulent – encore – défendre quelques idéaux dans une société, notamment en Afrique.

Mais si Kalkuta Republik est bien une pièce qui parle profondément de ce contient, ça n’est pas un spectacle entrainant, même si on se trémousse parfois sur son fauteuil pendant la diffusion des musiques qui ponctuent le spectacle. Non, il se dégage de cette pièce, une langueur, comme la nostalgie d’un temps qu’on sait révolu et qui tient beaucoup à la musique qui enchaine climats et sons sur de longues plages, faisant penser à des albums-concept qui revendiquent plus qu’ils ne divertissent. Une œuvre complexe de Serge-Aimé Coulibaly qui reprend la parole avec une force certaine. Une pièce dotée d’une énergie communicative. Un morceau d’Afrique sans les clichés. Une Afrique comme celle que Serge-Aimé Coulibaly et toute une génération d’artistes qui se mobilisent pour cela veulent mettre en avant.

Première en France – Reprise à Avignon 2017 – Vendredi 10 mars à 20h30 – Samedi 11 mars à 20h30*

Emmanuel Serafini
Envoyé spécial à Lyon

Image: Serge Aimé Coulibaly : « Kalakuta Republik » Photo DR

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