« TRACES, DISCOURS AUX NATIONS AFRICAINES » : LA NUIT EST PARTOUT

UNE SEMAINE D’ART EN AVIGNON : Traces – Discours aux nations africaines – De Felwine Sarr – Interprétation et mise en scène : Etienne Minoungou – Auditorium de la Collection Lambert du 23 au 27 octobre 2020.

Seul face au public, Etienne Minoungou, avec son sourire lumineux et rayonnant d’humanité, nous livre ce petit bijou de poésie engagée de Felwine Sarr qui s’adresse à la jeunesse africaine mais qui touche directement chacun d’entre nous tant le conteur établit d’emblée, avec beaucoup de douceur, un lien intime avec le public.

Il prend la parole — car seule la parole demeure » — pour nous conter son parcours de migrant, ce désir irrépressible d’aller voir ailleurs, de se construire une nouvelle vie, puis, face aux désillusions, de revenir sur ce continent qui l’a vu naître avec l’espoir de se frayer un chemin, de suivre ces traces qui mènent vers la vie, la beauté et la lumière.

Il nous parle de l’histoire de cette Afrique, berceau de l’Humanité, du colonialisme et du pillage de ce continent. Ce sujet est abordé sans haine, parfois avec quelques accès de colère mais en dénonçant aussi les dérives des peuples africains — « la nuit est partout… » — . Mais tout ça est du passé, il faut se guérir de l’offense, se réhabiliter et se réconcilier avec soi-même. La jeunesse africaine est créative, fougueuse, déterminée et la voie de la liberté et de la lumière est tracée pour ces peuples en devenir.

Ce discours engagé est plein d’humanité et chargé de rêve, d’espoir et de poésie. C’est à la fois une réflexion philosophique empreinte de rousseauisme et une analyse historique et sociologique de ce qu’a été ce continent, ce qu’il est et ce qu’il sera, ou du moins ce qu’il pourrait être. Des mots pleins d’espérance qui mettent du baume au cœur mais qui sont parfois éloignés des réalités, qui semblent ignorer les difficultés économiques, politiques, les clans, les obscurantismes et les dirigeants corrompus, qui prônent un retour aux valeurs traditionnelles alors qu’une grande partie de la jeunesse semble fascinée par le matérialisme occidental.

Mais ce texte est chargé d’humanisme et de poésie et on ne reprochera pas à la poésie de s’éloigner de la réalité, c’est même sa raison d’être. Etienne Minoungou caresse les mots, nous les transmets avec amour avec son sourire bienveillant et fraternel. Ce monologue est ponctué et soutenu dans sa ligne poétique par la musique et les chants traditionnels africains de Simon Winse, tour à tour empreints de nostalgie, d’espoir, de révolte.

Souhaitons que ce message lumineux et plein de sagesse qui s’adresse à la jeunesse africaine et au monde, au-delà de l’espérance qu’il suscite, ouvre le chemin et trace la voie de ce continent en devenir.

Jean-Louis Blanc

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