MARSEILLE 2013 : CES GRANDS « MACHINS » QUI NE SERVENT QU’UN DESSEIN


TRIBUNE
Marseille capitale culturelle 2013 ? Une plaisanterie, non ?

Les politiques adorent : ces grands raouts vaguement culturels, prétextes à redorer leur blason et, accessoirement, très accessoirement, à faire vitrine d’un savoir-faire que les pauvres acteurs de la dite culture qui se prêtent au jeu cautionnent de leur bonne volonté, moyennant une jolie dose de subsides toujours bonne à prendre…

Marseille n’échappe évidemment pas à la règle, pauvre ville de second rang paupérisée et démonétisée qui n’a plus pour exister qu’à imaginer de ces événements qui n’ont de culturels que le nom. Ainsi proclamée Capitale culturelle pour 2013, Marseille a su drainer vers elle un flux considérable d’argent public et privé, au motif d’une machinerie qui n’est qu’une usine à gaz, vide d’esprit et de sens.

Culture « populaire » contre culture « élitiste », l’événement « Marseille 2013 » relève surtout d’une escroquerie intellectuelle, artistique et pourquoi pas financière. Et que je te pousse le « Spectacle de rue », cette chose informe plébiscitée du politique, sans projet ni idées autres que d’amuser le bon peuple, essentiellement prétexte à de bons apports massifs d’argent public. Ou encore ces invertébrées méga-expos que les musées, leurs conservateurs et la presse touristique adorent pour cette même raison qu’elles attirent forcément du touriste, de celui qui paie cash et ne lésine pas à investir les bonnes tables michelinées et autres « chambres d’hôtes » cinq étoiles, avec vue panoramique sur le Frioul.

Bref, on nous promet de l’amusement et du divertissement -de l’entertainment comme disent nos amis libéraux d’outre-Atlantique, qui eux ont tout compris à la « culture » comme valeur ajoutée. Marseille le temps d’une saison va se parer de ses meilleurs atours, à vrai dire une retape clinquante de vieille pute, un ripolinage indécent qui cache mal sa misère programmatique et une vacuité abyssale. On va donc s’amuser, paraît-il, et monsieur Gaudin en bourgmestre à la page, pourra se vanter d’avoir réussi son coup de bluff.

Et puisqu’il faut en venir à parler de ce qui tient lieu de « programme » -et qui vient d’être présenté en fanfare aux people et à la presse il y a quelques jours-, que penser de cette avalanche de propositions toutes plus « ébouriffantes » les unes que les autres, censées racoler le chaland culturel avec ors et paillettes ? Et bien pas grand chose, en réalité, et même carrément rien : un enfilage sans queue ni têtes de trucs bricolés à la hâte, manière de justifier la manne considérable qui irrigue cette mascarade. Aucune cohérence, une rare indigence artistique, voici ce qui caractérise ce programme qui n’en est pas un, et qui relève plus de l’affichage communicationnel que d’un quelconque projet culturel. Une coquille vide, désespérément racoleuse, spectaculaire pour rien.

On nous à mis à la queue leu-leu du ballet à la Frédéric Flamand, de l’expo « l’Atelier du midi », s’il vous plaît, soit la énième litanie incohérente d’oeuvres des quelques rares « grands maîtres » qui ont eu « l’audace » de fréquenter nos côtes méditerranéennes et que l’on nous ressort sans faillir chaque année depuis cinquante ans, et plein d’autres machins de cet acabit dont un MUCEM, musée des civilisations en Méditerranée, qui, s’il est un superbe geste architectural du formidable Rudy Ricciotti, n’en demeure pas moins un piège à cons pavé de bonnes intentions UMP…

Et pour justifier ce merveilleux assemblage par la grâce d’un zeste indispensable de contemporanéité, un chapelet de « perles » qui tient plus d’un patchwork mité que d’une programmation digne de ce nom, voilà qu’on nous ressort de derrière le placard ce cher Daniel Buren qui viendra poser son obsessionnelle rayure dans la banlieue provençale de la « capitale », soit ce joli village d’Istres, d’ores et déjà tout fier d’accueillir un tel « people ».

Bref, bref, rassurons-nous, il y en aura pour tous. De « Transhumance« , un machin auquel on n’a rien compris mais qui visiblement fait référence à ces bons pasteurs qu’affectionne Gaudin, à l’indispensable hip-hop de démagogique usage, la grand-messe 2013 devrait satisfaire tout le monde. A commencer par les quelques petits malins de ces associations culturelles locales, qui ont vu là un bon moyen d’agrémenter leur maigre budget d’une forte dose d’argent frais, toujours bienvenue en période de crise gérée par les libéraux, adeptes de coupes drastiques et d’euthanasie douce pour la culture « élitiste ».

Il y aura donc bel et bien de la création contemporaine représentée par lesdits locaux, si possible parachutée dans ces symboliques quartiers nord où il fait bon déplacer la culture « d’en haut » sur ces territoires « d’en bas », totalement abandonnés à eux-mêmes, mais qu’il est indispensable d’ensemencer de beauté et d’art rare, selon l’équation en vogue chez nos politiciens toujours à l’affût d’idées « nouvelles ».

Il y aura même des poètes branchés que ne gêneront pas le voisinage d’un hommage incongru à ce laborieux Albert Camus, « grand » homme consensuel à droite comme à gauche, ou celui d’autres références tout aussi déplacées mais grandement attractives. En tout cas pour le touriste culturel lambda, sur lequel on compte beaucoup pour faire tourner le business.

En un mot, Marseille capitale culturelle 2013 devrait être une réussite, comme un dernier hommage rendu à l’acuité artistique de ce quinquennat UMP qui a vu tant « d’événements » de cet acabit phagocyter la création, au bénéfice de l’image de ces brillants visionnaires de la chose culturelle que sont nos élus version droite libérale. Amen.

Eléonor Zastavia

Visuel : Les Ballets Frédéric Flamand, directeur du BNM

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Comments
3 Responses to “MARSEILLE 2013 : CES GRANDS « MACHINS » QUI NE SERVENT QU’UN DESSEIN”
  1. Bonjour,
    Je partage bien des interrogations que l’on entend régulièrement à propos de 2013 et de la culture à Marseille, et notamment l’idée que l’on construit des équipements sans avoir une vision culturelle pour cette ville, une vision en lien avec la réalité de son tissu culturel et artistique. Comme si l’on souhaitait une culture hors sol à certains égards.
    Pour autant, la volonté d’anesthésier une réalité en la couvrant d’un discours nécessairement uniforme, qu’il soit celui de de la municipalité, ou à l’inverse des plus critiques, ne me paraît pas mener bien loin.
    Pour ne prendre qu’un exemple : pensez-vous vraiment par exemple, que Thierry Fabre, en charge du projet scientifique du MUCEM, fondateur des rencontres d’Averroès, de la « pensée de midi » avec des gens comme Bruno Etienne, autant de « lieux » qui ne sont pas exactement des réservoirs de prêt à penser, nous prépare un « piège à cons pavés de bonne intentions UMP » ? Pour ma part, je ne le crois vraiment pas.

  2. Luys Hellouin dit :

    Le MUCEM n’était il pas déjà un projet semi-avorté que l’on ressort inextremice à la sauce Marseille 2013? Et où est il écrit que les asso culturelles locales vont avoir enfin des subsides?

  3. J’aime bien la façon avec laquelle certains cultureux qui entendent pourfendre la droite et l’UMP sont aussi ceux qui affichent le pire mépris pour la culture populaire et accessible… Retournez voir vos ballets de danse contemporaine entouré de votre microcosme d’intello de galeries undergrounds vampires de subventions et laissez le peuple que vous haïssez s’éclater dans l’entertainment !

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