BIENNALE DE DANSE DE VENISE : UN LION D’OR ET PUIS « DANCE » !

Venise, envoyé spécial.
Ouverture de la 11e Biennale de Danse de Venise.

Merveilleuse idée de Marie Chouinard d’entamer sa première programmation à la Biennale de danse de Venise par une récompense à Lucinda Childs une des dernières chorégraphe vivante de la grande époque de la Post Moderne Dance américaine. Émouvant moment de voir cette immense chorégraphe modestement recevoir ce Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière et impressionnant moment aussi lorsque, à peine la récompense remise, la musique de Philip Glass retenti dans le Teatro Alla Tese du magnifique Arsenal où se concentrent les Biennales, quelle qu’elles soient.

D’autant plus émouvant que l’année dernière, dans cette même salle, Virgilio Sienni chorégraphe italien chargé alors de la Biennale de Danse, avait invité la Compagnie Trisha Brown – artiste aujourd’hui disparue – mais dont les gestes hantaient encore la scéne.

Lorsque qu’on a reçu le programme de cette 11 ème Biennale de la danse, on s’est dit  » encore Dance » ! Et puis finalement, oui, formidable Dance et formidable de la redonner en 2017.

Cette pièce créée en 1979 rassemble, outre douze danseurs dont Lucinda Childs elle même à la création, le musicien Philip Glass et le peintre et plasticien Sol LeWitt ici mué en cinéaste…

Ce qu’il y a d’extraordinaire et que pose la (re)programmation de cette pièce c’est, finalement, la question de la transmission d’une chorégraphie qui fait parti des classiques de la danse contemporaine.

Le spectacle commence par la projection d’un film sur un tulle tendu à la face et où la chorégraphie se déploie… Celle de 1979.

Par le basculement des lumières, ce qui servait d’écran pixelisé, laisse voir la scène où les danseurs, en duo d’abord, en quatuor ensuite, puis en groupe mais rarement tous ensembles reprennent ce que nous venons de voir à savoir des mouvements très fluides, par le ballant des bras tendus énergiquement un léger déséquilibre du buste comme s’il allait tomber et puis la reprise de ce geste qui fait furieusement penser à ceux des pingouins sur la banquise… En plus élégant…

La première partie se déroule en d’incessants et épuisants Line Up de droite à gauche, en des surgissements des coulisses alors que d’autres danseurs s’y précipitent pour disparaître… Le duo entre la partie filmée qui est projetée en même temps et la partie sur scène rend compte à la fois des corps de l’époque, de la fluidité du mouvement qui est devenu finalement plus assuré, plus musclé en quelque sorte et de points d’appuis qui semblent impossibles à reproduire – on constate d’ailleurs que le facétieux SoLewitt a reproduit ses carrés blancs au sol comme un quadrillage où il semble vouloir ranger les danseurs et dans ce damier, on remarque des points sur toutes les jonctions des plaques et au milieu, à la face et au lointain, des croix petites, minuscules qui rappellent celles – géantes pour le coup – exposées l’année dernière, à même le mur de la Punta de la dogana, ces fameux Wall Drawings qu’il développa dans les années 1980…

La seconde partie est très émouvante puisque le film fait apparaître en majesté le corps de Lucinda Childs elle même dansant sa pièce et sur scène un dialogue avec la danseuse Caitlin Scranton qui reprend aujourd’hui le rôle. Tout l’intérêt de la reprise de la pièce est là. Comment refaire des gestes, reproduire une danse si abstraite tout en gardant la magie du geste originel ? La danseuse s’y emploie. Elle est en grave concurrence avec la créatrice qui, de plus, ce soir là est en dans la salle, son Lion d’Or sur les genoux…

La troisième partie reprend les danses du début mais cette fois ci, tout part du centre, la danse tourne en rond sur la scène avec les mêmes gestes et une nouvelle séquence de la musique de Glass… Envoûtant.

C’est bref, efficace… On peut comprendre qu’en 1979 aux États Unis et partout ailleurs, cela ait pu irriter mais notre regard – et notre ouïe – à force d’en voir, semble accepter cette danse, son message et sa répétition… Le public vénitien, à qui on ne l’a fait pas, ne s’y est pas trompé, réservant un triomphe à Dance… À rugir de plaisir… Comme il se doit…

Emmanuel Serafini

photo Joël Saget

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