FESTIVAL D’AVIGNON. « HOW ROMANTIC », KATERINA ANDREOU IMPOSE SA DANSE PHYSIQUE ET SURPUISSANTE

FESTIVAL D’AVIGNON 2026. HOW ROMANTIC – Katerina Andreou et Carte Blanche – La FabricA – Du 13 au 16 juillet.

BATUCADA

La chorégraphe française Anabelle Bonnery, directrice de la Compagnie Carte Blanche basée à Bergen en Norvège, a eu l’idée de confier les 14 danseurs de sa compagnie à la chorégraphe grecque Katerina Andreou pour cette pièce folle, How Romantic…

Après One Song de Miet Warlop en 2022, dans la cour du lycée Saint-Joseph, le Festival d’Avignon nous repropose une danse qui décoiffe : une heure où l’on reste cloué à son siège, tant la elle est puissante. Le geste, s’il n’est pas toujours captivant, reste intense… 

Le spectacle commence de façon décontractée : les danseurs entrent et sortent du plateau pendant que le public s’installe. Sur scène, il y a une sorte de catwalk noir sur lequel les danseurs, souvent en couple, attendent. Des perches posées en U où sont posés les projecteurs surplombent cette scène. Les gélatines sont violettes et jaunes. Une esthétique assumée, qui donne un air un peu kitsch…

Tout à coup, c’est parti : les pulsations inventées par Cristian Sotomayor nous plongent dans un univers de samba. On se croirait au carnaval de Rio. Costumes chatoyants, genouillères assumées, les danseurs ne lâcheront pas la rampe pendant tout le spectacle. Il y a une force. Il y a ce sentiment d’épuisement, et, évidemment, on pense au film de Sydney Pollack, On achève bien les chevaux… Avec, en creux, cette idée que par la danse, on se sauvera. Par l’exploit physique, on sauvera sa peau. Par la mise en danger dans un geste absurde, on fera la différence…

Le groupe est soudé. Il faudra attendre un certain temps avant de le voir se disloquer en nombreux couples, enlacés dans des slow lointains… C’est aussi un message sur la force du groupe, mais aussi sur cet isolement dans lequel notre société nous plonge, nous obligeant à vivre pour nous-mêmes à travers une inondation d’algorithmes et de sites qui flattent notre individualisme…

Katerina Andreou propose une danse très physique, qui semble pourtant s’agiter sans but. C’est un peu la déception de ce spectacle : on reste un peu sur sa fin… La puissance de ce groupe ne semble pas porter le message au-delà de son évidence, un peu « premier degré »… À l’image de ce final, sorte de sauts d’obstacles répétitifs et dangereux – le lien avec le film est, pour le coup, ultra-visible.

Quoi qu’il en soit, cette petite déception ne semble pas gâcher le plaisir des spectateurs, en demande de cette danse parfaitement exécutée. Et l’on se dit, finalement : Ils sont fous, ces Norvégiens !

Emmanuel Serafini

Photos © Carte Blanche – The Norwegian National Company of Contemporary Dance/Øystein Haara

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