FIAC : LE TEMPS DES MARCHANDS DU TEMPLE

La FIAC est ouverte ! Vive le marché, les marchands et les collectionneurs ! La 38e édition de ce que l’on dit être la plus grande foire d’art contemporain au monde vient d’ouvrir au public et déjà les collectionneurs se sont rués sur les petits bijoux de la White Cube ou de Gagosian. Bref, le monde de l’économie de marché tourne rond, et la FIAC, qui en est l’un de ses plus beaux fleurons, se porte bien, merci.

168 galeries venues des quatre coins de la planète montrent les plus bankable des artistes, et Dieu merci, les chéquiers sont toujours bien garnis et rien ne dissuadera ces valeureux acheteurs russes, irlandais ou grecs d’investir dans la crème de l’art contemporain, pas même la crise financière internationale dont ils sont les responsables et les premiers à profiter. Ainsi va la Fiac, qui juste après Frieze à Londres, accueille la fine fleur de la finance internationale et s’offre en merveilleuse vitrine bling-bling de l’argent roi. Pour combien de temps encore ?

Et l’Art dans tout ça ? Il y en a, il y en a… Murakami et Xavier Veilhan chez Emmanuel Perrotin, par exemple, ou Anish Kapoor et Tadashi Kawamata chez Kamel Mennour. De bons artistes qui réenchantent les stands un peu tristes des galeries internationales. La galerie Pace de Londres elle, a invité le jeune Français Loris Gréaud qui s’est bâti un théâtre pour accueillir sa New Study of Possibilities (2011). Une oeuvre palimpseste, qui est également une étude pour une future pièce sous la pyramide du Louvre. Sinon, nous avons encore la possibilité de filer mater Damien Hirst au White Cube en roi du marché, dont les oeuvres explosent à plus d’un million d’euros, ce qui fait bien sûr le gras de toutes les gazettes et autres pipelettes people que l’on croise dans les allées du Grand Palais.

Beaucoup d’oeuvres, donc, dans ce qui est par principe un supermarché de luxe, et qui de fait, attire chaque année un nombre croissant de nouveaux riches, Chinois, Russes, Brésiliens ou Sud-Africains s’offrant ainsi là leur frisson esthétique alors que dans les bidonvilles de Pretoria ou de Rio naissent chaque jour de nouveaux artistes qui viendront alimenter de leurs oeuvres contestataires le luxueux marché qui s’ouvre à eux. Ainsi va le monde, la roue tourne comme celle d’une cage de hamster, jusqu’à l’absurde.

Beaucoup d’oeuvres, et certaines qui illuminent cet ensemble étourdissant où l’art n’est guère à son aise dans un tel amoncellement. Souvent celles des « grands » qui sont là et bien là, même si c’est la plupart du temps avec de toutes petites pièces, contraintes du marché obligent : Anish Kapoor, Donald Judd, Pistoletto, Damien Hirst, Dan Flavin, Bertrand Lavier, Ernest T., Marc Quinn… La caution morale de l’art international, quoi, qui fait qu’une FIAC peut s’afficher sans honte.

Beaucoup de peinture aussi, même si l’installation tient la barre. La peinture, c’est plus facile à emporter et plus rapide à installer. Et puis, pour les nouveaux venus des BRICS c’est rassurant, le plongeon dans les délices de la spéculation artistique est moins traumatisant.

Jennifer Flay, qui dirige la FIAC d’une main de fer, a resserré le nombre d’exposants, privilégiant les grandes galeries internationales au détriment des Françaises, plus modestes et moins argentées. Qui se sont aussitôt reportées sur les deux ou trois foires parallèles… Rien n’est jamais perdu.

Ainsi ces foires nouvelles qui se posent en rivales de la FIAC, ont-elles vu les jeunes galeries françaises affluer : Show off, Slick, Cutlog et Chic Art Fair drainent les galeristes innovants et les oeuvres plus expérimentales. Tant mieux, l’art n’est pas qu’un marché aux équations millionnaires. Respirons.

Respirons également en visitant les programmations de plein-air de la FIAC elle-même : Aux Tuileries et au Jardin des Plantes, une trentaine d’installations et de sculptures sont visitables par tous, gratuité bienvenue. On y trouvera Fabrice Hyber, Jean-Luc Moulène ou Antony Gormley, parmi d’autres -bons- artistes. A voir, donc.

Il n’est pas certain cependant que ce modèle de monstration de l’art, dont la FIAC est l’archétype, perdure. La crise financière est passée par là, qui va remettre en cause tous les « patterns » de l’économie mondialisée, et il est loin d’être sûr que ce temple des marchands et des avides fonctionne encore d’ici quelques années. L’art y retrouverait alors peut-être -un peu- ses petits, et surtout beaucoup de sérénité et de justesse. On peut rêver.

Ludivine Michel

FIAC, du 20 au 23 octobre 2011. Horaires : 12h-20h Grand Palais / 7h30-19h30 Jardin des Tuileries / 7h30-19h Jardin des Plantes / Tarifs : 32 € l 16 € (-25 ans et amis du Louvre)

Photo : Nelly Agassi, Whispers, 2004 Copyright N. Agassi / Photo DR

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