INTERVIEW : JANN GALLOIS, POUR « QUINTETTE »

 » Quintette  » – Jann Gallois – le 24 février à 20h30 au théâtre Benoît XII, dans le cadre du 40ème Festival Les Hivernales, Avignon.

« Quintette » : le chiffre 5 en évidence

La toute jeune Jann Gallois, née en 1988, ne fête donc pas que le 40ème anniversaire des Hivernales cette année. Du haut de ses trente ans, elle possède déjà un sérieux palmarès ; Prix Paris Jeune Talent et le Prix Beaumarchais-SACD à Paris, le Prix Solo-Tanz Theater à Stuttgart, le Prix Masdanza aux Canaries, le Prix Machol Shalem à Jérusalem, le Prix du Public HiverÔclites 2015 au CDC Les Hivernales à Avignon et le 1er Prix Solo Dance Contest de Gansk en Pologne pour son solo « P=mg » créé au sein de sa compagnie Burn out (fondée en 2012). De solo en trio, elle signe, ici, sa première chorégraphie de groupe. Issue de la famille du « hip-hop » (notamment grâce à sa rencontre avec Thony Maskot, un des piliers du « hip hop » français), Jann Gallois allie des styles de danse différents, pour y évoquer les alliances et mésalliances entre individus.

Inferno : Vous parlez d’union et de désunion, pourquoi choisir ce chiffre 5 lorsque celui-ci amène un désequilibre ? Ce numéro cinq ne tiendrait-il pas le rôle de médiateur ?
Jann Gallois : Eventuelllement, mais je ne l’ai pas pensé comme cela. Je me suis arrêtée sur ce chiffre car il apporte un équilibre dans le déséquilibre. Visuellement, le spectateur est amené à observer dix bras et dix jambes, un équilibre, non ? Je me suis surtout demandée comment ces paires de bras et de jambes occuperaient l’espace. D’où le choix de mon parti-pris scénographique de corps vêtus de noir sur un fond blanc. Et puis, plus simplement car cette nouvelle pièce est ma cinquième création ! C’est donc aussi une concordance et un clin d’oeil…

Comment s’est élaboré votre travail de recherche avec Bruno Riche, professeur en mathématiques ?
Notre travail fut essentiel pour le départ de la chorégraphie, les fondements de la pièce. Bruno a élaboré un système de fonctions trigonométriques. Chacun des cinq danseurs s’est vu attribué une fonction à laquelle était associée une courbe. Ces courbes donnaient des indications de modules chorégraphiques et de temps. Le Module A : tant de compte de déplacements etc. Je ne suis pas la seule à travailler autour de ça mais avant tout, je voulais souligner l’humain, leur problème d’égo…

Justement, diriez-vous que vous vous êtes appuyée sur vos bases « hip-hop » pour le premier tableau, le plus représentatif de ce système de fonctions, lorsque les autres laissent apparaître une danse plus souple, corporelle au style contemporain ?
Du « Popping » plus exactement. Les autres tableaux sont en effet plus organiques, dans un certain lâcher prise. Sauf celui où nos corps s’imbriquent les uns les autres. Une extrême symbiose (puisque les corps se lâchent dans le vide et se récupèrent) se lient alorse à des mouvements saccadés.

Dans votre note d’intention, vous posez la question « De quelle(s) façon(s) un corps peut-il être traversé par la simple présence d’autres corps? ». Pouvez-vous y répondre après l’aboutissement de cette pièce ?
Oui, par le lâcher prise, la confiance totale que nous pouvons accorder à autrui. Considérer l’autre en égal de soi est également un moyen d’y parvenir. Je ne suis bien évidement pas la première à le dire. Par exemple les bouddhistes sont dans la compassion et l’ouverture vers l’autre. Ils considèrent l’autre comme un fondement de leurs vies (par la réincarnation), un lien fort les unit. Je dirais que grâce à ce travail autour de « Quintette », j’ai pu l’expérimenter.

La pièce :
Le nombre cinq ne souligne pas seulement sa cinquième création. Jann Gallois l’a choisit par « symbolique » et ne s’y est pas trompée puisque celui-ci représente l’Homme. Bras écartés, celui-ci paraît disposé en cinq parties en forme de croix : les deux bras, la tête et les deux jambes. Il est également signe d’union, nombre nuptial disent les Pythagoriciens ; nombre aussi du centre, de l’harmonie et de l’équilibre. Tout y est ! Le thème travaillé par la chorégraphe, le corporel et les mathématiques.
Dans ce quintet, alégorie des relations humaines, les tableaux s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Ce sont des pièces dans la pièce comme pour mieux faire ressurgir l’ambivalence des sentiments humains : crise d’égo, union, solitude etc. L’harmonie possible se retrouve face à l’immense difficulté de rencontre, processus « cyclique » appuyé par une synchronisation et une désynchronisation des corps savamment orchestrées. Un plateau vide, une scénographie abscente et une lumière minimaliste laissent tendre le regard vers l’essentiel. Les tableaux, traités d’une intensité inégale, concourrent toutefois à une composition maîtrisée pour un résultat final bluffant !

Audrey Scotto

image : Quintette © Patrick Berger

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