CARNETS DE BEYROUTH #03 : LA MAISON FOLLE

CARNETS DE BEYROUTH par Flora Moricet.

Folle de ses rencontres, Beyrouth.

Arpenter les rues sans trottoirs de Beyrouth écorchée, une idée de gueule de bois. Partir acheter un miroir à Basta, quartier chiite. Là où ça grouille de petits commerces, d’antiquaires, de bouts de fer et de stations essence. Là où ça vibre, discrètement, derrière la rue Damas.

Partir en passant de Beyrouth et tenter de dissimuler son visage de naïf, un appareil fondu en arme blanche.

Presque autant de klaxons que de vieilles maisons abandonnées à Beyrouth. Ce sont les plus belles qui ne voient plus le jour. Comme cette maison en pente à gauche.

Pour cause d’images, j’ai bien envie de m’incruster, voir d’un peu plus près ce qu’il s’y passe, autour d’une vieille maison.

Arrêtée par deux hommes, je demande l’autorisation de voler quelques clichés. T’fadal t’fadal. Le sourire plein de promesses. Un peu d’anglais, d’arabe et de photos. Et l’ivresse prend pied. Oui ici, là, regarde le lapin. Au premier étage, viens voir. Des poules hébergent dans cette sublime demeure en poussière. Ils sont quatre à la côtoyer.

C’est un vieux film, une vieille histoire. Pillée de la Syrie, transformée en hôpital et puis squattée par qui veut vient. Les poules et les voisins. Abou Othman en bas fume une chicha. Johnny au ventre bas m’offre le fameux fumeux nescaf’.

On y verrait bien un spectacle de danse, une scène de théâtre, de marionnettes. Si peu de théâtres à Beyrouth qu’il faut bien les inventer.

Au premier étage, la chambre de Johnny. Johnny au ventre bas et consonances irakiennes. Il parle beaucoup, très vite, ça a pas l’air très libanais. Non non moi je ne parle pas au-delà des formules de politesse bien diplomatiques. Mais Johnny ne s’arrête plus. Johnny parle de la Syrie, de Sarkozy, Chirac, Mireille Mathieu, la prison, Israël, l’Algérie, le metteur en scène Jawad al Assadi irakien dont il a le numéro. Je n’ai pas tous les liens.  L’OLP aussi dont les posters suent à tous les murs de sa chambre moite. Il veut échanger facebook, partager les photos et me montrer Michael Jackson, une vidéo de concert. Johnny est mort de rire. Il respire un peu mal. Et y’a des photos de filles en bordure de bureau.

Facebook, l’OLP, lui avec Tarek Aziz qu’il n’aime pas beaucoup mais quand même il est fier, et puis Yasser Arafat. C’est un peu surréaliste, un peu suspendu. Des photos de toi jeune, frais et soldat. Tu es Palestinien, Irakien, Algérien ? J’ai pas tout compris. Mais tu aimes Michael. Et de ta jambe ou de ta hanche tu m’as dit qu’il y avait un problème, que c’était peut-être pas la tienne qui te portait.

Je vous ai dit que j’étais partie à Basta à la recherche d’un miroir. Pour vous le dire, je vous ai montré un de vos miroirs au loin. Vous n’avez pas manqué une seconde pour me l’offrir. Et me le porter en voiture parce que Ahmed il est taxi le jour. Il est grand, carré, un peu fissuré en coin.

C’est dingue. Elle est folle cette maison. C’est beau d’offrir un miroir.

Il est parfait à la maison. Je le ramènerai en France, en bateau s’il faut. Ce miroir et son histoire. Sa grande histoire. Un peu floue, étrangement familière, comme un vieux rêve.

Flora Moricet, Beyrouth avril 2012

Photos Flora Moricet 2012

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