COLLECTIF TG STAN / LE CHEMIN SOLITAIRE : UN THEÂTRE D’ACTEUR

Le Chemin solitaire d’Arthur Schnitzler par le collectif TG STAN / Vu au Théâtre de Nîmes le mercredi 25 janvier.

On oppose souvent deux types de propositions artistiques : théâtre de texte et théâtre d’images. Le premier ne serait que la version scénique, la conséquence, d’une œuvre littéraire que chaque technicien, du créateur son à l’acteur en passant par le metteur en scène, se doit de porter au mieux devant le spectateur. La fable doit être parée de tous les atours possibles du spectacle vivant : costumes magnifiques, décors ingénieux, acteur transcendant…

Ce qui nous importe c’est l’histoire, le parti pris de l’auteur et du metteur en scène. Le théâtre d’images serait lui un spectacle visuel et sensoriel dont le texte, si texte il y a, n’est qu’un des multiples accessoires, une des multiples entrées de l’acte artistique. Il n’y a pas une histoire mais des histoires dont les clés ne seront pas livrées avec la feuille de salle. Au spectateur, au regardant cher à Duchamp, de faire le spectacle-tableau et d’y trouver un sens, s’il le souhaite.

La compagnie belge TG STAN a fêté ses vingt ans d’existence en 2009 avec Le Chemin Solitaire, spectacle créé en néerlandais d’abord puis en français, au théâtre Garonne à Toulouse. Cette compagnie si particulière qui refusa la prédominance (certains diront le despotisme) d’un metteur en scène pour laisser place à l’acteur au centre du processus théâtral, propose des spectacles à la fois porteurs d’une fable (celles de Cocteau, ou de Thomas Bernhard) mais aussi d’images fortes produites par un élément de décor ou un éclairage. Voici peut-être une troisième façon de travailler : le théâtre d’acteur. Ici, chacun (scénographe, personnage, accessoires…) vient servir la force de conviction et la vision qu’a le comédien du texte qu’il représente. Et si les acteurs n’ont pas le même point de vue, on rejoue la scène ou on échange les rôles.

Le spectacle est en quatre dimensions, l’odeur étant constamment présente : cigare, café, pain grillé ajoutent une couche de sens et de chair à une esthétique froide, éclairée au néon. Cette pièce est aussi réchauffée par l’accent belge néerlandophone à couper au couteau des comédiens qui ajoute une touche d’exotisme nordique au spectacle.

Cette pièce hybride fait passer une fable simple : Félix n’est pas l’enfant de son père mais de Julian, un ami de feu sa mère. Cette mort récente révèle le mensonge latent depuis des années. Ah, en voilà une bonne intrigue de théâtre bourgeois! Mais la mise en place collective vient pilonner la fable et fait voler en éclat le cadre bourgeois dans lequel pourrait être engoncé le spectacle. On broie le cadre au figuré comme au propre puisqu’un des comédiens utilise une broyeuse à déchets pour y jeter des cadres quand le personnage parle de «ranger des papiers». TG STAN sort ainsi le texte d’un réalisme dramatique pour brouiller les images que l’on pourrait attendre, pour érafler la couche de vernis et nous laisser plus maître de la pièce que l’on ne le croît. Au spectateur de créer l’image quand Julian tend un tableau à Félix (le tableau a été repeint en blanc). De temps en temps, des bruits de machine à écrire, posée là comme dans une installation de C.R.A.C.*, nous rappelle que le spectacle est en train de s’écrire.

Il faut bien vingt minutes au spectateur pour comprendre les codes qui lui sont proposés, car ils ne sont pas évidents ou surlignés : un manteau égale un rôle, une sacoche égale le médecin… Une fois plongé dans le bain (de pied), le spectateur se laisse porter et envouter par la brillance des acteurs. On remarquera une fois de plus Jolente De Keersmaeker, la sœur de, qui éclaire la scène de son interprétation intelligente et profonde mais toute en légèreté.

«Même le meilleur des hommes reste un salaud et à cet égard, je ne suis pas le meilleur» nous dit Julian. Voilà ce que nous propose ce spectacle : un chemin solitaire des hommes, incapables de vivre ensemble et que la vie et la petitesse plongent inexorablement vers la mort, quelle soit artistique, résultant de maladie ou d’un suicide, non pas dans une mare (ce que nous dit le texte), mais dans un bain de pied.

Bruno Paternot

*C.R.A.C. : Centre Régional d’Art Contemporain

Prochaines dates : 2&3 fév 2012, Aix-en-Provence – Bois de L’Aune / Du 7 au 11 fév 2012, Bordeaux – Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine / 16&17 fév 2012, Petit-Quevilly – Scène nationale de Petit-Quevilly / 22&23 fév 2012, Ajaccio (Corse) – Théâtre Municipal d’Ajaccio

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