LE HIP-HOP DE HAMID BEN MAHI : UNE HISTOIRE SENTIMENTALE

FAB, Bordeaux – du 5 au 25 octobre 2017 – « Immerstadje » de Hamid Ben Mahi, au Carré-St Médard les 17 et 18 octobre 2017.

Le Hip-hop de Hamid Ben Mahi : une histoire sentimentale…

« Immerstadje » – mot émergeant des rêveries du chorégraphe – nous immerge d’emblée dans un univers onirique où de superbes héros, montés sur des rollers années 80 et enveloppés de fascinants costumes taillés par Philippe Guillotel – le costumier de Philippe Decouflé à qui l’on doit les cérémonies des JO d’Alberville en 1992 – patinent avec une fluidité si gracieuse qu’ils semblent glisser en apesanteur. Les boucles réalisées sur le plateau sont comme autant de courbes harmonieuses créant la sensation d’englober dans le même amour universel le public conquis d’avance et la communauté des cinq danseurs hip-hop réunis sur fond de vidéo montrant des enfants jouant gaiement ou observant, les yeux émerveillés, le manège des insectes. Un monde d’avant le péché originel.

Et cette impression de savourer des moments précieux d’insouciance enfantine ne sera jamais démentie tout au long des différents tableaux tramés du même fil rouge : un hymne à la douceur des paradis perdus de l’enfance. Lorsque les danseurs abandonnent leurs rollers, c’est pour se jouer encore des règles pesantes de l’attraction terrestre en réalisant des figures aériennes avec des cerceaux ou encore avec un ballon collé au pied. L’insoupçonnable légèreté de leur être en déséquilibre, leur donne alors l’aura de doux extraterrestres. Jusqu’au tableau où, Hamid Ben Mahi, chaussé des rollers de son adolescence et toujours mû par la même générosité enthousiaste, slalome entre ses danseurs. Sorte de figure extatique évoquant un enlacement chaleureux comme pour remercier ceux qui l’accompagnent de partager avec lui le plaisir à jamais épuisé de la rencontre.

Quant au tableau final, il fait figure d’apothéose « cinémascopique » en délivrant une chute contenue en filigrane dans les séquences précédentes. Les cinq danseurs alignés, réduits à l’immobilité et tournant le dos au public, sont littéralement sidérés par le spectacle projeté en fond d’écran. La planète de leur enfance, porteuse de rêves fabuleux, s’éloigne d’eux à une vitesse vertigineuse dans un ciel rougeoyant constellé d’étoiles, jusqu’à être engloutie dans le trou noir… de l’extinction des lumières au plateau.

Renonçant pour un temps (?) aux pièces plus engagées abordant les sujets identitaires qui l’ont fait reconnaître, Hamid Ben Mahi renoue ici avec son désir de retrouver physiquement les sensations du danseur au plateau. Et c’est pur plaisir de partager avec lui ce moment. Cependant, son désir louable en soi de légèreté, l’amène à aborder le thème de l’enfance… avec trop de légèreté peut-être. En effet, à trop vouloir présenter cet âge sous les auspices de figures angéliques – y compris les figures de hip-hop, « légèrement » monotones dans leur répétitivité lisse qu’aucun heurt ne vient troubler – il édulcore la réalité de l’enfance, moment de joies intenses certes mais aussi parfois de grands effrois, et ainsi affaiblit quelque peu notre intérêt. C’est d’autant plus dommage que ce « défaut » d’angélisme est l’exact revers des qualités humaines qui nous le font apprécier. Peut-être gagnerait-il, sans renoncer aucunement à l’humanisme irradiant qu’est sa marque de fabrique, à muscler un peu plus non son corps – il est superbe ! – mais son propos en le rendant moins consensuel, plus clivant, plus en prise direct avec la réalité des rêves.

Un moment très fort de l’après spectacle, après les salutations de mise, sera l’invitation généreuse adressée aux spectateurs de les rejoindre, lui et ses coéquipiers, sur la scène du hip-hop. Dans ce lâcher prise, l’énergie jusque-là trop retenue va alors se libérer pour créer un final improvisé où, danseurs professionnels (Tony Mikimi entre autres, époustouflant) et volontaires sur le plateau, enchanteront la salle.

Yves Kafka

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