ANITA MOLINERO, « BOUCHE MOI CE TROU », PALAIS DE TOKYO

Anita Molinero – « Bouche-moi ce trou » – installation au Palais de Tokyo, jusqu’au 9 septembre 2018.

Déployée dans les airs au-dessus du palier d’honneur du Palais de Tokyo et dans l’espace environnant, l’installation conçue par Anita Molinero se compose d’un ensemble de sculptures en polystyrène brûlé enchaînées les unes aux autres comme les fragments d’une planète fossilisée ou d’un vaisseau spatial à la technologie incertaine. Sur cette scène aérienne aux allures d’apocalypse urbaine de série Z, veille telle une « gardienne » mutique, une sculpture de chaînes et de fourrure.

Depuis plus de trente ans, Anita Molinero explore les fondamentaux de la sculpture : le plein et le vide, la matière et le volume, le poids et la masse, en privilégiant l’énergie irréversible du geste et de l’improvisation. Les objets tirés du quotidien et les matériaux hétéroclites qu’elle récupère (poubelles et mobilier urbain en plastique et en résine, polystyrène, mousses synthétiques, jouets, éléments de voitures, emballages, rebuts divers…) sont travaillés au lance-flamme pour générer des formes variées et proliférantes. Carbonisations et ondulations, béances et boursouflures, effets de cristallisation et de floraison apparaissent ainsi sur les surfaces criardes de ces matériaux ordinaires dans un équilibre tendu entre forme et informe, entre résistance de la matière et expressivité du geste.

La transformation de ces matériaux issus du monde industriel nous plonge dans un univers comparable à celui des films de science-fiction que l’artiste apprécie, non pas tant pour leurs scénarios catastrophes que pour leurs décors et leurs effets spéciaux. Elle parle ainsi de « formes-fictions » pour désigner ses œuvres mutantes, qui n’offrent toutefois pas plus de résolution narrative qu’elles n’illustrent de commentaires sociaux ou politiques sur la surconsommation ou l’écologie. De fait, c’est bien par l’exhibition de leur état précaire, par leur inventivité formelle, par leur violence parfois obscène, comme par leur humour jubilatoire qu’elles s’imposent comme témoins des tumultes du monde contemporain.

Image © Palais de Tokyo, Paris

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