STEVEN COHEN A MONTPELLIER DANSE : EMPATHETIQUE

Steven Cohen – Put your heart under your feet… and walk / à Elu – Festival Montpellier danse 2017 –
Samedi 24 et lundi 26 juin à 20h – hTh / Grammont, CDN de Montpellier
.

Plus tout à fait une performance, pas encore vraiment un spectacle, Put your heart under your feet… and walk / à Elu est à la fois (d’où son double titre) un hommage intime à l’être aimé et aussi un regard artistique sur la complaisance du deuil.

En ritualisant le fait de manger sous nos yeux une cuillère des cendres d’Elu, afin que la vie de Steven Cohen « ingère » (dixit la houleuse traduction en direct) la mort d’Elu, celui-ci nous utilise pour se complaire lui-même dans la douleur. En quoi cela nous intéresse t-il ? Cela ne nous intéresse pas. L’assemblage de photos de famille, de petites vidéos qui pourraient être des clips de KayPop tournées par Xavier Dolan, de « leurs chansons » bluettes à la Elton John, le performer se fait peut-être plaisir mais enfonce des portes ouvertes depuis deux mille cinq cents ans sans exigence ni raison. C’est une performance pour lui dont nous sommes les hôtes tolérés car nous permettons, par notre statut de spectateur, de ritualiser l’épanchement, de l’autoriser, de le gratifier. Puisque vous me regardez alors je ne me morfond pas, je crée.

En revanche et dans le même temps (c’est tout le contradictoire de la chose) quand il s’agit de figurer des images, d’installer un univers, de construire et de permettre au spectateur de se créer son sens, le performer se pose là. Les costumes et le maquillage, notamment une robe faite de tourne-disques posée comme une potence ou comme un sling (il faut le voir pour le croire), est fabuleuse de sémiotique, d’émotion, de métaphore… Du fait de ses robes, de ses chaussures monumentales, Steven Cohen a cette démarche si particulière qu’elle devient sa griffe : forcée de grâce par l’empêchement des choses. Même quand il quitte sa carapace, il garde ce pas lent et mal assuré mais plein de douceur chorégraphique. Une apologie de la lenteur, une humanité emphatique et pathétique, emphatetique.

Steven Cohen veut en faire un événement unique (qu’il joue pourtant deux fois…), effaçable, qui n’existe déjà plus que pour lui, en lui, puisqu’il l’a avalé. En appuyant sur un mauvais bouton ce soir-là, une caméra fait apparaître « enregistrement » sur un écran. On a beau faire, l’éphémère, ça marque!

Bruno Paternot

Photos copyright the artist

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