ETERNAL TOUR LAS VEGAS : L’ART COMME UNE OASIS

Correspondance à Genève.

 

Après Rome, Neuchatel et Jerusalem, le festival Eternal Tour explore Las Vegas avant de terminer son itinéraire à Genève, l’année prochaine.

 

Le festival Eternal Tour s’inspire du Grand tour qui formait les élites intellectuelles et artistiques au XVIIIe. Noémie Etienne et Donatella Bernardi ont choisi ce format itinérant pour confronter la pratique du voyage contemporaine à l’heure de l’industrie du tourisme, avec les notions  de citoyenneté mondiale développées par Emmanuel Kant dans son Projet de la paix perpétuelle(1). L’an dernier, lors de l’étape jerusalémite, Donatella Bernardi, Rudy Decelière, Emmanuel DuPasquier et Beat Lippert avaient fait le voyage qui relie Genève à Jerusalem à vélo, réalisant ainsi une performance de 2961 kilomètres.

 

Road movie dans le désert. Cette année, ce sont six performers, deux musiciens et quelques auteurs  qui, accompagnés des deux fondatrices du projet, sillonnent l’état du Nevada. A bord d’un mobile home géant, cette équipe de rêve va à la rencontre de Las Vegas, l’oasis par excellence, et de ses périphéries désertiques. Une pièce expérimentale, dont l’ouverture prend place dans un désert, est présentée lors des escales qui rythment le voyage. L’histoire qu’elle raconte fait échos aux vides des décors naturels, pour évoquer ceux existentiels de l’individu pris dans un contexte désenchanté. L’expression artistique apparaît comme le lieu ultime d’un dépassement possible du nihilisme et de l’ennui. Les langages proposés, parce qu’ils ne sont pas soumis aux barrières des langues, permettent des échanges qui seraient impossibles avec des mots. Les représentations deviennent ainsi le théâtre  de dialogues entre des personnes qui n’étaient pas destinées à se rencontrer, constituent la matière précieuse qui fait évoluer ce projet expérimental. Le leitmotiv de Deserting Las Vegas étant justement d’être ensemble à l’heure d’une contemporanéité tristement teintée par la hantise de l’autre. « Genre, classe, minorités, domination, destruction, noirs, juifs, mexicains, arabes : chacun est l’indien, le paria, d’un autre … (2) »

 

Opéra minimaliste. La création musicale de Rudy Decelière et de Denis Schuler qui accompagne les représentations, reprend un des thèmes de la pièce, l’ennui. Matérialisé par une impression de mouvement circulaire, il est évoqué par des sons qui jouent sur les répétitions. A la manière du sampling, les sources sont mêlées et proviennent indifféremment de musiques savantes où populaires, chantées où jouées, religieuses où profanes. Les deux compositeurs, comme des DJs, jouent une nouvelle version live à chaque représentation.

 

Journal visuel. Pour suivre jour après jour les épisodes de ce road movie artistique et scientifique, un journal visuel(3), textuel et intuitif est tenu par trois personnes différentes. Il offre des regards croisés sur les territoires traversés. Les images rapportées de cette immersion dans une Amérique profonde semblent à première vue connues de tous médiatiquement. Lynch, Tarentino, Desperate house wife sont évoqués aux côtés des images télévisuelles  qui conditionnent notre identité depuis des décennies. Ces clichés, tout à la fois lointain et familiers, s’animent au gré des rencontres fortuites et avec la présence des artistes et les commentaires des auteurs. Ces images feront l’objet d’un film, d’un livre et d’un DVD à paraître courant 2012.

 

Eternal book tour. L’ouvrage qui accompagnait l’édition 2010 d’Eternal Tour sera présenté lors d’un Eternal book tour, début 2012. Intitulé Standing in the Beach with a Gun in the Hand (4) il réunit les voix d’artistes, d’architectes, de commissaires d’expositions où de scientifiques qui opèrent comme des portes d’entrées possibles dans la ville sainte. Il était le véritable espace utopique du projet au demeurant, ses voix étant impossibles à réunir aujourd’hui à Jerusalem. Comme la plage de Gaza, sous ses apparences paisibles, il est criblé de violence.

 

Josiane Guilloud-Cavat
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NOTES

(1) En 1795, il affirme que chaque citoyen du monde a le droit d’aller visiter tout coin de la planète sans être considéré comme un ennemi. Emmanuel KANT, Vers la paix perpétuelle (1795). (2) Note d’intention des auteurs (3) www.eternaltour.org (4) L’ouvrage est intitulé Standing in the beach with a gun in the hand d’après la chanson au titre explicite produite The Cure en 1978, Killing an arab. Les paroles et le titre de la chanson sont tirés de L’Etranger d’Albert Camus paru en 1942, soit 6 ans avant la fondation de l’état d’Israël.

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www.eternaltour.org Festival Eternal Tour 2011 – Las Vegas Du 2 au 23 décembre 2011

Eternal Book Tour
Standing on the Beach with a Gun in my Hand
Sous la direction de Donatella Bernardi et Noémie Etienne
En Suisse: Labor et Fides/Olf
En France et Belgique: Presses du réel
256 pages (noir et blanc)
29 CHF / 29 €

 

Vendredi 27 janvier 2012, Musée de l’Elysée, Lausanne
Samedi 28 janvier 2012, Broom Social Club, Genève
Semaine 5 2012, Librairie du Centre Culturel Suisse et BAL (à confirmer), Paris
Semaine 13 2012, Konst-ig, Stockholm (à confirmer)
Vendredi 11 mai 2012, Centre d’édition contemporaine, Genève

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