CARNETS DU MONDE : SAME SAME BUT DIFFERENT

balais

Correspondance depuis Bangkok.
CARNETS du MONDE d’Audrey Chazelle : Viêtnam, Cambodge, Laos : « Same same but different ».

« Same same » c’est une expression qui revient souvent ici, en Asie du Sud Est pour désigner quelque chose qui vaut pour une autre. Same same but different, c’est aussi le titre d’un film allemand sorti en 2009, basé sur le roman autobiographique de Benjamin Prüfer, voyageur contant son aventure à Phnom Penh et sa rencontre avec une jeune cambodgienne, prostituée, atteinte du sida, dont il tombe amoureux.

coucher de soleil Mekong Vientiane

Voilà maintenant plus d’un mois que je parcours l’ancienne colonie française d’Indochine, à la découverte de l’histoire des peuples du Laos, du Viet Nam et du Cambodge. Trois pays au parcours à la fois commun et aux destins différents. Sous le protectorat français pendant près d’un siècle, de 1858 à 1954, ce territoire que l’on appelait l’Indochine française était pour la France un territoire d’exploitation. Durant la seconde guerre mondiale, les alliances politiques ont bouleversé l’échiquier mondial. L’occupation allemande en Europe, le régime collaborationniste de Pétain en France, la lutte anti-communiste de l’Occident ont multiplié les conflits d’intérêt, aggravé les violences faites au le peuple et augmenté la soif d’indépendance des colonies.

maison centrale francaise de Hanoi

Plus de 1000 ans d’occupation chinoise, 80 ans de colonisation française, 30 ans de guerre de résistance contre les français, puis contre les américains, auxquelles s’ajoutent de nombreuses guerres civiles pour ces pays. La décolonisation de l’Indochine s’est faite dans le sang. Après le départ des Américains, le Viêtnam, le Laos et le Cambodge installent des régimes à parti unique, des gouvernements communistes. Malgré le communisme, et le fait qu’il n’y a aucune religion officielle, ce sont des pays bouddhistes, et le bouddhisme joue un rôle important dans la vie de tous les jours. L’agriculture, faiblement mécanisé, reste la base de l’économie de ces pays. Exportateurs de pétroles, riz, café, tissus, leurs ressources ne manquent pas. C’est par ailleurs au Vietnam que l’industrie et les services sont les plus développés, les technologies derniers cris des plus utilisées. Autre manne financière, non-officielle cette fois mais bien visible aussi celle du tourisme sexuel qui prolonge les « maisons de repos » accordées aux soldats américains pendant la guerre du Viet Nam.

enfant sur tank US

Le Viet Nam patriote, combattif et résistant

Il fût le principal terrain des conflits passés et ce qui frappe en entrant sur son sol c’est cette multitude de drapeaux nationaux qui se dressent dans chaque rue, sur chaque pont, sur les façades des maisons, des temples, sur les bateaux et s’accompagnent souvent du drapeau communiste. La réussite de la résistance du Viet Nam est étroitement associée au personnage charismatique d’Hô Chi Minh. La ville de Saigon a d’ailleurs été rebaptisée Hô Chi Minh-Ville en son honneur. « Oncle Ho » comme le peuple le nommait, incarnait la figure du Père luttant pour l’indépendance et l’unification de sa patrie. Il s’affiche aujourd’hui dans les villes, sur les tee-shirts, comme le Che Guevara vietnamien. Le mausolée construit par le parti dans lequel repose sa dépouille, en dépit de sa volonté de voir ses cendres dispersées dans le nord du pays, se visite sur la place Ba Dinh à Hanoi. Le Viet Nam repoussa les plus grandes armées de ce monde avec succès et fit même libéré le Cambodge de l’oppression des Khmers Rouges.

Dien Bien Phu

Le Cambodge en grande difficulté

Pays le moins développé du sud est Asie, le Cambodge fût soumis, au sortir de la colonisation, à l’autorité des khmers rouges pendant plus de 20 ans, meneurs de la révolution. Durant ses années, l’armée a perpétué un des génocides les plus meurtriers de l’histoire de l’humanité sur la base d’une idéologie politique extrémiste, en référence au marxisme-léninisme. Saloth Sâr, connu sous le nom de Pol Pot, dirigeant politique et militaire du parti khmer rouge, devenu premier ministre du Kampuchea démocratique (Cambodge) de 1976 à 1979, met en place un véritable système de purges. En trois ans, ce sont 3 millions de personnes qui ont péri soit un tiers de la population totale. Il s’agissait dans un premier temps de faire évacuer les villes, la vie citadine étant considérée comme dangereuse pour le parti. Et puis des camps de concentration ont vu le jour un peu partout, tenant la population en esclavage, où le moindre écart de conduite était violemment réprimé.

l'arbre de la mort contre lesquels les bebes etaient frappes avant d'etre jetes en fausse

L’éducation et la culture furent bannies du système mis en place. Pol Pot ferma les écoles pour en faire des prisons, des lieux de tortures et d’extermination. Tous les prétextes étaient bons à tuer, à éliminer ayant pour précepte de dire que si ils n’étaient pas utiles de garder ces gens-là en vie, il n’était pas gênant de les tuer. Il n’hésita pas à éliminer des membres de sa propre famille. Intellectuels, femmes, enfants, étrangers, tous se sont vus avouer des fautes qu’ils n’avaient pas commises avant d’être jetés en fausse. Parce que ce génocide est l’un des plus documentés, je vous incite à visiter, si l’occasion vous en est donnée, la Prison S21, tout comme les terrains d’exécution de Choeng Ek, situés quelques kilomètres plus loin du centre de rétention. Là, vêtements et ossements remontent à la surface des fausses en même temps que la vision de l`horreur et de l’impensable surgit au milieu des champs de verdure et de ce qui pourtant aujourd’hui pourrait ressembler à un véritable havre de paix. Lieu de mémoire incontournable lors d’une visite au Cambodge.

lache oiseaux

Un passé qui marque encore beaucoup sa population et des habitudes culinaires qui relèvent, de notre point de vue, de repas de survie quand il s’agit de mettre en bouche blattes, cafards et autres délicatesses apéritives. La pauvreté est très présente sur le territoire en dehors des deux grandes villes qui attirent les touristes, que sont la capitale Phnom Penh et la ville de Siem Reap du fait de sa proximité avec les majestueuses merveilles des temples khmers en pleine forêt, vestiges du 9ème au 14ème siècle. En effet, rares sont les repères architecturaux de la culture khmère qui aient résisté aux bombardements. Les habitats de fortune côtoient les récents bâtiments principalement financés par des investisseurs étrangers. La reconstruction se fait très progressivement et le pays reste en grande difficulté sur le plan économique, social, et politique. Il fait face également à un désastre écologique lié à la déforestation. Malgré tout, c’est le peuple le plus souriant et le plus accueillant que j’ai rencontré au cours de mon voyage.

temple de BAyon

Le Laos et son art de vivre

C’est au Laos que les traces de l’ancienne présence française sont les plus probantes. C’es aussi mon pays « coup de cœur » pas seulement parce que j’y ai retrouvé la bonne baguette française ou que j’ai pu apprécié de voir les laotiens s’adonnaient à une partie de pétanque en pleine jungle, mais surtout pour son art de vivre inégalable.

enfants moines jeu de poule

Un séjour dans ce beau pays s’étire volontiers au rythme du temps laotien, renouvelant allégrement le plaisir de l’instant. Une fois passée la frontière, le rythme décélère instantanément, comme déjà embarqué à la vitesse d’une croisière sur le Mékong. L’horloge est solaire, les minutes ne comptent plus vraiment. Serait-ce cette absolue culture de la terre qui alimente si bien l’art de vivre appréciable ici ? Les activités agricoles, qui rythment le quotidien, cohabitent volontiers avec la vie citadine. Même sa capitale, Vientiane, ressemble à une bourgade de province. Alors que nous sommes samedi soir et que certains profitent des cours collectifs de gymnastique en musique sur les berges aménagées du fleuve, plus loin, la pêche se déroule dans le soleil couchant, pour offrir poissons, crustacés, algues et autres ressources du fleuve sur les marchés du centre ville. Tous ces délicieux mets s’accompagneront souvent d’un riz collant, servi dans un petit panier en bambou. La culture du riz est évidemment la ressource agricole la plus importante du pays et ses rizières habillent les étendus de ville en ville, et de ville en village, se nichant partout où cela est possible. Sa nature est des plus luxuriante.

mines anti personnels

Luang Prabang, capitale culturelle du Laos, quant à elle, revêt toute la richesse architecturale, religieuse et culturelle du pays. L’ancien protectorat français est encore très visible dans ces deux villes élevées au rang de capitale.

Les traditions et valeurs laotiennes, par ailleurs, sont largement influencées par le bouddhisme theravada, originaire d’Inde, dominant en Asie du Sud Est. Cette philosophie rejette l’idée d’un dieu créateur et prône la recherche de la vérité à travers l’introspection et le développement personnel. Bouddha signifiant « homme éveillé », l’ultime but s’atteint dans une pratique quotidienne pour repousser les trois poisons de l’esprit à savoir la colère, l’attachement, et l’ignorance. Et c’est par la voie de la médiation (vipassana) que le pratiquant pacifie son esprit, observant ses pensées pour développer sa sagesse.

Audrey Chazelle
février-mars 2013

offrande aux moines a Muang Khua

Visuels :
A la Une : pour changer de la culture du riz, voici la culture du balais en paille, activité très importante du Laos.

Vietnam :
2) coucher de soleil sur le Mékong, le long des berges aménagées de la capitale
3) la prison Ho Loa d’Hanoi transformée aujourd’hui en musée, construite en 1896 par les colonialistes français, symbole de la répression française, détenait les dissidents vietnamiens jusqu’en 1954 puis, pendant la guerre du Viet Nam, des pilotes américains capturés et parmi eux John Mac Cain.
4) Un enfant vietnamien joue sur le site qui abrite les tanks des américains laissés sur place à Hanoi. (première photo du paragraphe sur le Vietnam)
5) omniprésence de drapeaux vietnamiens à Dien Bien Phu. C’est dans cette ville en 1954 que s’acheva la guerre d’Indochine avec la défaite des français face à l’armée viet-minh.

Cambodge :
6) l’arbre de la mort sur le site des charniers de Cheoung Ek contre lequel étaient frappés les bébés
7) rituel bouddhiste qui consiste à lâcher oiseaux, poissons et autres animaux dans leur environnement naturel.
8) temple de Bayon à Angkor Thom où s’observent les milles visages de Bouddha

Laos :
9) trois enfants dont deux moines jouant à piéger une poule
10) prothèses de jambes pour les victimes des mines anti-personnelles encore nombreuses sur le territoire. COPE, Centre national de réhabilitation du Laos à Vientiane.

11) offrande aux moines à Muang Khua

Textes et photos copyright Audrey Chazelle / Inferno Magazine 2013.

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