« PLEASE PLEASE PLEASE » : PEUT-ON JOUIR DU NECTAR AU MILIEU DES DECOMBRES ?

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«Please Please Please» de La Ribot / Mathilde Monnier / Tiago Rodrigues – Centre Pompidou, du 17 au 20 Octobre 2019 – Dans le cadre du festival d’Automne 2019, puis en tournée.

De prime abord, un mot : déconcertant. Ce monticule en forme de croissant de couleur terreuse, un énorme étron? ces combinaisons scintillantes, ces anecdotes hétéroclites, ces fébrilités recroquevillées, ce dialogue avec un nouveau-né, cet écorchage… Ici, on offre une contribution réflexive au public.

Deux silhouettes longilignes moulées dans un tissu scintillant, sous une veste citadine.

Sur le tempo rapide d’une percussion, leur danse est aussi fébrile que leur discours. Les récits qu’elles donnent à entendre relèvent tous de l’urgence. De l’anecdote au cauchemar en passant par l’analogie, elles nous confient des récits qui évoquent le désespoir d’un monde corrompu, étiolé, dévasté. Faut-il fuir le monstre ou courir vers lui ? Peut-on jouir du dernier nectar au milieu des décombres ? Comment se défaire des anciens crédos ? Demeurer sur le manège ou scruter ses engrenages ? Persister ou muter ?

Allegro vivace ! Molto cappriccioso! Des extraits de Bartok donnent le ton. Avalées et recrachées par la terre, leurs contorsions sont celles d’insectes en mutation, coruscantes carapaces d’où la face humaine n’émerge que dans le silence des interruptions, scarabées coprophages résolus à résister, à nettoyer la terre de ses rebuts.

S’ensuit un dialogue improbable entre une mère et son nouveau-né. Des promesses d’un côté, le scepticisme de l’autre. L’amour inconditionnel et aveugle face au réalisme d’un futur incertain. Quel choix pour les nouveaux terriens? Un nouveau langage, un nouveau genre, une nouvelle espèce ? Comment accepter cette finitude, assimilée à la mort, détestée dès la naissance ?

Que ce soit par espoir ou désespoir, il faut agir. Elles, luisantes animalcules, exécutent la tâche : dépouiller la structure, étriller cette couche bouseuse, retrouver la pureté, la douceur, l’animalité. Croire à l’inachèvement du monde et, peut-être, recommencer ?

Please, please, please, écoutons la voix de ceux qui hériteront de nos égarements…

Quatre actes pour dire l’accablante course du monde, deux performeuses profondément généreuses, un auteur inspiré et inspirant. Au final, une pièce puissante, étrange et surprenante. Opportune même. Un art suggestif dans une chorégraphie et un texte évocateurs de l’embourbement fatal dans lequel nous avons abouté les générations futures.

Martine Fehlbaum,
Vu en septembre 2019 au théâtre Vidy-Lausanne

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