IVO VAN HOVE, « AFTER THE REHEARSAL / PERSONA SCRIPTS » AU BARBICAN LONDRES

Londres, correspondance.
After the rehearsal/Persona scripts d’Ingmar Bergman, mise en scène Ivo Van Hove, Barbican.

Le travail d’Ivo Van Hove n’est plus à présenter. Il monte d’ailleurs Network d’après le film de Sidney Lumet qui ouvre bientôt au National Theatre.

Dans After the rehearsal Henrik Vogler metteur en scène de théâtre reste après les répétitions, Anna l’actrice principale et vedette de la pièce qu’ils sont en train de monter Le Songe de Strindberg, revient chercher un bracelet un soir qu’elle aurait perdu sous les sièges de l’orchestre et y trouve le metteur en scène. Une relation sentimentale se noue alors, entremêlant passé et présent tandis qu’Anna évoque sa mère qu’elle haïssait et que Vogler s’en rappelle comme de sa muse et de son seul amour. À l’origine Bergman l’avait envisagé comme une correspondance entre une comédienne et son metteur en scène.

La structure scénographique envisagée par Jan Versweyveld forme une sorte de boite, d’installation : quelques sièges de théâtre posés à cour et un sofa à jardin avec une caméra et une table basse.

Le spectateur s’embourbe dans ce condensé de film, même si les situations dramatiques et les personnages sont restitués, tandis que le film développe longuement et lentement les rapports entre les personnages. Les échanges entre Vogler et Anna sont vifs, incisifs mais le personnage de la comédienne vieillissante retournant sur scène et suppliant pour son retour reste peu convaincant : son jeu sonne faux, trop empreint, contrairement à l’oeuvre de Bergman plus fine et plus touffue à la fois.

Persona reprend également le script du film culte d’Ingmar Bergman. Ici encore une référence au théâtre puisqu’il s’agit d’une grande actrice, Elisabeth Vogler, devenue, pendant une représentation d’Electre, obstinément mutique et dont une infirmière assignée, Alma, prendra soin. Parties sur l’île Faro afin de la soigner, Alma, seule avec Elisabeth, se confie à l’actrice toujours muré dans son silence. Jusqu’à ce qu’elle découvre, par hasard, que cette dernière confie ses secrets à son psychiatre. Le film présente une montée de la tension entre les deux personnages dont l’une bascule jusqu’à une forme de folie tant la solitude que lui renvoie le personnage de l’actrice conduit Alma à se conduire de manière irrationnelle, hystérique ou désespérée. C’est finalement une confrontation avec elle-même à laquelle elle fait face dans ce duo infernal.

Le film tout comme la pièce, par son sujet et son titre, ouvre la réflexion sur la question du statut du personnage mais aussi de la personne. Qu’est-ce qui est réel ? Ne sommes-nous pas multiples à l’instar des comédiens ? Et surtout quel personnage incarnent Elisabth Vogler et Alma ? Ne se confondent-elles pas ? C’est ce que suggèrent les plans serrés de Bergman dans lesquels les deux comédiennes finissent par se ressembler de façon troublante. Le même personnage et ses contradictions se retrouvent chez la femme devenue muette et l’infirmière insatiable loquace. L’un des écueils dans la pièce d’Ivo Van Hove c’est que la même actrice plus âgée de After the rehearsal incarne ici Elisabeth et l’illusion de double, de reflet d’un personnage sur l’autre, de porosité entre intrusion du réel et celle de la fiction, son âge et son jeu beaucoup trop soumis, brisent l’illusion et l’intrusion du réel. Dualité et interrogations ici peu crédibles. Même s’il s’agit d’une oeuvre totalement différente il y a peu d’intérêt quant à la relation développée entre les personnages.

De grands moments de faiblesses narratives se retrouvent dans ce Persona : le rêve d’Alma dans lequel E. Vogler se couvre le visage d’une longue perruque passant sur son corps, sans doute pour matérialiser un érotisme bien plus délicat et subtil capturé au travers des visages des deux comédiennes dans le film, apparaît ici tout simplement trop appuyé, trop expressionniste et ridicule. La tension et le rythme adoptés entre les personnages ne peut prétendre aboutir à l’acmé présenté dans la pièce qui en devient une déflagration vaine, incompréhensible et réduit le personnage d’Alma à une enfant simple et capricieuse.

Cependant, Persona vaut le détour pour un seul moment théâtral somptueux. Moment singulier mais prodigieux, celui de l’ingéniosité de la scénographie de Jan Versweyveld, qui ouvre de façon spectaculaire les cloisons du décor original de la chambre d’hôpital. Les pans des murs s’écartent, une lumière douce extérieure jour se fait, tandis que le fond présente une toile, immense aplat sur lesquels des teintes de lumières viendront être apposées, et révèle une gigantesque étendue d’eau qui baigne l’ensemble et l’entoure. Une fois les cloisons à terre, elles deviennent une sorte de ponton, sur lequel est alors placé une simple table et des chaises. L’espace, à l’image de la recherche de soi ou de paroles absentes ou suggérées entre les deux personnages, se meut alors rapidement en île Faro sur laquelle Alma et Elisabeth passent plusieurs mois. Image magnifique et moment de grâce il faut bien l’avouer.

Le réel et l’illusion se retrouvent dans les deux pièces d’Ivo Van Hove mais est souvent rompue ou avortée. La question posée finalement par Bergman est bien celle du spectacle de la vie et Ivo Van Hove passe à côté à cause d’un expressionnisme beaucoup trop marqué.

Delphine Leroux,
à Londres

After the rehearsal / Persona, Ivo Van Hove en tournée en 2018 à Santiago au Chili et à Washington ensuite plus de détails ici : https://tga.nl/kalender

after the rehearsal toneelgroep amsterdam Photo : Jan Versweyveld / After-The-Rehearsal-Barbican-Gaite Jansen and Gijs Scholten Van Aschat in After The Rehearsal at the Barbican Theatre. Photo- Tristram Kenton

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