FESTIVAL HYBRIDES 2012 : INTERDISCIPLINARITE ET PASSERELLES

HYBRIDES / Festival multidisciplinaire / Montpellier

Montpellier est une ville qui, sous l’impulsion d’un Georges Frêche encore tout puissant, a compris depuis bien longtemps quels bénéfices tirer des grandes manifestaions culturelles. Autant Sète avait refusé en son temps le festival de Jean Vilar (qui ira, comme chacun le sait, implanter sa Semaine d’Art en Avignon), autant Montpellier a su rythmer sa vie culturelle au fil des grands événements qui jalonnent la saison. Que ce soit le festival de Radio France, Montpellier Danse, le Printemps des comédiens (qui connait une nouvelle jeunesse avec Jean Valéra, son nouveau directeur), chaque temps fort permet aux collectivités, pour un euro investi, d’engranger trois à cinq euros pour l’économie de la Cité.

Hybrides, dernier né de ces temps de rencontres et d’échange autour de l’art, a lancé « la ronde 2012 », du 24 au 31 Mars dernier. Ce festival, réinventé pour la 4e fois par Julien Bouffier et sa compagnie Adesso e Sempre, se veut, comme son nom l’indique, une confrontation des arts afin de favoriser de nouvelles interconnections. Rencontres entre les artistes (du numérique, du slam, du théâtre, de la danse…), les lieux (le festival est décentralisé partout dans la ville) et les publics.

Lundi, Au Rockstore, Le Skeleton Band : « BD concert – Cinéma Panopticum ».

Le groupe montpelliérain Le Skeleton Band (voir critique précédente) proposait dans un de ces lieux emblématiques de la musique Rock du centre-ville, un BD-concert. En France, ils sont peu nombreux à s’être collés à cet exercice qui consiste à mettre en musique des images arrêtées qui normalement se suffisent à elles-même. La bande dessinée présentée sera Cinéma Panopticum de Thomas Ott, qui compile cinq courtes histoires autour d’un objet mystérieux lors d’une fête foraine. La BD correspond totalement à leur univers : comme une fête foraine hantée par des enfants terribles.

Chaque image est isolée et diffusée sur un écran au centre. Les trois musiciens y plaquent une ambiance commune à toute la BD mais particulière à chaque historiette, à la manière d’une musique de film. On sort de là secoué par l’univers sombre et violent de Thomas Ott que la musique nous amène à partager tous ensembles. Un moment fort et marquant pour un spectacle hybride entre le théâtre, la musique, la bande-dessinée et même les odeurs puisque les étudiants de la licence professionnelle en parfums, arômes et cosmétique ont travaillé sur un odorama diffusé pendant la séance.


Jeudi, à l’université de science MontpellierII, Primsautier Théâtre : « Excuse-moi, mais je suis d’accord avec toi ».

La compagnie Primsautier Théâtre, dirigée par Antoine Wellens, s’attache régulièrement à présenter des spectacles à la théâtralité réduite afin que le réalisme et le documentaire prennent le pas sur la fiction. Six étudiants, trois garçons et trois filles échangent sur leurs histoires, leurs orientations, leurs interrogations. Pas ou peu de décors, pas ou peu de volume sonore de la part des « comédiens », juste une sincérité touchante d’aller au plus près du réel. Les avis en fin de projets sont partagés, le théâtre est-il le lieu de la non-théâtralité ? Le débat continue encore au sortir de la salle…


Jeudi, au Trioletto, cie Adesso e Sempre : « Empruntes »

Dans le petit théâtre du CROUS de Montpellier, Julien Bouffier mettait en scène un concert du Skeleton Band accompagné de Vanessa Liautey (comédienne principale de sa compagnie) et de photos prises lors des révolutions arabes, surtout en Egypte. Quelques vidéos de l’actualité syrienne émailleront le spectacle. L’angle d’attaque sera le traitement du photo-reportage. Que veut dire être photo-reporter aujourd’hui?

Sur le papier, il est très étonnant de voir Julien Bouffier, metteur en scène de l’actualité, du moderne et de l’instant s’acoquiner avec Le Skeleton Band, un groupe hors du temps. Le spectacle se base sur des récits et témoignages de photo-reporters : comment témoigner de l’indicible réalité de la guerre, comment retourner à sa vie de petit occidental de tous les jours, comment vendre un papier etc…

Contrairement à beaucoup de précédentes créations de Julien Bouffier, les différents disciplines ne se polluent pas les unes les autres et l’on entend et voit bien la comédienne, le groupe, les photos. Mais la juxtaposition des éléments ne donne pas une réelle cohérence au spectacle qui reste un florilège d’extraits de réalités qui ne basculent jamais vers la fiction. On n’aura pas pu voir une œuvre d’art mais bien le témoignage d’un instant journalistique. Dommage !



Vendredi, à Montpellier Danse, Pascal Rambert : « 16 ans »

Six jeunes gens de seize ans, trois garçons et trois filles, se retrouvent pour répéter une pièce de Marivaux. Le schéma de la pièce est exactement le même que celui de L’Esquive de Abdellatif Kechiche ou De Marivaux et du Loft de Catherine Henri (édition P.O.L). Un théâtre documentaire de pas grand-chose dont les festivals de théâtre amateur ados sont remplis (mais pas avec les mêmes budgets).

Pourquoi le Centre Chorégraphique présente t-il un spectacle purement théâtral ? Pourquoi nous montre-t-on un projet qui n’est que la pâle copie (voire le plagiat) d’autres œuvres ? Certes, ces six jeunes gens font se qu’ils peuvent pour intéresser leur public, mais le projet étant tellement creux que résonne encore le vide d’un spectacle inepte dont on se demande bien ce qu’il fait là, n’hybridant rien, n’étant intéressant en rien, n’étant parti ni arrivé de rien. « On verra plus tard l’intérêt », dit à un moment donné un des jeunes. L’intérêt, on ne l’a jamais vu.


Vendredi, à La Chapelle, cie Adesso e Sempre : « Cité Babel »

La cie Adesso e Sempre est actuellement en résidence au théâtre Jean Vilar de Montpellier et y organise très régulièrement des «Cafés Babel», temps d’échanges et de rencontres autour de sujets d’art et/ou d’actualité. Pour le festival, la formule se transforme en «Cité Babel» : une kyrielle d’artistes montpellierains de talent se sont retrouvés tous les jours pour mettre en place un cabaret de l’engagement.

Dans ce lieu si particulier, une chapelle transformée en lieu d’art contemporain au centre de la cité Gély, quartier gitan très défavorisé, le public est placé tout autour de la scène pour former une arène centrale. Le maître de cérémonie, vêtu du T-Shirt promotionnel du Festival, nous explique qu’il faut «venir s’assoir par ici», qu’il faut écouter sans déambuler, bref, que nous n’aurons pas la possibilité d’être autre chose que passifs devant les propositions. Les saynètes vont se suivre les unes après les autres de façon très scolaire. Il est étonnant de voir avec quelle componction les gens sérieux font d’une formule qui aurait pu être drôle, dynamique et fourmillante d’idées un rendu plus proche d’une présentation de travaux de la seconde B du lycée Jean Monnet qu’à un bouillonnement d’idées et de propositions. Des artistes puissants de la scène languedocienne comme Jacques Allaire, Hélène Cathala, Lise Boucon ou Alex Jacob se retrouvent à faire des petits mimes et l’on nous assène des discours surannés sur les banlieues et les pauvres. Le tout pour un public bien bourgeois qui s’emmerde copieusement.

Une édition de ce festival en demi-teinte donc, qui s’interroge beaucoup mais sans vraiment utiliser les formes concrètes du spectacle pour poser les questions pertinentes sur la place de la jeunesse dans notre société. Heureusement, Hybride édite au jour le jour un journal du festival, sous la direction de Bruno Tackels dont les brillants éditos nous font voyager à l’intérieur de sa pensée. Ce festival se veut le mélange des genres, des institutions et des publics. Il est remarquable que sur ce dernier point ce soit un échec total, les spectateurs ne se mélangeant pas, de jours en jours les mêmes aficionados (pas si nombreux que ça) se croisant d’une salle à l’autre.

Bruno PATERNOT

la 4e édition du festival « Hybrides » s’est tenue du 24 au 31 mars 2012 à Montpellier.

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