MADRID : FACE A LA CRISE, L’ART SE DIFFUSE EN SMALL ET EN VIRAL

Correspondance à Madrid.
DES ESPACES D’EXPOSITION MINUSCULES ET UNE STRATEGIE VIRALE POUR REPONDRE A LA CRISE.

Signe des temps, en Espagne les artistes et les commissaires d’expo redoublent d’imagination pour racoler le collectionneur: galeries minuscules, ateliers alternatifs, appartements-expo le temps d’une journée ou d’une semaine, le circuit d’exposition de l’art contemporain se réfugie dans l’infiniment petit.. et le peu coûteux.

Surtout, le circuit invente de nouvelles approches du public, tout aussi peu onéreuses, en utisant les réseaux sociaux pour communiquer leurs micro-événements. Facebook et Twitter deviennent une alternative intéressante à la gabegie de papier de flyers ou d’affiches en ces temps de disette généralisée. Une réponse à la crise qui paralyse tout, y compris la monstration de l’art, et un pied-de-nez aux mégalo-machines fort dispendieuses que les musées ici comme ailleurs en Europe affectionnent particulièrement.

Ainsi à Malasaña, quartier branché de Madrid, où de tout petits espaces proposent régulièrement un choix de jeunes artistes, sans moyens ou presque autres que la communication en réseaux et une solide imagination. Des galeries s’inventent chaque jour dans de tout petits appartements, et il semble que ce mode de communication et d’exposition satisfasse tout le monde…

Y compris les collectionneurs, une espèce qui se raréfie dans les rues paupérisées de Madrid. Fini la Movida des années 80 et 90 où l’argent coulait à flot et où les nouveaux riches se targuaient de vouloir collectionner l’art contemporain. La crise est passée par là, et à l’exception des plus grandes fortunes qui de toutes façons ne la ressentent pas, les plus modestes de cette nouvelle caste d’amateurs ont renoncé pour la plupart à ces petits plaisirs… Ou à cette spéculation hasardeuse.

Du coup les artistes inventent de nouvelles stratégies, et les jeunes marchands leur emboîtent le pas. Small est devenu beautiful, pour le bonheur de tous. Mais cela traduit également une volonté affirmée de se rebeller contre les grands formats du système muséal classique, ou les démonstrations grandiloquentes des galeries du système marchand. La mode est au petit, au modeste et au discret.

Est-ce pour autant que l’art se démocratise ? C’est à voir, mais force est de constater un repli vers des valeurs plus tranquilles, l’humilité et l’accessibilité semblant être cardinales dans les stratégies de ces nouveaux acteurs de l’art. Les espaces sont petits, mais agiles : la profusion de propositions rend le circuit d’exposition particulièrement vivace et réactif, à comparer avec les pompeuses pâtisseries muséales montées par les grandes institutions du Prado.

Une manière de considérer l’art en mouvement perpétuel, alimentant de ses éclats les réseaux sociaux, diffusant viralement les micro-manifestations qui parsèment la capitale au travers d’une multitude de lieux souvent éphémères et toujours hors-normes. Fini le cube blanc gigantesque et froid de la galerie institutionnelle, on lui préfère désormais l’infiniment petit et le modeste. Manière de lutter contre la crise du logement ? Peut-être, mais surtout un rapport à l’art qui est en train de profondément se modifier, délaissant les grands remue-ménages de l’establishment culturel au profit de circuits courts aux vertus quasi-écologiques. Ce qui, en temps de crise, est plutôt bien vu.

Amelio Perez

Visuel : María Ángeles Atauri / exposition ‘Micropsia’ Galería MINUSCULA, Madrid.

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