TAO DANCE THEATRE, « 6 & 7 » : YIN ET YANG

6&7 – Tao Dance Theatre – Maisons des Arts Créteil – 29—30 mars 2017

Yin et Yang

La Tao Dance Theatre, tout droit venue de Chine, à ceci de moderne qu’elle a compris qu’il est nul besoin d’un titre pour nommer une œuvre de danse, des numéros suffisent. Ici, donc sixième et septième opus de Tao Ye. Intéressante proposition qui nécessite de la part du public un petit effort de concentration et de patience tant le diptyque est ici essentiel pour apprécier l’œuvre.

Dans 6 c’est le noir qui domine. Il faut remonter aux lumières de Françoise Michel dans les pièces d’Odile Duboc – sur ce même plateau de la Maison des Arts de Créteil avec Projet de la matière par exemple – pour apprécier l’intensité juste des contre-jours de Ellen Ruge qui apportent à la pièce tout ce mystère.

De dos, habillés de longues robes noires cachant les mains, les sept danseurs, les pieds quasi immobiles, font aller leur tête de droite à gauche par une rotation ample du bassin tout en donnant un grand coup d’épaule pour accentuer le geste et le découper. C’est répétitif à souhait et du coup hypnotique. Il faudra vingt bonnes minutes pour qu’à la fois la lumière inonde la scène et que les danseurs, dans un glissé passant par une flexion au sol, se retournent face à nous.

7, c’est la même chose mais en blanc (soupir du public !)… mais il fallait y penser et oser.

Là où dans la précédente pièce les instruments à corde saturaient le son, c’est le silence qui domine jusqu’à ce qu’on comprenne que la forêt de micros venus des cintres vont retransmettre le souffle des danseurs, sorte de bourdonnement animal au début pour finir par des sons rappellant les chants, psalmodiés entendus dans les temples bouddhistes. Fascinant.

Robes blanches cette fois-ci. La lumière inonde le tapis immaculé. La phrase chorégraphique de 6 est répétée. De dos, puis de face. Même glissé pour se retourner, même ligne qui s’avance à la à l’avant-scène avec énergie.

Là où dans 6 tout était mystère et il fallait écarquiller les yeux pour distinguer un détail, dans 7 rien ne nous caché. Tout apparaît. Tout prend du sens. Tout ce que 6 interrogeait se trouve résolu, simplement, sans artifice. Les corps nous livrent la danse et le sens des gestes restés mystérieux précédemment. 7, de dix minutes plus courte que 6, confirme l’implication des deux œuvres, leur imbrication même, comme la face caché du Yin par le Yang.

Alors, bien sûr, pas de porté spectaculaire, ni de décor transcendant mais une composition rigoureuse, exigeante, tenue, répétitive comme une pièce de Steve Reich, qui se dévoile après le dernier geste de 7. Un programme qui rappelle le besoin de ce type d’œuvre pour ne pas sombrer dans la facilité du mainstream ou du spectaculaire… Une compagnie jeune menée avec beaucoup d’exigence par Tao Ye qui signe là des pièces lumineuses.

Emmanuel Serafini

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN