FESTIVAL D’AVIGNON : « LA PRINCESSE MALEINE » SOPORIFIQUE DE PASCAL KIRSCH

71e FESTIVAL D’AVIGNON : La Princesse Maleine – texte de Maurice Maetrelinck – Mes : Pascal Kirsch – Cloître des Célestins – 9 et 11 au 15/07/17.

Passer à côté .

On se faisait une joie après Pauvreté, Richesses, Homme et Bête de Hans Henry Jahnn de retrouver Pascal Kirsch avec une pièce de Maeterlinck, auteur fétiche de son mentor Claude Régy mais révélateur du talent du trop tôt disparu Marc François qui avait fait des Aveugles une pièce centrale dans le renouveau de la mise en scène française du début des années 1990.

Hélas, Pascal Kirsch ne possède pas l’exigence de l’un de faire entendre, coûte que coûte, ce texte du chef de file des Symbolistes, ni l’inventivité formelle de l’autre en glissant tout le temps des effets dans sa mise en scène, truffée de « nouvelles technologies», dont il ne se sert ni pour éclairer le propos ni pour créer les ellipses nécessaires.

Princesse Maleine prend appui sur un Conte des frères Grimm Demoiselle Méline, la princesse qu’il faudrait vite relire pour digérer le galimatia poussé à toute force sur la scène du pourtant splendide Cloitre des Célestins. A croire que dans sa recherche, Pascal Kirsch à découvert cet espace qu’il semble ne jamais avoir vu avant. Il n’en n’exploite ni le mystère ni la force spirituelle. Il joue déjà comme dans un théâtre pourtant, il est dans un cloitre, idéal pour la poésie mystique de Maeterlinck.

Notre plus amer reproche serait le manque de soin à faire entendre le texte, à faire émerger l’intrigue, à faire ressortir le point de vue qu’il a sur ce drame, qui place au centre de tout la force des Femmes…

On ne sait jamais où Pascal Kirsch se place. Les comédiens non plus ne se donnent pas assez de peine de se poser et si dans les premières répliques on se dit que ça part bien, quelques minutes plus tard, on voit que les uns et les autres courent après le texte, après le sens, faute de véritable direction.

Ce n’est pas cette immense table noire laquée sur roulette, ces sièges modernes au dossier à angle droit et ces grands écrans qui y changeront quelque chose.

Un peu comme chez Victor Hugo, on ne cesse d’annoncer des présages, ciel rouge, ciel noir : signe de mort, signe de violence… mais le choix du metteur en scène est de tout mettre au même niveau. Il n’y a pas de parenthèse dans sa mise en scène, rien qui laisserait de la place à ces mythologies, ces attentes païennes, ce qui fait que cette dimension est nivelée et qu’on ne comprend pas bien pourquoi Pascal Kirsch a voulu monter ce texte… « j’aurais peur de l’avenir sans le présage des étoiles » dit l’un des personnage, finalement, nous aussi !

Pascal Kirsch rend encore plus embrouillé un texte déjà passablement confus où se croisent hiboux et corbeaux, vents et fontaines, morts et revenants…

L’eau justement, la glace… Ces éléments que le metteur en scène traite littéralement en mettant force pains de glace sur scène qui fuient, poussés par le Mistral, gagnant pour le coup, « les grottes de glace des mariages » facile… Et des baquets de flotte qui trempent inutilement les comédiens, gelés ensuite avec ce vent puissant hier… Un personnage dit « une porte claque », vlan, on entend dans la bande-son une porte qui claque… Maleine a peur de se rapprocher de la fontaine, paf, un sceau d’eau lui est envoyé dessus… C’est assez pauvre et manque un peu de distanciation… Du coup de poésie comme le permet pourtant Maeterlinck, on l’a vu. Là, le réalisme empêche l’empathie comme l’envol.

Au bout d’un moment, l’ensemble est comme le dit le texte « à faire pleurer les pavés de l’enfer », le public rit a ces répétitions de textes hurlés par les comédiens qui ne font à cet instant aucun effort d’articuler, de poser le texte pour en faire sortir la poésie. Il y a comme une débandade, comme un « sauve qui peut » un mot d’ordre qui dit « vite allons à la fin » … Et finalement « comme on a l’air pauvre quand on est mort », on l’est aussi lorsqu’on passe à côté de cette Princesse Maleine, véritable lac aux imaginaires fertiles, puis sans fond aux images possiblement poétiques, laissées ici sur la rive d’une modernité qui empêche finalement Maeterlinck d’habiter le Cloitre. N’est pas Claude Régy, ni Marc François qui veut… « Mon Dieu, mon Dieu que les morts ont l’air malheureux »… ce soir là, ils ne sont pas les seuls !

Emmanuel Serafini

Photo C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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