RADIO EXIT LIVE : PHYSIQUE ET METAPHYSIQUE AU THEATRE

Correspondance aux Nederlands.

Voir « Radio Exit live » de la troupe néerlandaise Ulrike Quade Company représente une expérience théâtrale unique, totale et métaphysique.

Un homme vient d’être tué. Il arrive dans ce qui pourrait être une forme de purgatoire, un entre-deux entre la vie, la mort et l’être. Il y rencontre une jeune fille – en réalité (si tant est que l’on puisse parler de réalité), un enfant pas encore né, qui est mais ne vit pas. Elle ressemble à une poupée mécanique, avec ses grands yeux et ses mouvements saccadés. Elle veut savoir ce que c’est que d’avoir des sentiments, de vivre. Elle devient son plus grand soutien. Son personnage est interprété parfaitement, le travail de mime est très remarquable.

A gauche de la scène, une vieille radio enchaîne les faits divers, et annonce le meurtre de l’homme, comme incidemment. La radio constitue un personnage en soi, avec ses voix singulières. Quand elle « parle »,toute la scène devient noire, elle seule reste éclairée, comme le serait une actrice dévidant un monologue. Le décalage entre l’apparente neutralité de ton avec laquelle les informations sont données, la banalité de la violence des faits divers, égrenés les uns après les autres, et la réalité individuelle des personnes concernées, leurs situations physiques et métaphysiques singulières, est très puissant.

Plus tard commence une autre scène, avec un couple. Ils sont assis sur un canapé, avec leurs grands yeux de poupée, ils se parlent. Mais leurs bouches sont fermées, le dialogue arrive par voix off, renforçant l’impression presque télévisuelle de la scène. On a l’impression de voir un soap opera (qui tournerait en boucle, les scènes se répétant)… Le spectacle nous donne une autre piste de réflexion sur les médias, sur nos routines, nos relations et nos conditionnements sociaux

Un entre-deux entre vie, mort et Etre ; fantasme et réalité ; objets et hommes

L’entre-deux dans lequel l’homme se trouve est un espace fantasmagorique ou certains personnages semblent « bloqués », certains depuis des années semble-t-il. Ce sont principalement des femmes, comme un reflet de celles qui ont peut-être joué un rôle dans sa vie. Ici, les acteurs ressemblent à des poupées, les marionnettes à des femmes réelles ; un homme à tête géante occupe un instant le podium, les scènes s’enchaînent sans que l’on sache si nous sommes dans les rêves de l’homme, dans ses fantasmes ou dans une réalité inédite. Le couple, que nous avions déjà vu, traverse le spectacle, magnifique et tragique : l’un soutient l’autre, qui manque à tout moment de tomber, puis c’est l’inverse, comme si aucun ne pouvait tenir debout sans l’autre – ni s’en libérer.

Sur la scène, le décor semble minimal : un canapé, un matelas… mais aussi des marionnettes, des balançoires, la radio bien sûr. Les éléments du décor ne sont pas simplement du décor. Ils sont également des êtres vivants, comme ce matelas qui commence à bouger et d’où sortira le couple, ou ce canapé qui semble manger la jeune fille – qui renaît dans l’autre réalité, comme l’annonce la radio. Ulrike Quade est une habituée de ce type de mise en scène, dans lequel elle développe un rapport physique au théâtre : dans « L’écrivain »,la tête et la main de Knut Hamsun (ou, peut-être, son génie créateur) ne se dévoilait que plus tard dans la pièce : elle semblait tout d’abord une montagne, ou un iceberg. Son personnage s’y abandonnait physiquement également.

Radio Exit live est assurément une expérience de théâtre totale, où se mêlent, danse, mime, cirque et marionnettes. On est surpris, une fois la pièce terminée, de ne voir que 5 acteurs saluer, tant les personnages et les figures paraissaient plus nombreuses. La scénographie est remarquablement travaillée, simple mais efficace. Quant au sens : perdu entre questionnement métaphysique, rêve, fantasme et réalité, le spectateur quitte le théâtre avec mille questions et impressions… qui donne envie de voir cette pièce une seconde fois, pour y réfléchir à nouveau.

Anne Pailhes 

A la sortie du théâtre, nous apprenons qu’Ulrike Quade a décidé de ne plus créer de pièce dans laquelle elle jouerait et manipulerait les marionnettes elle-même, et qu’elle se consacre à la mise en scène. On le regrettera, tant sa performance d’actrice et de manipulatrice dans« L’écrivain » avait été excellente, et on lui souhaite de merveilleuses explorations théâtrales.

http://www.ulrikequade.nl/
Video : http://youtu.be/Wx7ThVDUKL0
consulter le site http://www.ulrikequade.nl/pour les  dates.

Nous recommandons aussi chaleureusement le spectacle « L’écrivain » qui sera joué en avril 2012 à Milan et à Nancy.

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